Salon international de l’agriculture de Paris : Kobenan Kouassi Adjoumani invite à trouver la solution contre la déforestation

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Le Salon international de l’agriculture de Paris s’est ouvert, samedi 24 février et se poursuivra jusqu’au dimanche 3 mars 2024. Plusieurs pays africains y sont représentés. Parmi eux, la Côte d’Ivoire, un poids lourd de la production de cacao, d’anacarde et de manioc qui sert à faire le fameux attiéké. Un pays agricole, mais qui peine à transformer sa production en produits finis. Ce serait pourtant l’occasion de dégager encore plus de richesses des produits de la terre pour les paysans et les transformateurs locaux. Des efforts restent à faire sur le conditionnement pour le marché à l’export. Occasion saisie, lors d’une interview accordée à nos confrères de Radio France internationale (RFI), par le ministre ivoirien de l’Agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani de se prononcer sur la solution contre la déforestation entre autres sujets.

La Côte d’Ivoire est un pays leader en matière de production de cacao et d’anacardes, on le sait, mais pour autant, la transformation de ces produits reste en deçà de ce qu’elle pourrait être, pourquoi ?

L’objectif d’un pays, en produisant, c’est de parvenir à transformer ce qu’il produit. Lorsque je prends, par exemple, la noix de cajou, en 2011, nous étions à 30 000 tonnes de produits transformés. Aujourd’hui, nous en sommes à 265 000 tonnes. Les prévisions disent qu’au cours de l’année 2024, nous aurons 320 000 tonnes de produits transformés de noix de cajou.

De noix décortiquées…

Ça, c’est important, car c’est des amandes que nous consommons, même s’il y a des dérivés qui en sortent. Toujours est-il que nous avons aujourd’hui beaucoup d’investisseurs qui arrivent en Côte d’Ivoire et qui s’installent, et je crois que d’ici là, nous allons renverser la tendance. Au niveau du cacao, c’est la même chose. Nous avons la possibilité actuellement de broyer 600 000 tonnes de cacao.

Le broyage ou le décorticage, ce sont des produits semi-transformés, ce ne sont pas des produits prêts à être consommés.

Ce sont des produits semi-transformés, mais avant, on n’avait pas ça. C’est progressivement que nous allons atteindre nos objectifs. Aujourd’hui, nous avons des artisans chocolatiers qui fabriquent des tablettes de chocolat.

En faible quantité ?

Oui, en faible quantité, mais si, au niveau de chaque localité, nous avons des jeunes qui s’adonnent à cette pratique, des petites transformations peuvent aussi nous permettre d’atteindre cet objectif.

Est-ce que l’État ivoirien ne pourrait pas faire aussi vite pour construire des usines de transformation du cacao, ou d’anacardes, comme elle a fait aussi vite pour construire des stades de foot, par exemple ? Parce qu’on a vu l’effort qui a été déployé pour construire des stades pour la CAN, et finalement, une usine, ça prend beaucoup plus de temps. Pourquoi ?

Là, c’est l’État de Côte d’Ivoire qui investit pour bâtir des infrastructures au regard de la CAN qui devait être organisée chez nous. Mais dans le domaine de l’installation des usines, ce sont les privés, ce n’est pas la même chose.

L’État a un pouvoir incitatif…

L’État a mis en place une politique de portes ouvertes grâce à laquelle les investisseurs peuvent venir. C’est pour cela, d’ailleurs, que nous sommes ici, pour sensibiliser les gens à venir s’installer. Au niveau, par exemple, de la noix de cajou, nous avons 28 unités de transformation, nous avons des plates-formes dédiées à la transformation de la noix de cajou.

C’est vrai que pour l’anacarde, il y a un certain succès ivoirien. Et le cacao et la Côte d’Ivoire, c’est une vieille histoire ! Les récoltes de cacao, cette année, ont été nettement moins bonnes que l’année précédente, il y a un gap de 200 000 tonnes. Différents facteurs sont invoqués : le cacao de contrebande, qui part vers la Guinée ou le Liberia, les problèmes climatiques, qui font que la récolte était moins bonne, il y a aussi un certain nombre de problèmes sur le vieillissement des pieds. Est-ce qu’il y a lieu de s’inquiéter à ce niveau-là ?

Vous savez, la Côte d’Ivoire fait face aux effets néfastes du dérèglement climatique qui, nécessairement, ont des implications sur notre production. Et nous notons qu’à l’instar des autres pays africains producteurs, il y a une baisse brutale. Nous avons également des vergers qui sont vieillissants et qui nécessitent qu’on les remplace.

Mais vous savez à quoi est dû le dérèglement climatique ? À la déforestation !

Oui, à la déforestation, c’est pour cela que nous avons décidé aujourd’hui de faire de l’agroforesterie. Nous plantons des arbres à l’intérieur des plantations.

Vous parlez de l’agroforesterie, c’est une bonne chose, mais est-ce qu’on ne se rend pas compte, un peu trop tard, des ravages qu’a provoqués la déforestation pour justement planter des vergers de cacao ?

Mais ce ne sont pas seulement les plantations de cacaotiers qui ont détruit nos forêts. Quand vous voyez tout le bois dont vous disposez ici pour bâtir vos maisons, pour faire vos infrastructures, tous ces arbres-là viennent d’Afrique, donc, vous aussi, au niveau de l’Europe, tout comme d’autres pays, vous avez contribué à la déforestation. Maintenant, trouvons la solution. La solution, c’est de parvenir à planter des arbres à l’intérieur de nos plantations et c’est ce que la Côte d’Ivoire est en train de faire.

Monsieur le ministre Adjoumani, puisque la Côte d’Ivoire est championne d’Afrique de football, est-ce que vous pensez qu’un jour ce pays deviendra aussi un champion de l’agroalimentaire, comme le sont déjà l’Afrique du Sud ou le Maroc, par exemple ?

Mais pourquoi pas ? Nous avons la possibilité d’atteindre ces objectifs-là et de devenir leader dans le domaine agroalimentaire. Déjà, nous disposons de terres arables, nous avons des lacs partout, nous avons des fleuves, nous avons des barrages, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas être leader demain. Aujourd’hui, nous lançons un appel à l’endroit des investisseurs : qu’ils viennent en Côte d’Ivoire aider à fructifier cela.

(RFI)

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