Face à la multiplication des sécheresses, inondations et autres phénomènes climatiques extrêmes, le Sénégal veut passer d’une logique de gestion des urgences à une stratégie d’anticipation des crises. L’atelier de validation de la Feuille de route nationale de protection sociale anticipative, organisée le 4 novembre 2026 à Dakar dans le cadre du projet Anticipatory Social Protection for Improved Resilience and Emergency Response (ASPIRE), marque une étape importante dans cette orientation. Pour Marie Mbengue et Oumar Cissé, l’enjeu est désormais de mieux préparer les interventions publiques, sécuriser les financements et protéger les ménages vulnérables avant que les chocs ne compromettent leurs moyens de subsistance.
Le Sénégal entend renforcer les capacités de son système de protection sociale pour mieux faire face aux conséquences des changements climatiques. C’est dans cette perspective que les acteurs institutionnels et les partenaires techniques se sont réunis, mercredi 4 novembre 2026 à Dakar, pour examiner et valider la version consolidée de la Feuille de route nationale de protection sociale anticipative.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet ASPIRE, mis en œuvre par ENDA Énergie en partenariat avec l’International Institute for Environment and Development (IIED), avec le financement de Comic Relief.
L’ambition est de faire évoluer les mécanismes traditionnels d’assistance, généralement déclenchés après les catastrophes, vers un système capable d’intervenir avant ou dès les premiers signes d’un choc climatique.
Pour Marie Mbengue, présidente du Conseil national de sécurité alimentaire, une structure étatique logée à la primature et directrice de la Résilience et du changement climatique au sein de cette institution, cette évolution répond à une nécessité face à l’intensification des phénomènes climatiques et à leurs conséquences sur les populations. Elle estime que les ménages vulnérables sont particulièrement exposés et que les pouvoirs publics doivent adapter leurs interventions à cette nouvelle réalité.
« Si on veut être efficace, il faut qu’on change de paradigme. Il est fondamental que l’on change d’approche et qu’on aille vers l’anticipation », a-t-elle souligné, tout en saluant l’accompagnement d’ENDA Énergie dans l’élaboration de cette nouvelle orientation.
La responsable reconnaît toutefois que « l’action anticipatoire reste encore à ses débuts dans les politiques publiques sénégalaises ». Les enseignements tirés du projet ASPIRE et des différentes concertations devront ainsi permettre d’intégrer progressivement cette approche dans les prochaines actualisations des stratégies nationales.
La sécurité alimentaire au cœur de la stratégie d’anticipation
L’un des principaux enjeux de cette feuille de route concerne la sécurité alimentaire. Marie Mbengue souligne que les difficultés de mobilisation des ressources financières pour répondre aux crises rendent indispensable une meilleure préparation en amont.
Le gouvernement met actuellement en œuvre un plan national de réponse destiné aux populations confrontées à l’insécurité alimentaire. Cependant, les retards dans la mobilisation des financements constituent un défi important.
Pour elle, l’efficacité des interventions suppose désormais d’identifier à l’avance les mécanismes financiers capables de soutenir les populations affectées. « L’État ne peut pas tout prendre en charge. Il faut également explorer des mécanismes de financement innovants, en complément des ressources publiques et de l’appui des partenaires », a-t-elle expliqué.
A l’en croire, les propositions issues du projet ASPIRE devraient ainsi alimenter la réactualisation de la stratégie nationale de sécurité alimentaire, en cohérence avec les orientations de l’Agenda Sénégal 2050.
Cinq risques climatiques identifiés pour mieux protéger les populations
Pour sa part, le chargé de projet à ENDA Énergie, Oumar Cissé, insiste sur la nécessité de disposer d’outils fiables pour anticiper les conséquences des catastrophes. Selon lui, la feuille de route repose sur l’identification de cinq aléas majeurs : les inondations, les sécheresses, les vagues de chaleur, les tempêtes de poussière et les feux de brousse.
Ces risques ont été retenus à partir de deux études, dont l’une conduite par l’IIED en collaboration avec l’État pour évaluer notamment les programmes de protection sociale, comme les bourses familiales et les dispositifs d’alimentation scolaire. Une seconde étude, menée avec des chercheurs nationaux, a notamment porté sur les questions de protection sociale, la modélisation hydrologique et les pertes agricoles.
Oumar Cissé précise que ces phénomènes ne sont pas nécessairement contradictoires. Une même région peut connaître simultanément des inondations dans certaines localités et un déficit pluviométrique dans d’autres. Il cite notamment la vallée du fleuve Sénégal, où les débordements liés aux apports d’eau provenant de territoires voisins peuvent provoquer des pertes agricoles, tandis que d’autres zones subissent une insuffisance de pluies.
La feuille de route devra donc permettre de mieux cartographier les risques, de définir des indicateurs d’alerte et des seuils de déclenchement, mais aussi d’identifier les mécanismes de réponse et les financements pérennes.
Après cette validation technique, ENDA Énergie prévoit un lancement politique avec la Primature, envisagé à la fin du mois de novembre ou au début du mois de décembre 2026.
L’objectif est désormais de transformer les recommandations en engagements opérationnels afin que la protection sociale anticipative devienne un véritable levier de résilience climatique, de sécurité alimentaire et de protection des ménages vulnérables au Sénégal.
Moctar FICOU / VivAfrik

