Le Sénégal veut transformer ses engagements en réalisations concrètes dans la course à l’accès universel à l’électricité. Réunis, ce mardi 6 octobre 2026, à Dakar à l’occasion de la deuxième édition de la Table ronde des partenaires, les acteurs publics, partenaires techniques et financiers et représentants du secteur privé ont été appelés à accélérer la mobilisation des ressources nécessaires pour achever l’électrification du territoire national. Placée sous le thème « Accélérer l’accès universel à l’électricité au Sénégal : des engagements aux résultats », la rencontre met en lumière un besoin estimé à près de 400 milliards de francs CFA pour couvrir les dernières localités encore privées d’électricité.
L’objectif affiché par le gouvernement est désormais clairement fixé : garantir l’accès à l’électricité à tous les Sénégalais à l’horizon 2029, quel que soit leur lieu de résidence. Un défi qui ne relève plus seulement de la construction de nouvelles infrastructures, mais également de la capacité à mobiliser rapidement les financements, à finaliser les programmes déjà engagés et à renforcer la participation du secteur privé.
De 76 % à 86,2 % : une progression qui appelle un nouvel effort
Pour le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, l’électricité doit être considérée comme un instrument de transformation économique et sociale. « L’accès à une énergie fiable, abordable et soutenable est au cœur de l’ambition de la transformation économique et sociale portée par notre pays », a-t-il déclaré.
Au-delà de sa dimension de service essentiel, l’électricité constitue, selon le ministre, un facteur déterminant pour améliorer les conditions de vie, faciliter l’accès aux services sociaux de base et soutenir les activités productives. Elle participe également à la réduction des disparités territoriales en permettant aux différentes régions du pays de mieux exploiter leur potentiel économique.
Cette évolution se reflète déjà dans les indicateurs nationaux. Le taux d’accès à l’électricité est passé de 76 % en 2019 à 86,2 % en 2024, selon les données avancées lors de la rencontre. Cette progression résulte d’importants investissements consentis au cours des dernières années.
Le gouvernement indique ainsi que 53 projets et programmes, représentant près de 855 milliards de francs CFA, ont été engagés en faveur de l’accès à l’électricité, avec une attention particulière portée aux zones rurales. À ce stade, 12 683 localités sur 25 925 sont électrifiées.
Des projets supplémentaires portant sur 6 511 localités et 294 fermes doivent permettre d’améliorer encore la couverture et de rapprocher le pays d’un taux de couverture avoisinant les 95 %. Mais cette étape ne constituera pas la fin du parcours. Il restera alors environ 6 471 localités à électrifier, représentant près d’un million de personnes.
C’est précisément sur ce dernier segment que se concentre désormais l’effort du gouvernement.
Les dernières localités, un défi financier et technique
Le ministre de l’Énergie et du Pétrole considère cette phase comme « la dernière étape décisive » de la marche vers l’accès universel. La difficulté tient notamment au profil des zones restantes : des localités souvent éloignées, faiblement peuplées et donc plus coûteuses à desservir.
Pour répondre à cette situation, le Sénégal s’est doté d’une stratégie d’achèvement de l’accès universel à l’électricité. Celle-ci doit servir de feuille de route pour identifier les solutions techniques à privilégier et déterminer les investissements nécessaires pour couvrir les localités encore non desservies.
Le besoin financier est évalué à près de 400 milliards de francs CFA. « Notre priorité est donc claire : achever les projets déjà engagés et mobiliser les investissements nécessaires pour couvrir les besoins qui restent à satisfaire », a expliqué Dr El Hadji Abdourahmane Diouf.
La Table ronde des partenaires prend ainsi tout son sens. Il ne s’agit plus seulement de présenter une ambition, mais de réunir les conditions financières et opérationnelles permettant de passer de la planification à l’exécution.
Cheikh Diba : transformer les annonces de financement en engagements exécutables
Le ministre Sénégalais de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a lui aussi insisté sur cette nécessité de passer des annonces aux réalisations. Pour lui, le thème de la rencontre résume l’enjeu de la journée : faire en sorte que les engagements financiers puissent déboucher sur des interventions concrètes, assorties de jalons précis.
Il a rappelé que les efforts consentis ces dernières années ont déjà permis d’importantes avancées. Selon lui, 18 conventions de financement dans le secteur de l’énergie, pour un montant supérieur à 660 milliards de francs CFA, ont été signées par l’État du Sénégal depuis 2018.
Le ministre a salué à cette occasion l’accompagnement de plusieurs partenaires au développement, parmi lesquels la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), l’Agence française de développement (AFD), l’Union européenne (UE), l’Allemagne, la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque islamique de développement (BID).
Ces financements ont contribué à étendre les réseaux électriques et à transformer les conditions de vie dans plusieurs territoires. Mais Cheikh Diba estime que l’effort doit désormais être intensifié, précisément parce que les localités restantes sont parmi les plus difficiles à desservir.
Les quelque 6 400 à 6 500 localités encore à électrifier, selon les données évoquées, sont souvent les plus isolées et les moins densément peuplées. C’est pourtant dans ces territoires que l’impact social de l’électricité peut être particulièrement important.
« C’est précisément là qu’il est nécessaire de toucher la vie des populations », a souligné le ministre, en mettant en avant les effets attendus sur l’école, les centres de santé, la transformation des productions locales et l’emploi des jeunes.
L’électricité, un levier de développement territorial
Cette dimension sociale et territoriale constitue l’un des principaux arguments avancés par le gouvernement pour accélérer l’électrification. Pour Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, l’accès universel dépasse largement la seule question énergétique.
« C’est un enjeu éthique et territorial. C’est un enjeu de développement économique. C’est un enjeu de justice sociale », a-t-il insisté.
L’électrification doit notamment permettre aux activités économiques de se développer dans les territoires jusque-là confrontés à un déficit d’infrastructures énergétiques. Elle doit également donner aux entreprises locales de meilleures conditions pour investir, produire et créer des emplois.
Cette approche rejoint la volonté affichée de faire davantage participer le secteur privé à la réalisation de l’objectif de 2029. Le ministre de l’Énergie souhaite ainsi que l’accès universel à l’électricité puisse également devenir une opportunité de développement des capacités nationales.
L’ambition est de faire émerger des entreprises sénégalaises capables de contribuer durablement au financement, à la réalisation et à l’exploitation des infrastructures énergétiques.
Mission 300 et partenaires : un levier supplémentaire
Pour atteindre cet objectif dans les délais annoncés, l’État entend s’appuyer sur ses partenaires traditionnels tout en recherchant de nouvelles sources de financement.
Dr El Hadji Abdourahmane Diouf a notamment cité l’initiative Mission 300, que le Sénégal a rejointe en janvier 2025. Cette initiative doit contribuer à accélérer les investissements dans le secteur de l’électricité, à accompagner les efforts nationaux et à mobiliser les ressources nécessaires pour les populations encore privées d’un accès régulier à l’énergie.
Le ministre a toutefois rappelé que l’État ne pourra pas porter seul cette dernière phase. « Un tel objectif ne pourra être atteint par l’action de l’État seul », a-t-il souligné, appelant à renforcer la dynamique de partenariat engagée depuis plusieurs années avec les bailleurs et les partenaires techniques et financiers.
La mobilisation du secteur privé constitue également un axe important de cette stratégie. Le gouvernement souhaite créer les conditions permettant aux entreprises privées de prendre davantage part à l’effort national d’électrification.
Une mobilisation financière à inscrire dans les réformes budgétaires
La question du financement de l’accès universel intervient toutefois dans un contexte où l’État entend restaurer durablement ses équilibres budgétaires et financiers.
Cheikh Diba a ainsi rappelé que le gouvernement a engagé plusieurs réformes destinées à renforcer les finances publiques. Il a notamment évoqué les discussions engagées avec le Fonds monétaire international (FMI) autour d’un programme de 36 mois, reposant notamment sur la mobilisation des recettes intérieures, la rationalisation des dépenses, un meilleur suivi des entreprises publiques et une réforme progressive des subventions énergétiques afin de mieux cibler les ménages vulnérables.
Le secteur de l’énergie se trouve donc au croisement de plusieurs enjeux : développer les infrastructures, élargir l’accès des populations à l’électricité, préserver les équilibres financiers du secteur et garantir la soutenabilité des investissements publics.
À cette équation s’ajoute la question de la dette. Le gouvernement a engagé un plan destiné à réduire les vulnérabilités liées à l’endettement et à dégager des marges budgétaires pour les investissements prioritaires.
Dans cette perspective, Cheikh Diba a annoncé la mobilisation de 300 milliards de francs CFA pour contribuer au règlement, d’ici à la fin de l’année, des sommes dues aux entreprises. L’objectif est notamment de soulager la trésorerie publique et de restaurer la confiance des opérateurs privés.
Pour le secteur de l’énergie, cette question est déterminante : la capacité des entreprises à investir, à exécuter les projets et à maintenir leurs activités dépend aussi de la solidité de l’environnement financier.
2029, l’échéance désormais affichée
À travers cette deuxième Table ronde des partenaires, le gouvernement veut donc franchir un nouveau cap. Les progrès enregistrés au cours des dernières années ont permis de porter le taux d’accès à l’électricité à plus de 86 %, mais le dernier segment apparaît comme le plus complexe et le plus coûteux.
Les 400 milliards de francs CFA recherchés constituent ainsi le principal enjeu financier de cette nouvelle phase. Leur mobilisation doit permettre de compléter les programmes en cours et de préparer l’électrification des milliers de localités restantes.
Pour le gouvernement, l’échéance de 2029 impose désormais une accélération. « Notre ambition est simple : atteindre ensemble l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2029 », a affirmé Dr El Hadji Abdourahmane Diouf.
L’État entend assumer son rôle d’impulsion et de coordination, mais mise sur une mobilisation collective associant partenaires techniques et financiers, institutions publiques et secteur privé.
À terme, l’objectif affiché est de faire en sorte que le lieu de résidence ne soit plus un facteur déterminant de l’accès à l’électricité et, par conséquent, aux opportunités économiques et sociales qu’elle rend possibles. Le véritable défi des prochaines années sera donc de transformer les engagements financiers pris autour de la table en lignes électriques, infrastructures fonctionnelles et services effectivement accessibles aux populations.
C’est tout l’enjeu du passage « des engagements aux résultats », qui donne son sens à cette deuxième édition de la Table ronde des partenaires.
Moctar FICOU / VivAfrik

