Sénégal : l’entrée en vigueur de la loi interdisant les sachets plastiques ce lundi signe la fin du calvaire des éleveurs et agriculteurs

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Le mbouss, qui signifie en wolof le petit sachet plastique fin distribué à  tour de bras dans les boutiques sénégalaises, est la plaie des éleveurs et des agriculteurs. Leurs champs en sont couverts et leurs troupeaux en sont victimes. Galaye Thiam a testé plusieurs méthodes pour tenter de soigner les moutons ou les vaches touchés, comme celle de leur faire manger du sel pour aider à  la digestion. En vain, révèle sen360.com et visité par vivafrik.com.

Mais la loi votée le 21 avril 2015 par l’Assemblée nationale du Sénégal pour interdire la vente, la production, la détention et l’importation des sachets fins lui redonne un peu d’espoir. Pour les vendeurs de bétail, elle représente l’ultime occasion de débarrasser le pays de ce fléau du plastique. Au Sénégal, ces sachets fins et fragiles ont une durée d’utilisation qui n’excède pas vingt minutes, et finissent éparpillés près de l’entrée des villages. Selon des estimations du ministère de l’environnement, la seule région de Dakar produit 5 tonnes de déchets plastiques par jour, et quelque 70 000 tonnes seraient dispersées à  travers le pays. C’est la troisième fois que le gouvernement tente de bannir ces sachets, après deux échecs en 2002 et en 2006. Selon Haïdar El Ali, ministre de l’écologie de 2012 à  2013, « les précédents projets de loi étaient trop restrictifs car ils interdisaient le plastique dans son ensemble. La nouvelle loi n’interdit que les mbouss, les sachets les plus polluants car ils ont la durée d’utilisation la plus courte. Mais il faut franchir les étapes pas à  pas », relativise l’activiste sénégalais. Dans cette nouvelle loi qui est entrée en vigueur ce 4 janvier, les contrevenants risquent gros : leurs peines pourront aller jusqu’à  20 millions de francs CFA (30 000 euros) d’amende et deux ans de prison. Cette décision rejoint la ligne de conduite adoptée par vingt-cinq pays du continent. Si le Rwanda est un exemple avec l’interdiction totale du sachet plastique depuis 2008, la mise en œuvre de ces politiques anti-plastique demeure aléatoire d’un pays à  l’autre.

Un peu à  la traîne, les députés sénégalais ont voulu donner le temps aux concernés de se retourner, et ont donné six mois aux distributeurs au lieu de quatre pour changer leurs habitudes.

La loi a également pour objectif de créer une économie circulaire, notamment en se mettant au diapason avec les usines de production et de recyclage du plastique. Les industriels seraient prêts à  racheter à  50 francs le kilo de plastique au lieu de 25 francs et de le recycler. Cependant, les sociétés sénégalaises de recyclage, comme l’entreprise Simpa, leader du secteur qui recycle déjà  200 tonnes de plastique par an, signale que les sachets ne peuvent encore être recyclés : « Les sachets que nous récupérons sont sales et demandent un gros traitement pour les recycler, et nous n’avons pas le matériel pour nous en occuper. Nous les récupérons pour les stocker, mais nous en avons tellement que l’on doit limiter nos rachats », concède Hussein Ayoub, responsable du secteur recyclage de l’usine. Il précise que la société prévoit de se munir de la machine dans les mois à  venir, sans compter sur une aide financière de la part de l’Etat. Les Sénégalais accueillent la loi avec compréhension, sauf les petites vendeuses du secteur informel qui mettent leur glace au fruit de baobab dans ces sachets, et qui se sentent directement pénalisées. Du petit boutiquier au grand groupe de distribution, la plupart ont trouvé de quoi remplacer le mbouss, souvent par un sachet en plastique plus épais ou en papier. Mais les sachets fins sont encore loin d’avoir disparus dans les boutiques. Quelques jours avant la date d’entrée en vigueur de la loi, les vendeurs prétextaient la difficulté de trouver en grand nombre les sachets à  l’épaisseur autorisée.

Moctar FICOU / VivAfrik

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