Les retombées du programme d’1 milliard d’arbres plantés en RD Congo

0

(mongabay.com) – Entre janvier 2022 et décembre 2023, les membres de l’Organisation non-gouvernementale (ONG) Ferme Don de Dieu (FDD) ont planté des arbres chaque weekend sur les terres des fermes de Yolo et Kinzono, dans la périphérie de Mbankana, situé à plus de 140 km de Kinshasa.

Assistés par les techniciens de la Direction de Reboisement du ministère de l’Environnement congolais, ils ont planté des arbres, type eucalyptus et acacia, sur une superficie de 33 hectares. L’eucalyptus a été préféré sur au moins 22 hectares en raison de sa capacité à tolérer des conditions pédologiques et climatiques difficiles.

Ces arbres plantés pendant pratiquement deux ans font partie d’un programme du gouvernement congolais dit « Jardin scolaire 1 milliard d’arbres à l’horizon 2023 », lancé officiellement en décembre 2019.

Léa Nyakala Ngila, responsable du FDD, dit que la reforestation fait désormais partie intégrante des missions de son organisation, dans la mesure où elle et ses équipes « continueront à planter des arbres », même après l’échéance du programme gouvernemental.

« Il est vrai que nous plantons des maniocs sur nos terres et faisons d’autres cultures, mais la question de reboisement ne nous épargne plus désormais. Ce geste, poursuit-elle, traduit notre réponse à la contribution à la lutte contre le réchauffement climatique ».

L’objectif global de ce programme gouvernemental étant la lutte contre les changements climatiques et la pauvreté et la protection de la biodiversité par la Restauration des Paysages Forestiers (RPF), ce qui lui donne une valeur à la fois écologique et économique.

Les forêts sous pression

Les forêts de la RDC sont sous pression. Parmi les moteurs de déforestation, on cite l’agriculture itinérante, l’exploitation illégale et artisanale des bois d’œuvre, et l’exploitation minière.

Il faut noter aussi l’existence de déforestation aux alentours de grandes agglomérations et centres urbains comme Kinshasa ou Mbandaka. La déforestation dans ces zones périurbaines est due au besoin existentiel en bois de chauffage et charbon de bois utilisé par les ménages en l’absence d’alternatives comme l’électricité ou le gaz.

« Nous avons de prime abord attiré l’attention des écoliers dont le projet porte le nom, des ménages et des communautés locales sur les risques auxquels la planète terre toute entière est exposée. [Il faut] amener ces derniers au changement de mentalité, par l’appropriation et la pérennisation de ce programme », a confié à Mongabay Céline Pembele, responsable de la Direction de reboisement et horticulture, service technique, chargé d’exécution de ce programme.

Elle dit que son département a aussi impliqué la société civile, les communautés locales, et plusieurs organismes du gouvernement, comme les Coordinations provinciales de l’environnement et du développement durable et les services publics sectoriels.

« Le début a été timide au regard de nombre de difficultés techniques et financières rencontrées, mais le gouvernement, séduit par l’engouement des parties prenantes, a financé ces activités de restauration des paysages forestiers dans plusieurs provinces, ce qui va contrebalancer l’abattage d’arbres adultes. »

Reboisement : « La courbe est ascendante… »

La superficie forestière de la RDC représente 10 % de l’ensemble de forêts tropicales du monde et plus de 60 % de la superficie du bassin du Congo. Mais la RDC perd chaque année 500 000 ha de forêts d’après les estimations de la FAO.

En 2020, un rapport de la FAO révèle qu’entre 1990 et 2015 les superficies restaurées en RDC oscillaient autour de 1 000 ha l’an.

Pembele croit que, grâce à l’appropriation de cette initiative par toutes les parties prenantes du secteur de l’environnement et les institutions des autres secteurs intéressées par les questions environnementales, la situation s’est améliorée au cours des années plus récentes.

Selon la Direction de reboisement et horticulture (DRHo), dirigée par Pembele, entre 2019 et 2023, près de 895 000 000 arbres ont été plantés, couvrant un peu près de 700 000 hectares dans 22 provinces.

« C’était interpellatif et la courbe est ascendante à ce jour, affirme-t-elle. Il ressort des enquêtes menées par la DRHo (dont les données seront rendues publiques prochainement) une croissance significative et remarquable de superficies restaurées à partir de 2020, après le lancement du programme. »

Contacté, Ludovic Mweya, membre du Réseau Congo Mazingira, une structure de la société civile environnementale basée à Lubumbashi, reconnaît les efforts consentis sur le terrain par les parties prenantes à ce projet.

« Il faut reconnaître qu’il y a eu des efforts considérables, il y a des signes qu’une large étendue a été restaurée, mais seulement, ajoute-t-il, notre peur est que les arbres plantés récemment ne puissent atteindre l’âge adulte faute de suivi maintenant que les 5 ans du projet ont atteint l’échéance. »

Même au cours des cinq années du programme, des pertes importantes ont été enregistrées. Entre « spoliation de certains sites reboisés, notamment dans le parc animalier de la N’Sele à Kinshasa, à Kabunene dans le Haut-Katanga, dans la réserve forestière de Masako dans la Tshopo ou encore la destruction de près de 20 000 plants dans la pépinière à Lodja dans le Sankuru, mais aussi les pertes des plantations de 240 000 plants décimés par le feu dû au manque d’entretien des pare-feu », tous les maux étaient au rendez-vous, nous révèle Céline Pembele.

D’où, près de 1 000 000 de plantules qui traînent encore dans les différentes pépinières de la DRHo dans les provinces.

L’avertissement d’un expert forestier

Quant au choix de types d’arbres, il s’est fait sur la base des exigences de chaque site restauré. L’eucalyptus, le sapin (Abies), le cacaoyer (Theobroma cacao), ou encore l’acacia et le calyandra (Calyandra cuspidata), pour ne citer que ces espèces, ont été plantés dans le cadre de ce projet.

« Dans le plateau de Bateke (dans la commune agricole de la N’Sele à Kinshasa) par exemple, nous nous sommes appuyés sur l’agroforesterie. Là-bas, nous avons choisi de planter les acacias. Cette plante, au-delà d’être légumineuse, renferme de richesses en fertilisant qui ont permis une bonne production agricole chez les agriculteurs habitant cette périphérie pendant les 3 dernières saisons », explique Pembele.

Un expert forestier, basé à Goma et qui a suivi de près le projet depuis son lancement à ce jour, pense que cette initiative était une bonne idée dans la mesure où elle visait la restauration du couvert forestier dans des zones dégradées.

Mais l’expert, qui a demandé de ne pas être nommé pour protéger ses relations, ajoute que « ce projet s’est fait sans un cadre normatif : il n’y a pas de cadre légal qui incite une politique de reboisement dans le pays. Puisque, poursuit-il, avec une politique de reboisement, nous saurons quelles sont les essences qui peuvent servir au reboisement et où les planter afin de maintenir l’équilibre écologique des zones ou des sites à reboiser, mais aussi, nous saurons où le problème se pose avec acuité ».

Un reboisement qui peut se faire autour de Goma n’est pas le même avec celui fait à Beni ou encore à Lubero, parce qu’ils appartiennent aux différentes zones écologiques dans notre pays, avertit-il. « Tous ces aspects doivent être considérés dans la conception d’un projet de reboisement pour garder l’équilibre écologique, ce qui sous-entend qu’on ne doit pas reboiser avec les essences exotiques partout, comme on le voit avec les eucalyptus, les cyprès (Cupressus) ou encore les calyandra, qui ne sont pas des plantes indigènes et surtout non-adaptées pour le sol de Goma ».

Selon cet expert, les conséquences d’un reboisement fait dans ce sens sont graves et se font déjà sentir partout (dans la région de l’Est du Congo) où l’on a fait le reboisement avec les eucalyptus dans le cadre de ce projet gouvernemental.

« Il y a perturbation dans la pratique de l’agriculture alors que la majorité de la population [Est-congolaise] vit de l’agriculture. Dans certaines cités, c’est des sources d’eau qui sèchent ».

Par contre à Goma et ses environs, qui se trouve dans une région forestière, Kinshasa ou Lubumbashi étant des milieux savanicoles. Selon Pembele de la DRHo, la plantation des eucalyptus et des acacias avec des maniocs sur les terres de Yolo met en avant l’agroforesterie, consistant à combiner les espèces locales et exotiques (légumineuses) à croissance rapide avec les cultures vivrières en vue de favoriser l’enrichissement du sol et la remontée de la biodiversité.

Mais l’expert de Goma pense que cette cohabitation entre les maniocs et les eucalyptus (dans le Mbakana) est contre-nature et posera problème dans la durée, n’étant pas sur du sol immergé.

« C’est clair qu’il n’y a pas eu d’études de faisabilité. Les eucalyptus acidifient le sol et un sol à acide n’est pas productif. Dans pratiquement 5 ans, les risques commenceront à se manifester dans ces bandes savanicoles par la disparition progressive des sous-bois. Chose qui mettra en péril la sécurité alimentaire ».

L’expert a déclaré que dans l’Est du Congo une meilleure option serait de planter des espèces d’arbres endémiques, telles que le cèdre de l’Afrique de l’est (Junuperus procera), l’acajou africain (Khaya anthotheca) ou mieux l’okoumé (Aucoumea klaineana), et le baobab africain (Adabsonia digitata), en raison de leurs caractéristiques écologiques — ainsi pour favoriser la biodiversité locale et encourager la restauration des écosystèmes naturels.

Il recommande aux responsables en charge du reboisement de mener des études approfondies afin que les causes de ce phénomène soient connues.

Avec Sylvain-Gauthier Kabemba (mongabay.com)

Laisser un commentaire