Le secteur de l’énergie a émis plus de CO2 que jamais en 2021

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L’an dernier, les émissions de CO2 du secteur de l’énergie ont atteint de nouveaux records. Si la pandémie de Covid-19 avait entraîné une baisse d’ampleur inédite des émissions en 2020, celle-ci n’aura été que de très courte durée.  

Et l’on peut dire sans risque de se tromper que le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’était trompé quand il parlait de l’atteinte du pic définitif des émissions mondiales de CO2 en 2019. « Nous devons nous assurer que 2019 restera dans les mémoires comme l’année du pic définitif des émissions mondiales de CO2, et cela signifie que nous devons prendre aujourd’hui des mesures pour faire en sorte qu’elles déclinent de façon durable ».

La pandémie de Covid-19 ne devait pas détourner leur attention de la nécessaire réforme en profondeur du secteur énergétique, indispensable pour espérer limiter le réchauffement. Au contraire, il était impératif que les gouvernements profitent des plans de relance massifs pour accélérer leurs investissements dans les énergies propres. « On pourrait bien voir les émissions de CO2 baisser cette année du fait de l’impact du coronavirus mais il s’agirait très probablement d’un soubresaut à court terme », prévenait encore Fatih Birol.

Aujourd’hui, la réalité est toute autre. Les émissions de CO2 du secteur de l’énergie ont rebondi en 2021 pour atteindre leur plus haut niveau historique, a indiqué l’Agence internationale de l’énergie (AIE), mardi 8 mars 2022. L’énergie, premier secteur producteur de gaz à effet de serre, a vu ses émissions progresser de 6 % en 2021 pour atteindre 36,3 gigatonnes. Cette augmentation « de plus de 2 milliards de tonnes a été la plus importante de l’histoire », a indiqué l’AIE.

L’AIE a annoncé que les émissions de CO2 du secteur de l’énergie – c’est-à-dire liées à la combustion d’énergie fossile (charbon, pétrole, gaz) et aux procédés industriels – avaient battu, en 2021, tous les records. Elles ont atteint 36,3 milliards de tonnes, leur plus haut niveau historique. En augmentant de 2,1 milliards de tonnes (+ 6 %) par rapport à 2020, elles ont également connu leur plus forte hausse annuelle en valeur absolue.

« Le rebond en 2021 a plus qu’inversé la baisse des émissions induite par la pandémie », écrit l’Agence internationale de l’énergie. En 2020, la chute de la demande d’énergies fossiles a entraîné une diminution sans précédent des émissions mondiales de CO2, de 5,2 % (34,2 milliards de tonnes). « Le monde doit maintenant veiller à ce que le rebond mondial soit ponctuel, et à ce que des investissements durables combinés au déploiement accéléré des énergies propres réduisent les émissions de CO2 en 2022, gardant vivante la possibilité d’atteindre la neutralité carbone en 2050 », plaide l’AIE.

Signalons qu’à l’issue de la COP26 sur le climat, qui s’est tenue à l’automne 2021 en Ecosse, plus de 80 Etats se sont engagés à atteindre cette neutralité carbone au milieu du siècle, même si ces promesses restent vagues. Un objectif qui nécessite d’abandonner les fossiles, et donc de réformer drastiquement l’ensemble du secteur de l’énergie.

La reprise économique, après une année 2020 fortement marquée par les confinements et la pandémie, qui a entraîné une surconsommation de charbon est la cause principale. Le charbon a ainsi représenté plus de 40 % de la croissance globale des émissions mondiales de dioxyde de carbone, loin devant le gaz et le pétrole. Ce volume d’émissions record a également été alimenté par les conditions météorologiques, ainsi que le boom des prix du gaz, qui ont poussé nombre de pays à se tourner vers la houille, et ce malgré une croissance inédite des capacités renouvelables.

Ainsi, l’AIE s’est vivement inquiétée de ce record d’émissions. « Le monde doit maintenant s’assurer que le rebond mondial des émissions en 2021 n’était qu’un cas isolé — et que la transition énergétique s’accélère, afin de contribuer à la sécurité énergétique mondiale et à la baisse des prix de l’énergie pour les consommateurs ».

Moctar FICOU / VivAfrik