Migration des Burkinabè : Les ménages avec expérience migratoire en Côte d’Ivoire sont plus pauvres, selon les résultats d’une enquête

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Les résultats d’une enquête sur les migrations en Côte d’Ivoire présentés, vendredi 4 mars 2022 à Ouagadougou au Burkina Faso par l’Institut des sciences de population (ISSP) de l’Université Joseph Ki-Zerbo en collaboration avec l’Association des journalistes et communicateurs en population et développement (AJC/PD) ont indiqué que les ménages avec expérience migratoire en Côte d’Ivoire rencontrent le plus d’incertitude pour assurer les dépenses basiques.

Dans le détail, l’enquête note qu’en effet, 30,5% des ménages avec expérience migratoire et 27% des ménages sans expérience migratoire manquent souvent d’argent pour assurer leurs dépenses de premières main. Respectivement 39,6% et 36,5% manquent parfois d’argent pour assurer les dépenses élémentaires.

Il est également ressorti que la migration n’a pas permis à des ménages migrants d’être plus nantis que les ménages non migrants, ont précisé les résultats des investigations. « Les ménages avec expérience migratoire (60%) sont plus pauvres que les ménages sans expérience migratoire (52,4%). Les tests statistiques confirment le fait que, dans la plupart des cas, les ménages sans expérience migratoire présentent des conditions de vie meilleures que les ménages avec expérience migratoire », a confirmé le chercheur, Marc Méda.

L’émigration en Côte d’Ivoire n’est pas synonyme de transferts d’argent à la famille restée au Burkina. Car, la majorité des émigrés, soit 52,3% ne transfèrent pas de l’argent à leur famille. Mais, les migrants qui transfèrent sont ceux ayant des contacts réguliers avec la famille restée au Burkina, a de son côté expliqué le chercheur Alexandre Tapsoba.

Poursuivant ses explications, M. Tapsoba a indiqué que « les émigrés qui envoient des transferts à leurs familles d’origine parlent fréquemment de leurs difficultés (46,6%). Ce qui est le contraire pour ceux qui n’envoient pas de transferts qui ne parlent pas de leurs difficultés à leurs familles d’origine à plus de 72%. Les principaux destinataires des transferts sont prioritairement le père (43,1%) ; le frère (28,8%), la mère (13,7%) et l’époux (se) de l’émigré ».

Il a révélé que les soins médicaux et l’éducation sont les principales destinations des fonds reçus par les ménages respectivement 56% et 42,4%. Or, 22,6% des ménages utilisent les transferts pour des investissements (construction de maisons), 15,6% des ménages utilisent les transferts pour les évènements festifs (mariages, funérailles etc.) Malheureusement, a-t-il dit, 48.1% des migrants de retour affirment que les expériences acquises en Côte d’Ivoire ne leur ont pas servi lors de leur retour, même si, 33,5% déclarent avoir pu améliorer les conditions de vie de leurs ménages grâce à ces compétences.

Si l’on se fie à l’investigateur principal, Dr Gabriel Sangli, de la perception de la migration en milieu rural, 62,9% des ménages ruraux pensent que la migration améliore la situation des ménages, 44,7% des ménages en milieu urbain apprécient positivement la migration, 6,8% des ménages estiment que l’émigration en côte d’Ivoire empire la situation économique des ménages. « 68,4% des ménages avec expérience migratoires pensent que la migration améliore les conditions de vie des ménages contre 60,0% des ménages sans expérience », a-t-il explicité.

Des non migrants satisfaits de leurs conditions de vie au Burkina Faso ne souhaitent pas tenter l’aventure ivoirienne. Sur ce point, Dr Sangli a affirmé que dans 34,6% des ménages la première raison pour ne pas migrer avancée par les membres des ménages est qu’ils gagnent assez au Burkina Faso. 18,4% estiment qu’on a besoin d’eux dans le ménage. Les autres raisons avancées sont l’âge (trop vieux ou trop jeune : 13,7%) et le coût élevé de la migration (12,9%). Paradoxalement, selon ses dire, l’intention migratoire est plus importante chez les ménages riches, en milieu rural, et chez les ménages ayant déjà une expérience migratoire. Mais, 47,1% n’envisagent plus repartir en Côte d’Ivoire, a encore précisé l’enquête.

Moctar FICOU / VivAfrik