Afrique : les effets du changement climatique créent des opportunités de résilience

0

Le 25 janvier 2021, c’est tenu le Sommet pour l’adaptation aux changements climatiques organise par les Pays Bas. C’est lors de cette rencontre que Gilbert F. Houngbo, président du Fonds international de développement agricole (FIDA) a affirmé que si les investissements destinés à aider les petits exploitants à s’adapter aux changements climatiques n’augmentent pas sensiblement, nous risquons de voir la faim gagner largement du terrain et le monde en proie à l’instabilité. Ces propos font suite à la déclaration récente de l’Organisation des Nations Unies qui a annoncé que 2020 avait été l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées et que les températures devraient connaître une augmentation catastrophique au cours du XXIe siècle, lit-on dans le site du FIDA.

Le président du FIDA soutient qu’il est inacceptable que les petits exploitants qui produisent une grande partie des denrées alimentaires de la planète soient laissés à la merci de conditions météorologiques imprévisibles et que le niveau des investissements visant à les aider à s’adapter soit aussi faible. Ils ne contribuent que faiblement aux changements climatiques, mais ils sont les premières victimes de leurs effets. Ils connaissent de plus en plus souvent de mauvaises récoltes et des pertes de bétail, ce qui met en péril l’ensemble de notre système alimentaire. Nous devons impérativement œuvrer pour qu’ils puissent rester sur leurs terres et cultiver des aliments nutritifs de manière durable. Sinon, la faim, la pauvreté et les migrations vont encore progresser dans les années à venir, a ajouté le président du FIDA.

Aussi, Gilbert F. Houngbo annonce le lancement du Programme élargi d’adaptation de l’agriculture paysanne (ASAP+) aux côtés des ambassadeurs de bonne volonté du FIDA dont Idris et Sabrina Elba. Ces derniers participeront à un débat sur le sujet, avec le Premier Ministre belge, Alexander de Croo, et le Ministre danois du développement international, Dag Inge Ulstei. En effet, à peine 1,7% du financement mondial de l’action climatique une maigre fraction des besoins est consacré aux petits exploitants des pays en développement, alors qu’ils subissent de façon disproportionnée les effets des changements climatiques, selon un rapport publié par le FIDA à la fin de 2020, lit-on dans le site du FIDA.

La FIDA informe que l’ambition de l’ASAP+ est de changer la donne. Conçu comme le plus grand fonds destiné à flécher ces financements vers les petits producteurs, il vise à mobiliser 500 millions d’USD afin de réduire les menaces climatiques qui pèsent sur la sécurité alimentaire, d’abaisser les émissions de gaz à effet de serre et d’aider plus de 10 millions de personnes à faire face aux changements climatiques. L’Allemagne, l’Autriche, l’Irlande et le Qatar se sont déjà engagés à contribuer au programme.

L’ASAP+ se concentrera sur les pays à faible revenu qui dépendent le plus de l’agriculture et dont les populations rurales sont les plus exposées à l’insécurité alimentaire, à la pauvreté et aux changements climatiques. L’objectif est de faire en sorte que 4 millions d’hectares de terres dégradées puissent être exploitées selon des pratiques résilientes face aux changements climatiques et de piéger environ 110 millions de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone sur une période de 20 ans.  Le programme aidera également les pays à concrétiser leurs engagements dans le cadre des contributions déterminées au niveau national aux termes de l’Accord de Paris.

« Les petits exploitants des zones rurales contribuent de façon essentielle à la durabilité, à la stabilité et à la sécurité dans le monde. Ils ne doivent pas être les oubliés du financement de l’adaptation aux changements climatiques », a souligné la Directrice de la Division environnement, climat, genre et inclusion sociale du FIDA, Jyotsna Puri. Et d’ajouter que « l’ASAP+ contribuera à l’appel mondial lancé en faveur d’une réduction des gaz à effet de serre et produira des retombées importantes en matière de revenus pour les agriculteurs ruraux et d’autres populations vulnérables. »

Les systèmes d’agriculture paysanne qui produisent à l’heure actuelle la moitié des calories consommées dans le monde sont souvent totalement tributaires des ressources naturelles, notamment de la pluie. Ils sont ainsi particulièrement vulnérables face à la hausse des températures, à l’irrégularité des précipitations, aux infestations de ravageurs, à l’élévation du niveau de la mer et aux phénomènes extrêmes, comme les inondations, les sécheresses, les glissements de terrain, les cyclones et les canicules.

D’après de récentes études financées par le FIDA, les productions d’importantes cultures de base telles que les légumineuses, le maïs et le manioc pourraient connaître une diminution de 50 à 90% d’ici à 2050 dans certaines régions de l’Angola, du Lesotho, du Malawi, du Mozambique, de l’Ouganda, du Rwanda, de la Zambie et du Zimbabwe en raison des changements climatiques, ce qui risque d’entraîner une forte augmentation de la faim et de la pauvreté. Si rien n’est fait, les changements climatiques pourraient obliger plus de 140 millions de personnes à migrer d’ici à 2050. On s’attend également à une volatilité des prix, étant donné que les catastrophes naturelles qui surviennent dans une région du monde peuvent entraîner une hausse de plus de 50% du prix des céréales dans le monde entier.

L’ASAP+ s’appuie sur le Programme d’adaptation de l’agriculture paysanne (ASAP) du FIDA qui a déjà permis de distribuer 300 millions d’USD à plus de 5 millions d’exploitants dans 41 pays. Cela dans le but de promouvoir des techniques agricoles adaptées aux aléas climatiques et des solutions fondées sur la nature. Aussi, il s’agira de favoriser l’accès à des infrastructures et à des solutions techniques telles que les petits périmètres d’irrigation, les systèmes de récupération des eaux de pluie, les dispositifs d’information météorologique et les cultures résistantes à la sécheresse et aux inondations.

Partenariat entre Mascara et Ecosun

Les urgences climatiques sont de plus en plus d’actuelle. Ainsi, pour plus de durabilité il est urgent de mutualiser les forces pour répondre aux préoccupations des populations. Pour cela, l’entreprise française Mascara nouvelles technologies s’est associée à sa compatriote Ecosun Innovation pour la mise en place d’une nouvelle technologie de traitement de l’eau baptisée Osmo-Watt®. Cette solution conteneurisée qui fonctionne grâce à l’énergie solaire sera diffusée dans les zones reculées du continent africain, publie AFRIK21 dans sa parution du  26 janvier.

Mascara nouvelles technologies multiplie les partenariats en vue de l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable en Afrique. La jeune entreprise française a signé un partenariat avec sa compatriote Ecosun Innovation pour lancer Osmo-Watt®. Il s’agit d’une nouvelle solution qui permet de fournir de l’eau potable grâce à un système conteneurisé facile à déployer pour les zones reculées et difficiles d’accès.

Le système conteneurisé est composé de la technologie Osmosun® de Mascara qui permet le dessalement de l’eau de mer et saumâtre grâce à l’énergie solaire ; ainsi que Mobil-Watt®, un système solaire conteneurisé d’Ecosun Innovation facile à déployer. Selon Mascara, la mise en commun de ces deux technologies facilite l’installation et l’entretien de la solution, réduisant ainsi les coûts dans les zones reculées d’Afrique où le pouvoir d’achat est souvent très faible. Osmo-Watt® peut permettre de produire entre 5 et 100 m3 d’eau potable par jour grâce à l’énergie solaire.

« L’alimentation entièrement solaire du conteneur offre une complète autonomie de toute fourniture d’énergie externe : diesel, réseau électrique. En revanche, en cas de besoin, les Osmo-Watt® peuvent hybrider les sources d’énergie, pour produire en dehors des heures d’ensoleillement, et ainsi jusqu’à tripler la capacité de production », indique Mascara nouvelles technologies.

Osmo-Watt® fait ainsi partie des retombées de la stratégie de partenariat de Mascara qui a fait le choix de travailler avec d’autres start-up pour améliorer l’accès à l’eau potable en Afrique. Il y a quelques mois, la jeune entreprise basée à Gellainville (France) a signé un partenariat avec l’énergéticien Mada Green Power pour fournir de l’eau potable dans les zones arides à Madagascar. La grande île de l’océan indien à l’un des plus faibles taux d’accès à l’eau potable en Afrique avec seulement 35 % de sa population qui consomme de l’eau potable selon un rapport (2019) du ministère malgache de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène (MEAH).

Au Nigeria, le gouvernement de l’État d’Enugu vient de désigner la société d’ingénierie FordMarx Nigeria pour la réhabilitation complète du réseau d’approvisionnement en eau dans 9th Mile Crash Programme à Enugu. Le gouvernement local a débloqué 600 millions de nairas nigérians (près de 1,6 million de dollars) pour la mise en œuvre du projet qui fournira, à terme, 28 000 m3 d’eau par jour aux populations d’Enugu.

Le gouvernement de l’État d’Enugu veut renforcer l’approvisionnement de ses populations en eau potable. Le 12 janvier 2021, il a signé un contrat avec FordMarx Nigeria pour la réhabilitation du réseau d’eau potable du 9th Mile Crash Programme, mis en service en 1982 à Enugu.

Dans la métropole, la société d’ingénierie spécialisée dans les domaines de l’eau et des énergies renouvelables réhabilitera 12 forages fonctionnant à l’énergie solaire. L’entreprise réhabilitera également une station qui pompe l’eau des rivières Oji, Ajali et Iva. Le contrat couvre aussi la réhabilitation d’une petite usine d’eau potable. La modernisation du réseau d’eau potable du 9th Mile Crash Programme devrait garantir l’approvisionnement des populations d’Enugu et des métropoles environnantes, soit une fourniture de 28 000 m3 d’eau par jour. « Enugu est confronté à une pénurie d’eau permanente qui est exacerbée par la topographie de l’État. Cela rend difficile l’accès aux eaux souterraines. Selon WaterAid Nigeria, plus de la moitié (2,37 millions) des habitants d’Enugu n’ont pas accès aux services d’eau de base », indique End Water Poverty (EWP).

Ford Marx Nigeria a reçu 600 millions de nairas nigérians (environ 1,6 million de dollars) du gouvernement de l’État d’Enugu pour mettre en œuvre le projet réhabilitation du réseau d’approvisionnement en eau du 9th Mile Crash Programme. L’entreprise dispose d’un délai de six mois pour achever les travaux. « Elle devra ensuite assurer la maintenance de ce réseau d’eau pendant deux ans », souligne le ministère des Ressources en eau de l’État d’Enugu au Nigéria, d’après toujours Afrik21.

Agroécologie : Afruibana s’engage avec l’initiative IAM Africa

Afruibana compte désormais parmi les 112 signataires de la charte d’engagement de l’International Agroecological Movement of Africa (IAM Africa). Née à l’occasion du « One Planet Summit » qui se tenait à Paris le 11 janvier, cette initiative multilatérale a pour ambition de redynamiser la coopération agricole entre l’Europe et l’Afrique tout en veillant à la protection de la biodiversité, nous apprend Ecofin à sa UNE du 26 janvier.

IAM Africa souhaite réunir parmi ses signataires les compétences complémentaires d’acteurs africains investis dans ces filières et européens reconnus pour leur expertise technique et financière ainsi que leur expérience des enjeux liés au développement africain. Ce partenariat mettra un accent particulier sur la structuration de chaînes de valeur d’agro-élevage encourageant le déploiement des pratiques agroécologiques ainsi que la création d’emplois dignes et durables. IAM Africa répond ainsi à des enjeux multiples de soutenabilité économique du secteur mais aussi aux besoins impérieux d’équité sociale, de transparence et de respect de l’environnement et des ressources naturelles africaines.

L’agriculture compte parmi les principaux leviers de développement du continent où près de 70 % de la population vit encore en zone rurale. Aujourd’hui, 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées se trouvent en Afrique, ce qui lui offre un potentiel de croissance considérable. La modernisation du secteur agricole africain, notamment par l’agroécologie, l’agriculture numérique et le social business sont autant de priorités à mettre en œuvre afin de combiner performance économique et préservation de l’environnement.

Depuis de nombreuses années, les membres d’Afruibana s’engagent en faveur de la qualité et de la durabilité des filières agro-industrielles en Afrique sur le plan économique, social et environnemental. Plusieurs membres d’Afruibana sont déjà labellisés Fairtrade/Max Havelaar, référence internationale du commerce équitable. Au Ghana, les membres d’Afruibana sont pionniers dans le développement de la banane bio sur le continent africain. Avec les cosignataires de la charte, Afruibana entend continuer à structurer conjointement des chaînes de valeur durables répondant aux enjeux actuels de l’agriculture en Afrique.

« Notre adhésion à l’initiative multilatérale IAM Africa s’inscrit dans la logique collaborative de notre association », déclare Joseph Owona Kono, président de l’association Afruibana. Il ajoute que la transformation de l’agriculture africaine avec des chaînes de valeur durables et compétitives se fera avec la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes du secteur.

Maïmouna DIOP (Stagiaire / VivAfrik)

Laisser un commentaire