La guerre en Ukraine fait craindre les risques de crise alimentaire en Afrique

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Un coup dur pour l’Afrique. En effet, la Russie a décidé de suspendre ses exportations agricoles. Une décision qui sera lourde de conséquences pour la région africaine, déjà durement affectée par les conditions climatiques, les conflits et le Covid-19.

L’offensive russe en Ukraine, commencée le 24 février 2022, a déjà fait plus de trois millions de déplacés. Et son impact sur la sécurité alimentaire inquiète, car la Russie et l’Ukraine pèsent pour un tiers des exportations mondiales de céréales. Et une part importante est destinée au continent africain et au Liban. Face à des risques graves de crise alimentaire, les États du continent multiplient les mesures pour tenter de limiter l’inflation et les ruptures de stocks.

A cela, s’ajoute la hausse des subventions, distributions gratuites de vivres aux populations les plus pauvres, interdiction d’exporter… Depuis la fin de l’année dernière, la plupart des gouvernements d’Afrique de l’Ouest ont déjà commencé à tirer les cartouches à leur disposition pour contenir la flambée des prix des matières premières alimentaires et énergétiques. L’objectif est d’atténuer les difficultés qu’éprouvent les populations les plus pauvres pour s’approvisionner en denrées essentielles et de prévenir les mouvements de protestation contre la vie chère.

Plusieurs pays du continent ont pris des mesures draconiennes pour stopper cet état de fait. L’Algérie est le dernier pays en date à prendre des dispositions face aux risques de crises alimentaires en lien avec la guerre en Ukraine. Le pays d’Afrique du Nord fait déjà face à des tensions de certains produits alimentaires sur ses marchés et a donc décidé ce week-end d’interdire l’exportation de produits de consommation dont la matière première est importée. Le sucre, les pâtes ou encore la semoule sont concernés. Un projet de loi est même en cours d’élaboration pour pénaliser ces exportations, considérées comme « un acte de sabotage de l’économie nationale ».

L’Égypte, le plus gros importateur mondial de blé n’a pas dérogé à la règle. Les pays d’Afrique tentent de préserver leurs ressources alimentaires et cherchent à limiter l’inflation. Des mesures ont ainsi été prises ces dernières semaines par le Bénin, la Côte d’Ivoire ou encore le Mali. Dans certains pays comme le Nigeria, des appels à agir se font entendre. Le milliardaire Aliko Dangote s’est dit inquiet d’une pénurie de maïs et plus largement d’une crise alimentaire « imminente ». Les analystes prévoient une inflation importante de certaines denrées alimentaires sur le continent. Le Soudan, par exemple, connaît déjà des marches contre la vie chère.

Ont-ils les moyens de faire davantage, alors que les conséquences de la guerre en Ukraine sont à venir ? Personne n’ignore les enjeux. L’économiste en chef de la Banque mondiale, Carmen Reinhart, en a fait un résumé sans fard dans une interview à l’agence Reuters, mercredi 9 mars 2022, évoquant ses « préoccupations pour la sécurité alimentaire » et « les risques de troubles sociaux ». Ses craintes valent pour l’ensemble du continent et le Moyen-Orient, dont la dépendance aux importations de céréales est élevée. Emmanuel Macron s’est lui aussi inquiété d’une profonde déstabilisation « sur le plan alimentaire » et invité les Européens à « réévaluer une stratégie à l’égard de l’Afrique ».

Face à cette situation, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) estime que 28 millions de personnes dans la région pourraient se trouver en insécurité alimentaire. Le continent a déjà été affecté par la crise du Covid-19. Le conflit ukrainien vient exacerber ces problématiques de dépendance alimentaire et de certains produits manufacturés.

Deux phénomènes majeurs sont à prévoir avec ce nouveau conflit : l’augmentation des prix des engrais et la diminution des stocks de céréales avec la cessation des importations de céréales d’Ukraine et de Russie, a regretté le directeur de l’agriculture et du développement rural à la commission de la CEDEAO.

« Les stocks sont à leur plus faible niveau. (…) Que ce soit pour les engrais ou pour les céréales, nous sommes à une période où les commandes auraient normalement déjà dû être passées », incité Alain Sy Traoré qui peine à cacher son pessimisme.

Moctar FICOU / VivAfrik