Ziguinchor: 53 mille tonnes de produits halieutiques déchargées en 2014

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Les pêcheurs de Ziguinchor (Sud du Sénégal) ont déchargé en 2014, une quantité de 53 mille tonnes de produits halieutiques, révèlent les résultats d’une recherche de terrain menée du 10 au 19 juin 2015 dans la région par une équipe de l’Institut d’étude de sécurité (Iss), rapport Le Quotidien.

Le secteur de la pêche à Ziguinchor, malgré les difficultés, occupe une place non négligeable dans la production nationale. Les résultats de la recherche que Barthélemy Blédé, chercheur à l’Institut d’étude de sécurité (Iss) et ses collègues ont menée dans la région, révèlent que «les pêcheurs de la région ont déchargé plus de 53 mille tonnes de produits halieutiques, soit 12 % de la production nationale, en 2014. Ces prises furent possibles grâce à 1 690 sorties mensuelles de pirogues en mer, dans le fleuve ou dans les bolongs dont 583 pirogues motorisées et 1 107 pirogues à rame. Plus de140 espèces de poissons, de crustacées et de mollusques y sont pêchées sur les 400 variétés identifiées au Sénégal». La recherche a été effectuée dans la période allant du 10 au 19 juin 2015. Quid des espèces déchargées ? Les chercheurs énumèrent «les petits pélagiques côtiers comme l’ethmalose et la sardinelle qui ont une valeur marchande relativement faible». Ils y comptent aussi des variétés à forte valeur marchande, dites «espèces nobles». Ce sont notamment les poissons de fond (le grondeur sompatt et le barracuda par exemple), des crustacées (majoritairement la crevette rose) et des mollusques (comme la volute et les seiches). Les requins et les raies sont aussi prisés dans la région. «Le produit déchargé se répartit entre la transformation artisanale, la consommation locale, le mareyage et la transformation industrielle», mentionnent les spécialistes. Avant d’expliquer : «La transformation artisanale est la plus importante activité du secteur dans la région, accueillant 66 % des produits déchargés. Elle consiste à les fumer ou à les sécher.» Le fumage qui apparaît comme la technique la plus simple se fait avec des fours artisanaux et concerne les espèces comme l’ethmalose, la sardinelle et le machoiron destinées en priorité à l’exportation vers des pays de l’Afrique de l’Ouest. La Guinée et le Burkina Faso en sont les principales destinations. Le séchage est plus complexe. Par exemple, la volute doit être ôtée de sa coquille, bouillie, salée et ensuite séchée sur des claies dressées à l’air libre. La volute séchée serait essentiellement destinée à l’exportation vers des pays asiatiques, mais aussi à la consommation locale. Les sélaciens, dont la raie guitare, sont éventrés, découpés, salés et séchés également avant leur acheminement vers le Ghana. Les plus grands clients des mareyeurs sont Kolda, Dakar, Thiès et Tam­bacounda. Une partie des produits frais est achetée par l’usine de traitement de poisson Ikagel située à Kafountine. Cette entreprise, qui a sa structure-mère à Mballing (Mbour, à 70 km au sud de Dakar), cible les espèces prisées sur le marché européen comme la crevette, le mérou ou le barracuda».

D’énormes défis à relever
En soulignant l’importance des activités de pêche dans cette région, M. Blédé et son équipe ont aussi analysé les défis auxquels elles font face avant de formuler des recommandations.  Pour les défis, ils ont réitéré la persistance de «la pêche illicite non déclarée et non réglementée (Inn), l’insuffisance d’infrastructures portuaires, la difficulté d’accès au financement, la déforestation et l’érosion côtière». En termes d’infrastructures portuaires, par exemple, la région ne dispose d’aucun port de pêche. «La principale infrastructure dans les activités halieutiques est le port en tant que lieu d’accostage des navires de pêche et de déchargement du poisson. Il est aussi une plate-forme logistique pour le mareyage, la transformation, le stockage et l’expédition des produits halieutiques, ainsi que la fabrication ou la réparation du matériel de pêche tel que les pirogues et les filets», relève le rapport. Sur la pêche illicite, les chercheurs rapportent que «la pêche avec des filets monofilament (ou filets monofilament) est presque la règle dans la région de Ziguinchor. L’usage de ce type de filets dont les mailles sont faites d’un filament fin en nylon est pourtant prohibé par le code de la pêche en son article 66. Il dispose que «sont interdits l’importation, la mise en vente, l’achat, la détention et l’utilisation des nappes et filets maillants fabriqués à partir d’éléments monofilament ou multimonofilament en nylon sauf dérogation spéciale». Ce filet, disent-ils, «n’est pas respectueux de l’environnement en raison de la durée de sa dégradation qui se situe entre 30 et 40 ans et l’étroitesse de ses mailles qui ne laissent pas passer les espèces immatures. Ce matériel est cependant supposé permettre de meilleures parties de pêche selon ses utilisateurs. On le retrouve sur presque tous les sites de déchargement de poisson».
Face à ces défis, affirment-ils, «des initiatives sont prises dont les plus importantes sont la gestion participative des pêcheries et la création d’aires marines protégées. La mise en place d’aires du patrimoine autochtone et communautaire peut aussi constituer une solution à la raréfaction des ressources si elles bénéficient d’un régime juridique clair de nature à prévenir les conflits entre les pêcheurs autochtones et ceux venus d’ailleurs».

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