La session 2026 du Comité scientifique et technique (CST) de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) s’est ouverte ce lundi 7 septembre 2026 à Dakar sous la présidence du ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Dr Cheikhou Oumar Ba. Organisée du 7 au 11 septembre 2026, cette rencontre annuelle constitue un temps fort de la gouvernance scientifique de l’Institut et doit permettre d’évaluer les résultats de la recherche, d’identifier les nouveaux défis et de définir les orientations futures de la recherche agricole nationale.

Véritable espace de réflexion stratégique, d’évaluation et d’orientation, le Comité scientifique et technique de l’ISRA réunit autour des grandes priorités de la recherche agricole les chercheurs, experts et partenaires de l’Institut. Pour l’édition 2026, les enjeux liés à la souveraineté semencière et à l’adaptation au changement climatique occupent une place centrale dans les discussions.

Le CST de l’ISRA, un cadre majeur de gouvernance scientifique

Le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage a salué, à l’ouverture des travaux, la dynamique qui a précédé la tenue de cette session. Dr Cheikhou Oumar Ba a notamment mis en avant la qualité du travail réalisé tout au long du cycle de programmation scientifique 2026.

Il a relevé l’organisation d’ateliers de préprogrammation dans différentes zones du pays, avec la participation des producteurs et des acteurs du développement. Selon lui, cette démarche traduit la volonté de rapprocher davantage la recherche des réalités du terrain et des besoins des acteurs du secteur agricole.

Le ministre a également salué les innovations introduites cette année dans l’animation scientifique et administrative de l’Institut afin de renforcer la transversalité entre les disciplines et les différents centres de l’ISRA.

« Tout cela témoigne d’une dynamique institutionnelle rigoureuse, ouverte et résolument tournée vers l’impact », a déclaré le ministre, félicitant le Directeur général, le Directeur scientifique ainsi que l’ensemble du management de l’Institut pour le travail accompli.

La session annuelle du CST apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple exercice de bilan. Elle constitue un espace où les résultats scientifiques sont confrontés aux priorités nationales, aux attentes des producteurs et aux transformations qui affectent les systèmes agricoles et alimentaires.

La recherche agricole au service du Sénégal 2050

Pour Dr Cheikhou Oumar Ba, la session 2026 du Comité scientifique et technique intervient à un moment déterminant pour l’avenir de l’agriculture sénégalaise.

Le ministre a rappelé que le référentiel « Sénégal 2050 : Agenda national de transformation » place le secteur agricole parmi les moteurs essentiels du développement économique et social du pays. Cette orientation est également confortée par la Stratégie de souveraineté alimentaire 2025-2035, qui ambitionne de renforcer durablement l’autonomie du Sénégal en produits agricoles et d’élevage tout en créant des emplois et des revenus, notamment pour les jeunes et les femmes.

Mais cette ambition se heurte encore à plusieurs contraintes structurelles. Les exploitations familiales restent particulièrement exposées aux effets du changement climatique et à la pression croissante exercée sur les ressources naturelles.

La dégradation des bases productives et la fragilisation des revenus agricoles constituent, selon le ministre, des défis auxquels la recherche publique doit apporter des réponses.

Face à cette situation, Dr Cheikhou Oumar Ba estime que la recherche agricole doit pleinement jouer son rôle d’anticipation, d’analyse et d’accompagnement des politiques publiques.

Cette contribution doit notamment passer par la production de notes de politiques publiques, mais aussi par le développement de technologies et d’innovations capables d’aider les producteurs à faire face aux chocs agro-climatiques.

C’est dans cette perspective que le ministre a rappelé la mission historique de l’ISRA, qui œuvre depuis sa création en 1974 à la production de connaissances et de solutions adaptées aux réalités agricoles, forestières, pastorales et halieutiques du Sénégal.

Près de 15 milliards de FCFA pour soutenir le dispositif de recherche

L’année 2026 est également marquée par une mobilisation importante de ressources pour le fonctionnement du dispositif scientifique de l’ISRA sur l’ensemble du territoire national.

Le ministre a indiqué que l’Institut dispose, en 2026, d’un budget remanié de 14,947 milliards de FCFA. Près de 48 % de ce financement provient de l’État, tandis qu’une part importante est mobilisée à travers des conventions particulières conclues avec des partenaires et bailleurs.

Ces ressources doivent permettre à l’ISRA de poursuivre ses activités de recherche dans ses différents domaines d’intervention et de renforcer sa contribution aux ambitions nationales de souveraineté alimentaire.

Parmi les résultats enregistrés, deux axes retiennent particulièrement l’attention du ministère de l’Agriculture : la souveraineté semencière et l’adaptation au changement climatique.

Semences : l’ISRA au cœur de la souveraineté agricole

« Rien, ou presque, ne se construit sans une semence de qualité. » Cette conviction du ministre résume l’importance accordée à la question semencière dans les orientations actuelles de la recherche agricole au Sénégal.

Dr Cheikhou Oumar Ba a ainsi salué la formulation de la Stratégie de souveraineté semencière 2025-2034, élaborée avec la participation des différents acteurs du secteur agricole. L’ISRA y a joué un rôle scientifique moteur, sous l’impulsion du ministère.

Cette stratégie doit poser les bases d’un système semencier national capable de répondre davantage aux besoins des producteurs et de réduire progressivement la dépendance extérieure.

Les résultats présentés au CST 2026 illustrent cette ambition. Pour la campagne agricole 2026-2027, les superficies programmées pour la production de semences ont atteint 191,01 hectares, soit une progression de 43,79 % par rapport à la campagne précédente, qui avait mobilisé 115,10 hectares.

Lors de la campagne 2025-2026, la production brute avait été estimée à 125 456 kilogrammes de semences prébases.

Pour le ministre, l’augmentation des superficies programmées traduit une volonté claire de renforcer la capacité nationale de production de semences prébases diversifiées afin de répondre aux besoins croissants du système semencier sénégalais. Cette dynamique constitue, selon lui, une étape concrète vers l’autonomie semencière du pays.

Pomme de terre, horticulture et nouvelles variétés : les résultats de la recherche appliquée

Les avancées de l’ISRA concernent également plusieurs autres filières agricoles.

Près de 490 000 plants horticoles et arboricoles ont été produits en 2025. L’Institut poursuit par ailleurs ses travaux sur de nouvelles variétés, notamment le maïs hybride, ainsi que sur l’amélioration des itinéraires techniques de certaines cultures comme le blé.

Le ministre a toutefois insisté sur une innovation particulièrement symbolique pour la souveraineté agricole du Sénégal : la production, pour la première fois dans le pays, de semences de pomme de terre certifiées d’origine locale.

Fruit d’une collaboration internationale, cette avancée ouvre de nouvelles perspectives pour les producteurs et pour le développement de la filière pomme de terre.

La production locale de plants sains et productifs pourrait contribuer à réduire la dépendance du Sénégal aux importations et renforcer la capacité nationale de production.

« Voilà ce que la recherche appliquée peut apporter, très concrètement, à la vie de nos producteurs », a souligné le ministre, appelant l’ISRA à intensifier ses efforts dans le cadre de la Stratégie de souveraineté alimentaire 2025-2035.

Changement climatique : la recherche appelée à anticiper les chocs

Le deuxième axe majeur mis en avant lors de l’ouverture du CST 2026 concerne l’adaptation de l’agriculture sénégalaise au changement climatique.

Pour le ministre, cette question n’est plus simplement une option stratégique. Elle s’impose désormais comme une nécessité face aux réalités vécues dans les terroirs agricoles.

La session du Comité scientifique et technique consacre d’ailleurs l’une de ses animations scientifiques à cette problématique, autour de la question : « comment l’ISRA accompagne les efforts d’adaptation au changement climatique ? »

Dr Cheikhou Oumar Ba considère cette réflexion comme un signal important qui doit déboucher sur des orientations concrètes pour la programmation scientifique de l’Institut en 2027.

Les technologies agricoles adaptées au climat, les variétés résilientes, la gestion durable des ressources naturelles et l’amélioration des systèmes de production figurent ainsi parmi les domaines dans lesquels la recherche est appelée à renforcer son action.

Les priorités liées aux semences et au climat devront également être intégrées dans le futur Plan stratégique de développement 2026-2035, actuellement en cours de formulation.

Le ministre attend du CST qu’il examine de manière approfondie la traduction concrète de ces deux priorités dans le programme scientifique 2027 de l’ISRA.

Santé animale, économie bleue et formation : les autres résultats de l’ISRA

Au-delà de l’agriculture végétale, le ministre a également salué les résultats enregistrés dans les autres domaines de compétence de l’Institut.

En matière de santé animale, plus de 37 millions de doses de vaccins vétérinaires certifiées PANVAC ont été produites en 2025. Au 30 juin 2026, la production dépassait déjà 9 millions de doses.

Le Laboratoire national de l’Élevage et de Recherches vétérinaires continue également de jouer un rôle important dans le diagnostic et la surveillance épidémiologique.

Dans le domaine de l’économie bleue et des ressources halieutiques, l’ISRA a procédé à l’évaluation de 35 stocks halieutiques, contribuant ainsi à une meilleure connaissance des ressources et à leur gestion durable.

L’Institut a également renforcé son rôle dans la formation et le développement du capital humain, avec 202 étudiants encadrés et 2 191 acteurs ruraux formés.

Sur le plan de la souveraineté scientifique, l’ISRA a enregistré le dépôt d’un brevet auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, en plus de la production de cinq notes de politiques et évaluations prospectives.

Pour le ministre, ces résultats témoignent de la vitalité de la recherche agrosylvopastorale et halieutique sénégalaise.

Un réseau de 136 partenaires pour renforcer la recherche

Ces performances s’appuient également sur un vaste réseau de coopération. L’ISRA compte 136 partenaires, dont 57 % à l’international. Pour le ministre, ce réseau témoigne de la confiance accordée à l’expertise scientifique de l’Institut et de sa capacité à fédérer différents acteurs autour des priorités nationales de recherche.

Cette ouverture à la coopération devra toutefois s’accompagner d’un renforcement des capacités nationales et d’une meilleure mobilisation des ressources scientifiques disponibles au Sénégal.

Le CST 2026 prépare le programme scientifique 2027

La session du Comité scientifique et technique, qui se poursuit jusqu’au 11 septembre 2026, doit permettre d’examiner l’état d’avancement du Plan stratégique de développement 2026-2035 et de discuter du programme scientifique 2027.

Les débats devront notamment porter sur les deux priorités considérées comme essentielles par le ministère : sécuriser les filières semencières, depuis la production jusqu’à la commercialisation, et développer une agriculture capable de résister aux effets croissants du changement climatique.

Le ministre a ainsi exhorté les membres du CST à examiner avec rigueur les résultats et protocoles qui leur seront soumis.

Il leur a demandé d’accorder une attention particulière aux enjeux liés aux semences et au climat et de formuler des recommandations à la hauteur des attentes des populations.

« Vos avis éclairés garantissent la pertinence, la qualité et l’impact des activités de recherche menées au sein de l’Institut », a déclaré Dr Cheikhou Oumar Ba.

Pour le ministère de l’Agriculture, les recommandations du Comité scientifique et technique constituent également un instrument précieux d’aide à la décision dans la définition et la conduite des politiques publiques.

Renforcer les chercheurs et moderniser l’écosystème scientifique

Le ministre a également lancé un appel aux chercheurs, ingénieurs et techniciens de l’ISRA, les invitant à renforcer la culture de l’innovation et à remettre en question les modèles établis.

Selon lui, la construction de systèmes alimentaires durables nécessite une recherche « forte, créative et résolument ancrée dans les réalités du terrain ».

Mais la réalisation de cette ambition suppose également un renforcement des capacités humaines et matérielles de l’Institut.

Dr Cheikhou Oumar Ba a reconnu que le nombre de chercheurs demeure encore limité au regard des ambitions nationales. Cette situation appelle, selon lui, des efforts soutenus pour renforcer le capital scientifique de l’ISRA.

Le gouvernement, a-t-il assuré, entend accompagner la modernisation de l’Institut et le renforcement de ses capacités dans la droite ligne de la vision portée par les autorités sénégalaises.

La réflexion devra également prendre en compte les transformations de l’écosystème de la recherche au Sénégal, marqué par l’émergence et la montée en puissance de nouvelles universités.

Le ministre estime nécessaire d’explorer la création de passerelles entre l’ISRA et ces établissements d’enseignement supérieur afin de favoriser la mutualisation des ressources humaines, matérielles et infrastructurelles.

Une telle collaboration pourrait renforcer les capacités de recherche et favoriser un enrichissement mutuel entre les institutions.

L’intelligence artificielle, un nouveau défi pour la recherche agricole

Enfin, le ministre a invité l’ISRA à intégrer dans sa réflexion les transformations technologiques en cours, notamment la progression rapide de l’intelligence artificielle.

La montée en puissance de ces technologies impose, selon lui, d’interroger les méthodes, les procédures et les modes de fonctionnement traditionnels de la recherche.

L’intelligence artificielle pourrait en effet ouvrir de nouvelles perspectives dans l’analyse des données agricoles, la modélisation climatique, la surveillance des cultures, la gestion des ressources naturelles et l’amélioration de la prise de décision.

À travers cette session 2026, le Comité scientifique et technique de l’ISRA est ainsi appelé à préparer les prochaines étapes de la recherche agricole sénégalaise.

Entre souveraineté semencière, adaptation au changement climatique, renforcement du capital humain, coopération avec les universités et révolution technologique, les défis sont nombreux.

Mais pour le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, une conviction demeure : la réalisation des ambitions du Sénégal en matière de souveraineté alimentaire passera nécessairement par une recherche publique forte, innovante et capable de transformer les connaissances scientifiques en solutions concrètes pour les producteurs et les territoires.

Moctar FICOU / VivAfrik