Ethiopie: « Il faut agir maintenant pour éviter une catastrophe alimentaire » alerte Stéphanie Savariaud

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« Les Ethiopiens sont confrontés à la pire sécheresse depuis trente ans, alertait Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, au sommet de l’Union africaine d’Addis-Abeba à la fin de janvier. L’ampleur et la gravité des besoins humanitaires ont augmenté considérablement. » Causée par El Nino, un phénomène climatique qui revient tous les quatre à sept ans en moyenne, la sécheresse frappe aujourd’hui le deuxième pays le plus peuplé du continent et plus largement toute l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, où 14 millions de personnes sont confrontées à la famine. Pour Stéphanie Savariaud, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) en Afrique de l’Est, « on peut encore éviter une situation extrême », rapporte Le Monde 

Quelle est la situation en Ethiopie aujourd’hui ?

Stéphanie Savariaud Elle est difficile, car on a un besoin absolu de financements si on veut continuer les opérations d’aide alimentaire après la fin du mois d’avril. Le PAM, avec le gouvernement éthiopien, doit apporter de l’aide à plus de 7,5 millions de personnes, puisque 2,5 millions d’autres sont prises en charge par des ONG. Pour aider ces 7,5 millions de personnes et continuer les distributions alimentaires, on a besoin de trouver 350 millions de dollars (309 millions d’euros) d’ici à la fin du mois. C’est délicat car, si on n’y arrive pas, cela signifie que le taux de malnutrition va augmenter et conduire l’Ethiopie dans une situation grave, en plein milieu de la saison de « soudure » [la période entre l’épuisement des réserves des greniers et la récolte suivante].

Le temps est donc compté ?

Oui, il l’est. Mais aujourd’hui nous sommes dans une situation où on peut agir avant une catastrophe. Il est donc possible de l’éviter et de ne pas tomberdans une situation extrême ! On a déjà vécu ce genre de situation en novembre 2015, où nous n’avions plus de financements. On était alors à deux doigts d’arrêter les distributions. Des donateurs, comme le gouvernement de Suède, nous ont alors aidés. Le problème est que, depuis novembre, les besoins ont considérablement augmenté. On est passé de 2,8 millions de personnes début 2015 à 10,2 millions, début 2016.

Quelles sont les régions les plus touchées ?

Il y a d’abord les régions pastorales, celles qui vivent du bétail, comme l’Afar. Mais il y a aussi des régions agricoles, comme la région Amara. Que s’est-il passé ? Les petites pluies fines du début de 2015 n’ont pas été bonnes. Certes, elles ne donnent pas les récoltes principales, mais certaines régions en dépendent quand même. La deuxième saison des pluies, qui donne la plus grande partie des récoltes, a également été mauvaise. C’est pour cela que la situation est très difficile aujourd’hui et que l’ampleur des besoins est immense.

Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a déclaré que « n’importe quel gouvernement aurait besoin d’aide dans une telle situation ». Le gouvernement éthiopien a débloqué de manière inédite plus de 300 millions de dollars, ce qui est considérable.

Quelle est la situation dans les zones les plus critiques ?

Dans les régions pastorales, la question du bétail est évidemment capitale. A cause de la sécheresse, les hommes sont partis avec les bêtes pourchercher des pâturages, ce qui a entraîné la raréfaction du lait pour les nourrissons. Dans ces régions, il faut ajouter que beaucoup d’animaux sont morts.

Dans les régions agricoles, les pertes des récoltes vont de 40 % à 80 %. Les 350 millions de dollars qu’il manque aujourd’hui doivent permettre de ne pas passer d’une situation de « malnutrition modérée » à une situation de « malnutrition sévère ». Nous sommes dans une période charnière.

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