Bertin Bossou doute de la qualité sanitaire des poissons fumés

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Bertin Bossou, point focal de la convention de Stockholm, en service à la direction générale de l’environnement et du climat a expliqué que « la  qualité sanitaire des poissons fumés est douteuse (car) ils sont exposés aux Polluants organiques persistants non intentionnels (Popni) », mettant en exergue les impacts sanitaires et environnementaux de ces polluants et les initiatives en cours pour y faire face.

Dans une interview accordée à Fulbert Adjimehossou & Godwin Missihoun de fraternitebj.info, il a affirmé que les Polluants organiques persistants (Pop), toxiques et résistants à la dégradation de l’air, les résultent des rejets liés aux activités humaines, dont le fumage de poissons.

Que faut-il comprendre de la Convention de Stockholm ?

La convention de Stockholm sur les Polluants organiques persistants (Pop), signée et ratifiée par le Bénin le 5 Janvier 2004 a pour objectif de protéger l’environnement et la santé des populations des menaces liées aux Pop. Ce sont en réalité des substances chimiques très toxiques qui résistent à la dégradation de l’air, provoquent des effets néfastes sur la santé et qui causent des problèmes à l’environnement. A ce titre, on doit mener des activités pour pouvoir réduire ou minimiser les émissions de ces polluants.

Où retrouve-t-on les Pop ?

On les retrouve partout. Ils sont dans les fumées, au niveau des transformateurs électriques de la Sbee, dans les aliments, les véhicules. Le brûlage des pneus ou des déchets en général libère également ces substances chimiques qu‘on appelle les polluants organiques persistants.

Quels sont leurs impacts sur la santé et l’environnement ?

En ce qui concerne les impacts sur la santé, il y a l’infertilité, les perturbations endocriniennes. Les Pop contribuent à diminuer le système immunitaire de l’homme. Toutes sortes de pathologies peuvent être contractées du fait d’une diminution de la résistance immunitaire du corps.

Au niveau de l’environnement, il y a la pollution du sol et surtout de l’air. Quand on prend le cas des fumées, elles perturbent la respiration et provoquent aussi des maladies oculaires, etc. La qualité de l’air est affectée. La qualité de l’eau et du sol aussi parce que les Pcb qui sont des Pop contaminent aussi dès que les transformateurs sont déposés à même le sol. Ainsi, les trois composantes de l’Environnement sont affectées.

Pourquoi l’activité de fumage de poissons est-elle ciblée ?

Dans de nombreux pays africains, les femmes s’adonnent à cette activité et n’ont pas des informations sur les risques sanitaires et environnementaux qu’elles courent avec les fumées de poissons. Ces fumées contiennent des dioxines et furanes, les Hydrocarbures aromatiques polycycliques (Hap) qui sont des Polluants organiques persistants non intentionnels dont les émissions dans l’atmosphère contribuent à la fragilisation de l’environnement. De plus cette méthode de fumage de poissons consomme une quantité importante de bois, ce qui participe à la déforestation.

En ce qui concerne l’impact sur la santé, les femmes fumeuses de poissons sont exposées à des maladies respiratoires, des maux d’yeux et de tête et des maladies de la peau parce que ces substances peuvent à travers la peau pénétrer l’organisme humain. On a identifié cette activité pour encadrer le fumage de poisson parce que les fours traditionnels libèrent les Pops.

Est-ce à dire que les poissons fumés sont contaminés par les polluants organiques persistants non intentionnels ?

La qualité sanitaire des poissons fumés est douteuse, le produit fini est exposé aux Popni et le non-respect des règles d’hygiène et de salubrité au cours de l’opération de transformation du poisson confirme cet état de choses. Les fumées sont avec les poissons et si nous les consommons, nous ingurgitons les Pops et ça peut nuire à notre santé. Mais le ministère du cadre de vie et du développement durable, dans la mise en œuvre de la convention de Stockholm, a initié une activité pilote de fumage de poisson avec des fours améliorés. L’initiative est basée sur les meilleures techniques disponibles et les meilleures pratiques environnementales.

Parlez-nous des nouvelles méthodes de fumage pour réduire les risques ?

Entre autres fumoirs modernes conçus pour juguler cet état de choses, il y a la technique Fao-Thiaroye qui a été mise au point et inventé au Sénégal par un centre alimentaire de référence et de formation des techniciens alimentaires. Ce fumoir permet de produire des poissons fumés avec de faibles niveaux des Hydrocarbures, aromatiques polycycliques, et le temps de cuisson est rapide. Il y a une éponge digitale qui retient ces substances toxiques, ce qui fait que le poisson, après fumage, ne présente pas les aspects qu’on avait avec le fumage traditionnel. Certains pays ont compris et ont déjà adopté cette technologie. L’objectif n’est pas de produire et de vendre le poisson uniquement au plan local. Quand les poissons vont ailleurs, les gens rejettent parce qu’après analyse, on constate que les poissons venant du Bénin renferment des HAP. Maintenant, la femme qui adopte cette nouvelle technologie témoigne de ce que les poissons sont légèrement plus chers mais répondent aux attentes en vue de l’exportation.

Quelles sont les localités qui bénéficient déjà de ce projet ?

En réalité, le ministère devrait les construire à Sèmè, c’est-à-dire à Ekpè, Sèmè-Plage et dans le marché de Gbégamey. On est en train d’échanger avec les élus locaux pour qu’un terrain d’entente soit trouvé en vue du démarrage. C’est un projet régional. Les autres pays attendent d’apprendre de notre pays. Maintenant, il y a des ONG qui ont déjà mis au point ces fours au Bénin. C’est le cas de Care Bénin International qui a implanté ces fours dans un village d’Avrankou où les femmes ont été organisées en coopérative. Elles vendent localement dans les marchés environnants d’Avrankou et de Porto-Novo, mais aussi au Nigéria. Quand elles utilisaient les fours traditionnels, elles n’arrivaient pas à écouler leurs poissons vers le Nigéria qui les avait rejetés. Mais dès qu’elles ont commencé à utiliser les fours améliorés, le Nigeria, après avoir fait des analyses, a accepté et c’est devenu une filière. Un autre four a été construit par Fao à Grand-Popo. Là, il y a le four mais le bâtiment n’est pas encore aménagé.

Quelles sont les perspectives ?

Les perspectives, c’est former les femmes sur les meilleures technologies alimentaires et leur apprendre la gestion financière puis les aider à écouler ces poissons. Au final, l’objectif est que nos femmes aient un revenu adéquat pour supporter leurs familles. On a aussi des tenues de travail, des petits matériels pour exercer leurs activités. Il y aura une caisse et elles auront de l’argent de la part du ministère pour faire de petits commerces, histoire d’acheter des combustibles pour que dès que l’intéressée achète du poisson, que les combustibles soient déjà disponibles. L’autre perspective, c’est qu’on aura à faire des formations. Il y aura renforcement des capacités de ces femmes. Ensuite, on va essayer de dupliquer dans les autres localités parce que les localités actuellement identifiées ne sont pas forcément les sites où il y a le plus de femmes fumeuses de poissons.

Moctar FICOU / VivAfrik

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