À quelques jours de la COP31, prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Türkiye, ENDA ENERGIE et ses partenaires veulent placer les collectivités territoriales au centre de la diplomatie climatique. Réunis à Dakar, ce mardi 3 novembre 2026, des élus locaux, des acteurs institutionnels et des partenaires financiers ont mis en évidence un défi majeur : donner aux territoires les moyens techniques, humains et financiers de traduire leurs ambitions climatiques en réalisations concrètes.
La lutte contre les changements climatiques ne peut plus se limiter aux engagements pris par les États dans les grandes conférences internationales. Pour les acteurs territoriaux sénégalais, l’urgence est désormais de faire reconnaître le rôle des collectivités dans la mise en œuvre des politiques climatiques et de leur garantir les ressources nécessaires pour agir. C’est dans cette perspective qu’ENDA ENERGIE, en partenariat avec l’Association des maires du Sénégal (AMS) et l’Agence de développement municipal (ADM), avec l’appui financier de l’African Climate Foundation (ACF), a organisé une PréCOP31 à Dakar.
Cette rencontre ambitionne de préparer les élus locaux, les institutions publiques et les organisations communautaires à une participation plus structurée à la 31ème Conférence des Nations unies sur les changements climatiques. Au-delà des échanges sur les négociations internationales, l’objectif est d’harmoniser les positions des municipalités sénégalaises et de construire une feuille de route commune pour porter les préoccupations des territoires à Antalya.
Le changement climatique, une urgence qui se vit d’abord dans les territoires
Pour Emmanuel Seck, directeur exécutif d’ENDA ENERGIE, cette mobilisation intervient dans un contexte climatique particulièrement préoccupant. Il attire notamment l’attention sur les risques associés au phénomène El Niño, dont une manifestation particulièrement intense est annoncée pour la période de novembre 2026 à janvier 2027. Selon lui, les conséquences pourraient dépasser les seuls bouleversements météorologiques et provoquer des perturbations agricoles susceptibles de peser sur les prix alimentaires à l’échelle mondiale.
Face à ces perspectives, le responsable considère la COP31 comme un rendez-vous déterminant. Présentée comme la « COP de l’action » et de la mise en œuvre, cette conférence doit permettre de replacer les changements climatiques au cœur des priorités de la diplomatie internationale. Car, insiste-t-il, leurs conséquences affectent déjà les vies humaines, les moyens de subsistance et les économies.
A l’en croire, l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris ne peut reposer exclusivement sur les engagements des gouvernements nationaux. Les collectivités territoriales doivent également contribuer aux efforts climatiques, notamment à travers leurs initiatives d’adaptation, de transition énergétique et de préservation des écosystèmes.
Il plaide ainsi pour une meilleure prise en compte de leurs réalisations dans les bilans mondiaux relatifs aux contributions déterminées au niveau national (CDN). Cette reconnaissance suppose, selon lui, des mécanismes permettant de faire remonter les informations produites par les acteurs locaux. L’observatoire des transitions justes et durables mis en place par ENDA ENERGIE pourrait notamment contribuer à cette dynamique.
Le directeur exécutif rappelle également que cette mobilisation s’inscrit dans la continuité de la Semaine Climat et Énergie organisée par son institution, autour de trois dimensions : le savoir, le pouvoir et l’action. Une approche destinée à renforcer les connaissances, l’engagement des décideurs et la concrétisation des initiatives climatiques dans les territoires.
Le financement climatique, le principal obstacle à l’action locale
Si les collectivités sont directement confrontées aux conséquences du dérèglement climatique, leurs capacités d’intervention restent souvent limitées. C’est l’un des constats soulevés par Awa Ndiaye, responsable de la cellule gestion environnement à l’Agence de développement municipal.
L’ADM accompagne les collectivités territoriales dans le financement et la réalisation de leurs investissements, mais également dans le renforcement de leurs capacités techniques et financières. Son intervention couvre notamment l’aménagement du territoire, les équipements sociaux et l’assainissement, en facilitant les relations entre les municipalités, l’État et les partenaires techniques et financiers.
Cette expérience permet à l’agence de mesurer l’ampleur des difficultés auxquelles les territoires sont confrontés. Érosion côtière, inondations récurrentes, stress hydrique, dégradation des sols et pressions sur les ressources agricoles constituent autant de menaces qui fragilisent les collectivités et leurs populations.
Pour Awa Ndiaye, le paradoxe réside dans le fait que l’essentiel des efforts d’adaptation se déploie à l’échelle locale, alors que les moyens techniques et financiers disponibles restent insuffisants. Le décalage entre l’ampleur des besoins et la faiblesse des réponses constitue ainsi un obstacle majeur à la territorialisation des financements climatiques.
C’est pour répondre à cette problématique qu’un protocole de collaboration a été établi entre l’ADM et ENDA ENERGIE. Ce partenariat vise à développer des actions concertées en faveur de la gouvernance territoriale, de la transition énergétique et de l’action climatique. La PréCOP31 constitue, selon elle, une occasion de réfléchir aux conditions permettant aux collectivités de renforcer leur capacité d’action et de mieux préparer leur participation aux prochaines échéances climatiques.
Le représentant de l’African Climate Foundation (ACF) au Sénégal, Lamine Cissé, partage cette préoccupation. Il rappelle que l’accompagnement des collectivités, des organisations de la société civile, des jeunes et des communautés constitue un axe important de la collaboration engagée depuis plusieurs années autour des préparatifs des COP.
Évoquant notamment les travaux menés avec la municipalité de Dakar pour actualiser son plan climat, il souligne l’importance des enjeux d’adaptation, de résilience, de pollution atmosphérique et de transition énergétique dans les politiques locales.
Pour lui, les négociations internationales doivent davantage tenir compte des réalités vécues par les populations. L’érosion côtière, la salinisation des terres et la dégradation des ressources naturelles affectent directement des communautés qui attendent des réponses concrètes de leurs élus.
Il relève également une inégalité persistante dans l’accès aux ressources climatiques. Selon les estimations qu’il avance, moins de 10 % des financements consacrés à l’adaptation parviennent au niveau local, alors même que les besoins y sont particulièrement importants. Une situation qui pose avec acuité la question de l’accessibilité des financements climatiques pour les collectivités.
L’AMS propose trois leviers pour renforcer les capacités des communes
Au-delà du diagnostic, les collectivités territoriales veulent porter des propositions concrètes à la COP31. Le président de l’Association des maires du Sénégal et maire de Ndiob, Oumar Ba, identifie trois priorités pour permettre aux municipalités de participer pleinement à l’action climatique.
La première concerne l’accès à l’ingénierie territoriale. Pour lui, aucune commune, quelle que soit sa taille ou ses ressources, ne devrait être privée de l’expertise nécessaire pour réaliser des études, évaluer les risques climatiques et élaborer des projets adaptés. « Même la plus petite commune doit pouvoir disposer d’une expertise », défend-il. Sans cette capacité technique, les collectivités peinent à concevoir des projets suffisamment solides pour prétendre aux financements disponibles.
La deuxième proposition porte sur l’accessibilité des financements verts. Le président de l’AMS estime nécessaire de mettre en place des mécanismes nationaux permettant aux communes d’accéder plus facilement aux ressources climatiques. Il souligne que l’existence de financements au niveau international ne garantit pas leur disponibilité effective pour les collectivités. La prévention des inondations, la restauration des terres et la création de valeur économique locale nécessitent pourtant des ressources adaptées et des subventions accessibles.
Enfin, Oumar Ba préconise la mutualisation des projets entre collectivités territoriales. Face à la faiblesse des moyens individuels de certaines municipalités, le regroupement des initiatives permettrait de concevoir des programmes plus ambitieux, plus crédibles et susceptibles d’intéresser davantage les partenaires financiers.
Il insiste également sur la nécessité de renforcer les compétences internes des administrations municipales. L’assistance technique extérieure ne saurait suffire : les collectivités doivent disposer de ressources humaines capables de préparer, d’exécuter et de suivre leurs propres projets climatiques.
Faire des territoires des acteurs à part entière de la COP31
À travers cette PréCOP31, ENDA ENERGIE et ses partenaires entendent ainsi dépasser la participation symbolique des collectivités aux grandes rencontres internationales. La feuille de route commune attendue doit contribuer à mieux organiser leur représentation et à faire remonter leurs priorités dans les négociations climatiques.
L’enjeu est désormais de transformer les engagements internationaux en solutions concrètes pour les populations. Pour les responsables réunis à Dakar, cela passe par une meilleure gouvernance climatique, un accès plus équitable aux financements, le renforcement de l’expertise locale et une coopération accrue entre les municipalités.
À Antalya, les collectivités sénégalaises veulent donc défendre une conviction : la réussite de la transition climatique dépend aussi de la capacité des territoires à agir. Mais pour passer des ambitions aux résultats, encore faut-il leur donner les moyens de leurs responsabilités.
Moctar FICOU / VivAfrik

