COP21 « Le rôle des Etats Africains Sera Central » Déclare Hela Cheikhrouhou

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La directrice du Fonds vert pour le climat, Hela Cheikhrouhou, qui répondait à une interview de liberation.fr du 5 octobre 2015 et lu par vivafrik.com, estime que le réchauffement climatique est une opportunité pour que l’Afrique prenne le virage du développement durable.

Le Fonds vert pour le climat est un mécanisme financier dépendant de l’Organisation des Nations unies (Onu). Il a pour but de réaliser des transferts de fonds des pays  riches vers les pays les plus pauvres afin de mettre en place des projets de lutte contre le réchauffement climatique. Hela Cheikhrouhou en a été nommée directrice en 2013.

Quel sera le rôle de l’Afrique lors de la COP21 ?

Il y a bien une chose sur laquelle il n’y a pas de doute, c’est que le rôle des Etats africains sera central. Tout le monde est d’accord pour dire que jusqu’ici, le continent n’a pas eu la part qui lui est due du point de vue des finances climatiques alors que l’Afrique est une région particulièrement vulnérable aux changements climatiques, qu’elle compte le plus grand nombre de pays moins avancés et que la plupart de ses pays n’ont émis que très peu de gaz à effet de serre. Il faut prioriser l’accès du continent africain à de la finance climatique qui permet que tous les investissements de long terme, qui sont en retard en Afrique, puissent se faire d’une manière compatible avec l’engagement de la limitation du réchauffement de la planète à 2°c. Pour vraiment remplir leur rôle lors de la COP21, un rôle qui je le répète sera central, les Africains se doivent d’envoyer leurs meilleurs talents pour négocier. Il est important que la voix africaine, sous la convention, soit une voix qui représente pleinement et fortement les intérêts du continent.

L’Afrique pourrait-elle devenir un «continent laboratoire» pour les énergies renouvelables ?

J’hésiterais vraiment à employer ce terme. Aujourd’hui, les différentes sources énergétiques sont des technologies relativement matures. La différence, c’est qu’il reste beaucoup à construire en Afrique,  il y a une opportunité réelle d’inciter, avec les bons outils financiers, à ce que des investissements soient faits de la bonne manière en termes de compatibilité avec un scénario à 2°c de réchauffement climatique. On connaît très bien le potentiel du continent en hydroélectricité, en géothermie, en ensoleillement, en ressources éoliennes, en ressources de biomasses… Les opportunités sont là, mais ce qui manque à l’Afrique, ce sont les mécanismes financiers qui peuvent faire en sorte que des investissements aillent vers ces ressources massives. Aujourd’hui, il y a des solutions viables pour financer un développement basique où l’on importe sur le continent des technologies plus polluantes, c’est d’ailleurs très souvent le fait des sociétés internationales, alors que ce qu’il faut pour l’Afrique, ce sont des solutions de pointe et justement le Fonds vert est là pour aider à cela financièrement et débloquer la situation actuelle où les investisseurs continuent d’avoir une perception exagérée du risque d’investir en  Afrique.

L’Afrique pourrait-elle dans un futur proche devenir un continent pionnier en matière de développement durable ?

Cette opportunité existe et j’y crois, mais elle exige que toute la communauté internationale se mobilise pour aider à ce que les constructions qui se font maintenant se fassent de manière durable. Au moment d’investir, il faut choisir les meilleures technologies et former les cadres africains. Les gouvernements doivent investir dans le développement durable pour répondre au changement climatique mais en même temps cela peut aussi réduire la pauvreté en créant des emplois. Toutes ces réalisations ne sont pas possibles si la communauté internationale n’aide pas les gouvernements, le secteur privé mais aussi la société civile africaine. Ce sont trois composantes clés.

Vous êtes optimistes concernant les chances de succès de la COP21 ?

En ce qui concerne les négociations climatiques, il est difficile de se prononcer. Ceci dit, tout porte à indiquer que l’on a des avancées positives. On aura plus de visibilité un fois que l’on aura compilé tous les engagements que les pays ont pris dans leurs contributions nationales (Indc). Le Fonds vert est le plus gros outil de mise en œuvre des engagements pris par les Etats, mais déjà en étant le plus gros, il est tout petit. C’est un muscle financier relativement chétif et atrophié comparé à la taille du défi auquel la convention fait face. Il est donc très important que les finances qui passent par le mécanisme financier de la convention soient à la taille des ambitions que nous avons pour l’accord de Paris. Le Président Hollande l’a répété plusieurs fois, sans clarté sur la trajectoire de la finance climatique, les modes de mise en œuvres n’atteindront pas leurs objectifs.

Moctar FICOU / VivAfrik

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