Les femmes à l’avant-garde du combat pour la propreté des villes au Sénégal

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Les femmes se font de plus en plus une place dans le secteur du nettoiement public sous l’impulsion de la Société nationale de gestion intégrée des déchets (SONAGED) dont elles représentent 46% de l’effectif global des employés.

« Sur un effectif de 16 000 travailleurs, les 46% sont des femmes », a dit Ousmane Ndiaye, directeur des ressources humaines de la SONAGED.

« Elles sont de plus en plus très représentées à tous les échelons de la société publique de nettoiement », a ajouté M. Ndiaye récemment en marge de la cérémonie de lancement interne du plan dénommé Eksina, dont l’objectif principal est d’améliorer la capacité de collecte de déchets de cette entreprise.

46% du personnel de nettoiement sont des femmes

Un tour dans les artères de la ville de Dakar permet de voir à quel point, les femmes sont déployées sur le terrain pour assurer le service public de collecte des déchets. Elles jouent à fond leur partition.

Habillées en tenues de travail aux couleurs et effigies de la SONAGED, elles sont à pied d’œuvre au quotidien pour rendre propres les artères des quartiers des communes de Dakar et environs.

Aux abords du pont de l’émergence Alioune Sow, vers la Patte-d’oie, un des quartiers de Dakar, Faty Bâ, la quarantaine bien sonnée, et ses camarades, ont déjà fini de nettoyer les lieux en cette matinée de décembre.

Vêtue fièrement de sa tenue de travail de couleur verte, d’un fouloir noir bien noué autour de la tête, elle s’apprête, dit-elle, « à aller prendre son petit déjeuner ».

Exerçant ce métier depuis 9 ans, elle soutient, que le temps où les femmes du secteur du nettoiement rasaient les murs, est fini.

« A l’époque, dit-elle, on rasait les murs pour éviter les regards dédaigneux des passants. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui car nous gagnons bien notre vie ».

« Aujourd’hui, bon nombre de femmes que je croise veulent exercer le métier de nettoiement en demandant après l’endroit où se trouve la direction de notre société », confie-t-elle, saluant le travail de modernisation et de valorisation du métier de nettoiement entrepris par la nouvelle direction générale de la SONAGED.

Les femmes ne rasent plus les murs

Pour elle, cette ruée des femmes vers ce métier est aussi liée à la conjoncture actuelle.

« En exerçant ce métier, nous (femmes) voulons juste subvenir à nos besoins et à ceux de nos familles respectives », a dit Faty Bâ également mère de plusieurs enfants. Elle estime que « tendre la main au quotidien est méprisant ».

Adja Ndoumbé Mbengue, une employée de la SONAGED, trouvée en plein travail de nettoiement de la voie publique près de la mairie de la Patte-d’Oie, confie qu’elle a décidé d’embrasser ce métier depuis 2000, à l’époque de l’Agence municipale d’assainissement (AMA) Sénégal.  « A cette époque les femmes n’étaient pas légion dans ce métier », dit-elle.

« Beaucoup d’entre elles pensaient que le nettoiement des voies publiques et la collecte des déchets étaient un métier dévalorisant pour une femme’’, a ajouté Mme Mbengue, qui dit se réjouir de constater qu’aujourd’hui « les femmes sont nombreuses à frapper à la porte de cette entreprise, pour exercer notre métier ».

« C’est vraiment la ruée ! », s’exclame-t-elle, signalant qu’il arrive parfois qu’une femme vienne lui demander comment elle pourrait décrocher ce boulot.

Aujourd’hui après plus de 20 ans d’activités dans le secteur du nettoiement, Adja Ndoumbé Mbengue, la cinquantaine révolue, déclare exercer avec fierté son métier.

« Je n’ai plus envie d’exercer un autre métier différent de celui du nettoiement de l’espace public », avoue-t-elle.

Ruée des femmes dans le secteur du nettoiement

Aux côtés des anciennes du secteur comme Adja Ndoumbé Mbengue et de Faty Ba, il y a des novices à l’image de Aminata Lo, une femme de stature frêle, trouvée non loin du centre de santé, Nabil Choucair.

« Je viens d’embrasser ce métier à travers la SONAGED depuis seulement deux ans », indique-t-elle. « Auparavant, je vendais le petit-déjeuner devant notre maison familiale. Mais à cause de la conjoncture économique, j’ai décidé d’arrêter cette activité pour frapper à la porte de cette entreprise », explique la jeune dame.

Non loin du centre de santé Nabil Choucair, la passerelle qui enjambe l’autoroute Seydina Limamoulaye, ne grouille pas de monde en ce jour comparé aux autres jours ouvrables.

Les vendeurs d’accessoires qui ont transformé cette passerelle, ce passage-piétons, ont été déguerpi par les autorités municipales, a-t-on constaté sur place.

De l’autre côté de l’autoroute, du côté des HLM Grand-Yoff, se trouve un Point de Regroupement normalisé (PRN), un de ces nombreux sites de prise en charge de la pré-collecte de déchets des quartiers de Dakar.

Ces PRN sont destinés à rassembler les déchets issus de la pré-collecte et d’empêcher, leur dispersion tout en respectant les normes environnementales.

La propreté du pays, source de fierté

Au niveau de ce PRN, Awa Diop, en tenue de travail s’active à faire les derniers réglages en attendant le passage des camions de ramassage d’ordures.

Agée d’une vingtaine d’années, elle dit exercer avec fierté depuis un peu plus d’un an ce métier de nettoiement. « Je suis fière de travailler pour la propreté de mon pays », a-t-elle déclaré, estimant que la propreté de notre cadre de vie est importante.

« Quand un étranger débarque dans une localité, une des premières choses qui attire son attention, c’est l’état de salubrité du cadre », dit-elle d’où l’importance de ce métier à ses yeux.

Awa Diop a appelé à une inclusion des femmes dans tous les secteurs de travail. « C’est notre époque qui le demande », a-t-elle ajouté.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec APS

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