Le bien être futur de l’Afrique dépend des énergies renouvelables 

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L’ensemble de l’Afrique subsaharienne qui compte un milliard de personnes consomme moins d’électricité en une année qu’un petit état des Etats-Unis. Les ministres de l’Energie du G20 se sont engagés à soutenir l’accès à l’électricité en Afrique sub-saharienne où près d’un habitant sur trois en est privé. Avec le potentiel dans les énergies renouvelables dont cette région fait preuve, le défi pourrait être relevé.

Selon latribune.com du 14 octobre 2015 et lu par vivafrik.com, l’expression de « new deal énergétique » pourrait paraître surannée. Mais avec près de 600 millions de personnes qui n’ont pas accès à l’électricité sur le continent africain, comme l’a souligné la Banque mondiale à l’occasion du G20 des ministres de l’énergie à Istanbul, l’usage de l’expression est proportionnelle au défi à relever. La situation est d’autant plus paradoxale qu’il est désormais plus fréquent d’être équipé d’un téléphone portable, que d’avoir accès à l’eau potable ou à l’électricité en Afrique.

L’Afrique, pauvre en approvisionnement

Le défi est énorme. Dans certains pays d’Afrique, entre 50% et 75% de la population vit sans électricité. En 2015, au Mali, en Angola ou en Namibie, les trois-quarts des habitants sont privés de courant. En Ethiopie, cela représente 70 millions de personnes qui vivent dans le noir, 60 millions en République démocratique du Congo.

« Améliorer l’accès à l’électricité permettrait de soutenir la croissance, de réduire la pauvreté et d’assurer la prospérité du continent », assure Jamal Saghir, directeur du développement durable pour l’Afrique, au sein de la Banque mondiale.

L’ensemble de l’Afrique subsaharienne qui compte un milliard de personnes (soit 13% de la population mondiale) consomme moins d’électricité en une année qu’un petit Etat des Etats-Unis. 80% des ménages utilisent ainsi les biomasses solides, dont le bois, pour cuisiner. Or, 500.000 décès par an en Afrique -majoritairement des femmes et des enfants- sont imputés à la pollution engendrée par la combustion de ces biomasses.

 …mais riche en ressources !

Pourtant, le continent ne manque pas d’atouts pour assurer son développement énergétique. D’après un rapport de 2014 de l’Agence internationale pour l’Energie (Aie), les énergies renouvelables compteront pour près de la moitié de la croissance de la production d’électricité d’ici à 2040.

La RDC est l’exemple type du paradoxe africain : 9% de la population a accès à l’électricité alors que le pays a un énorme potentiel hydroélectrique. Mais « l’instabilité politique, l’accès limité au financement, la taille réduite du marché et les interconnexions faibles avec les pays voisins » constituent des facteurs qui ont, et entravent toujours, l’exploitation de ses ressources, rappelle l’Aie.

En Ethiopie, plus de 70 Megawatt (mw) en énergie géothermique pourraient être produits moyennant un investissement de 220 millions de dollars. La Zambie est quant à elle dotée d’un large potentiel en énergie hydraulique, un projet de station devrait générer entre 1.600 et 2.400 Mw pour un coût évalué à 2,6 milliards de dollars. La construction est attendue pour fin 2018, détaille la Banque mondiale. Enfin, et ces exemples ne sont pas exhaustifs, une centrale de gaz électrique en Tanzanie pourrait assurer une capacité de 250 Mw. Le projet, dont les travaux doivent officiellement débuter fin 2016, est estimé à 250 millions de dollars.

En plus d’avoir la capacité de réduire, voire de mettre un terme à la précarité énergétique, ces énergies à faible émission de carbone s’inscrivent dans une démarche durable. Avec 45 gigawatt(Gw) d’hydroélectricité potentiellement disponibles, il s’agit d’un des secteurs les plus prometteurs pour le développement d’une croissance verte en Afrique.

Plus de 1.000 Gw de capacité énergétique grâce au solaire et à l’éolien existent sur le continent africain mais il faudrait que les infrastructures -encore inadéquates faute d’investisseurs- soient suffisamment développées pour exploiter les potentialités. Et c’est l’un des principaux points d’accroche.

Quadrupler les investissements privés

Alors que les grandes puissances mondiales doivent faire face au casse-tête de la décarbonisation, de l’économie, le continent africain, lui, peut passer directement aux énergies renouvelables. Mais les investissements pour les développer restent largement insuffisants dans cette région du monde, déplore Jamal Saghir. A peine 1% de ces investissements dans le secteur énergétique sont consacrés à cette zone. Et six pays d’Afrique subsaharienne concentrent 80% de ces investissements privés. La Banque mondiale plaide pour passer de 10 milliards de dollars par an, à 40 milliards afin de développer le potentiel énergétique du pays.

Elham Ibrahim, commissaire de l’Union Africaine chargée des infrastructures et de l’énergie, insiste sur le fait qu’il faut « des mesures financières et adopter des solutions innovante » pour mener à bien ce processus.

Si rien n’est fait, moins de 6 Africains sur 10 auront accès à l’électricité en 2030

Dans son rapport présenté à Istanbul début octobre, la Banque mondiale détaille plusieurs pistes pour encourager les investisseurs privés : elle propose ainsi d’ « organiser le réseau pour intégrer la chaîne de valeur énergétique », de « préparer des accords qui ont la capacité de financement », d’ « améliorer la solvabilité du secteur de l’énergie », de « sélectionner des développeurs pour réduire les coûts à travers des offres compétitives », et d’ « assurer une standardisation des contrats pour obtenir une réduction des délais et des charges ».

Jamal Saghir assure qu’il est grand temps de « passer de l’idéologie à la réalité ». Car l’Afrique a besoin d’ajouter 6-7 Gw (soit 6.000-7.000 Mw) de capacités installées chaque année pour assurer un accès universel à l’électricité d’ici à 2030. Actuellement, c’est seulement 1-2 Gw qui sont déployés par an. À ce rythme, moins de 60 % d’africains aura accès à l’électricité d’ici à 2030, alerte la Banque mondiale.

Moctar FICOU / VivAfrik

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