Climat : l’utopie du cacao durable

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La culture du cacao dépend encore majoritairement de la déforestation, avec toutes les perturbations que cela entraîne.

Chez le premier producteur mondial de fèves, seulement 30 % de cacao peut être qualifié de durable, si on fait le lien entre durabilité et cacao non planté par défrichement de forêt. « La déforestation, c’est un bulldozer qu’aucune déclaration n’a jusque-là réussi à arrêter », explique sans détours un expert du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Pour lui, « les discours et le soi-disant engagement du privé sur le “cacao zéro déforestation”, pris depuis quelques années déjà, naviguent entre l’ignorance du réel et l’arnaque au consommateur de chocolat. »

Un exemple : la forêt de la Bossématié, à l’est de la Côte d’Ivoire près du Ghana, 20 000 ha, 10 000 ha détruits malgré les alertes lancées aux autorités et aux multinationales qui continuent de se fournir en fèves issues de cette réserve classée.

Aujourd’hui, c’est la forêt du Liberia qui commence à son tour à être défrichée par les cacaoculteurs. Pour les planteurs, la tentation de la rentabilité est souvent plus forte que toute considération environnementale : une jeune plantation dans un milieu vierge offre trop d’avantages pour y renoncer : fertilité des sols, absence de mauvaise herbe, peu ou pas d’insectes, facilité d’entretien…

Le rôle essentiel de la forêt dans la préservation du climat

Le constat est là : en Afrique de l’Ouest, le cacao est le principal moteur de la déforestation. Or la forêt joue un rôle indéniable dans la préservation du climat, puisqu’elle a une influence sur l’abondance et la régularité des pluies, sur la régulation de la température régionale ou encore sur le stockage de CO2. Autre effet important, une pluie qui tombe sur des sols nus ou sur une plantation de cacao s’évapore plus vite, elle est beaucoup moins « utile » qu’une pluie qui tombe sur une forêt tropicale.

Indirectement la culture de cacao alimente donc les perturbations climatiques… Mais les planteurs sont aussi les premiers à subir en retour les effets de ces changements. Il y a quelques années le Centre international d’agriculture tropicale (CIAT) tirait déjà la sonnette d’alarme : d’ici à 2050, les zones favorables à la culture du cacao pourraient baisser drastiquement en Afrique de l’Ouest, faute de pluviométrie et d’humidité suffisante.

(rfi.fr)