Tchad : Idriss Déby Itno opte pour les énergies renouvelables

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« La solution globale au problème énergétique est un impératif majeur de mon quinquennat et de ma vision pour le développement du Tchad. L’appropriation des énergies renouvelables en sera le vecteur essentiel », déclarait le président tchadien Idriss Déby Itno en clôturant les travaux du forum sur les énergies renouvelables, tenu début février 2012 à N’Djamena, se souviennent nos confrères du quotidien zegreenweb.com dans leur publication du mercredi dernier et parcouru par vivafrik.com. Les fruits de cette politique déterminée semblent enfin arriver dans un pays qui a très tôt fait le choix d’une transition énergétique pour un développement durable.

Le Tchad – comme de nombreux pays de la région – fait face à un dangereux phénomène de désertification. Plusieurs facteurs favorisent l’assèchement progressif du territoire : le lac Tchad n’est plus réduit qu’à 10% de sa superficie d’il y a 50 ans (il passée de 25 000 km2 à 1 350 km2) ; le désert avance d’1 kilomètre par an, etc. Ces phénomènes ont des conséquences catastrophiques dans un pays où l’économie est aux trois-quarts rurale, l’agriculture et l’élevage du bétail étant les activités dominantes. Les effets collatéraux de cette désertification sont graves : il n’y a plus d’herbe, il n’y a plus d’eau. Des zones entières ne sont plus favorables à l’agriculture ni à l’élevage. Si la manne principale du gouvernement est l’exploitation d’hydrocarbures, présents dans le sous-sol du pays (dès 2004, le pétrole représentait plus de 80 % des exportations nationales) le prix du baril connait une crise sans précédent et les indicateurs semblent prédire qu’elle n’est pas près de s’arrêter. Aussi, sortir de la dépendance aux énergies fossiles est le leitmotiv numéro un du président Idriss Déby.

En parallèle, le Tchad est aussi l’un des pays d’Afrique avec le taux d’électrisation le plus bas (moins de 5% de la population a accès à l’énergie dont le coût de production est très élevé – environ 0,65$ par KWH). Et c’est précisément en inversant cette tendance que le gouvernement a choisi de faire sa transition à la fois énergétique, mais aussi économique. La question des énergies renouvelables a, de tout temps, été au centre des préoccupations du président Déby, d’autant que le pays fait partie des premières victimes du changement climatique. C’est pourquoi le chef de l’Etat a appuyé un projet de développement des énergies renouvelables dès la fin de la décennie 2000 : en 2008, le gouvernement tchadien a interdit l’utilisation du bois de chauffe et du charbon de bois, principales sources énergétiques historiques utilisées par les Tchadiens à plus de 90 %. Objectif : plein cap sur le vert. Avec une politique volontariste de soutien aux projets innovants, le Tchad a fait le choix d’une énergie durable.

Si cette transition est une affaire de longue haleine – et donc pour certains, douloureuse – (les pays développés y sont actuellement confrontés, et semblent piétiner), il s’agit d’une stratégie payante à long terme. Aussi, le retard énergétique pris par le pays s’explique partiellement par ce choix : reculer pour mieux sauter. C’est dans ces conditions que le centre de promotion de l’énergie solaire (Promosol) s’est penché dès 2011 sur la fabrication d’un four solaire. « Nous recevons environ mille fois l’énergie solaire dont nous avons besoin. (…) Ne pas utiliser cette source d’énergie qui est renouvelable, propre et sans danger, c’est comme refuser un cadeau », déclare Mme Kakesse Damaris, présidente du centre Promosol. Au Tchad, le soleil brille de 2 750 à 3 250 heures par an ; ce qui donne en moyenne 4 à 6 kilowatts/heure par mètre carré et par jour. Utiliser le four solaire permet ainsi d’économiser 10 000 francs CFA (20 USD) par mois, par rapport aux fagots de bois ou au gaz, tout en réduisant considérablement les émissions. Du gagnant-gagnant, donc. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un plan d’ensemble visant au développement des énergies renouvelables. Une feuille de route qui affiche plusieurs objectifs, notamment « la mise en cohérence des actions et politiques dans le domaine des ENR, la mise en place d’un cadre d’élaboration et de suivi pour une politique énergétique plus structurée et cohérente, la définition et l’adoption d’un nouveau cadre juridique, l’émergence du secteur privé comme acteur majeur dans la production de l’énergie à travers les partenariats public-privé. » Ce plan a déjà permis la création d’un atlas national éolien, et suivant les résultats des mesures satellitaires, il ressort que le Tchad est doté d’un gisement très important dans les régions du nord (où il y a deux chaînes montagneuses), de même que dans les régions du centre et du sud. Un potentiel encore inexploité, qui promet une production importante. L’idée, ce faisant, est de favoriser l’entreprise locale, ainsi que d’envoyer un signal positif aux investisseurs et acteurs de la filière, aussi bien nationaux qu’internationaux.  Le Fonds africain pour le développement durable (Sefa) vient d’accorder une subvention de 780 000 $ au Tchad pour le développement du parc photovoltaïque de Starsol, construit près de la capitale N’Djamena. Cette aide vient couronner des efforts considérables en matière de développement d’une industrie énergétique propre, et encourager les travaux à venir. La centrale ainsi partiellement financée aura une capacité de 40 mégawatts (Mw), et permettra de produire environ 64 (Gwh) d’électricité par an, de quoi alimenter 16 871 ménages. Un bon début.

Moctar FICOU :VivAfrik