Le Pr Kandioura Noba parle de la création d’un Institut supérieur d’agriculture à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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Le Pr Kandioura Noba, spécialiste en botanique, biodiversité, agro-écologie et gestion des adventices des cultures, est le directeur de l’Institut supérieur d’agriculture et d’entreprenariat (Isae), nouvellement créé au sein de la Faculté des sciences et techniques (Fst) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Il revient sur l’enjeu de la création de cet institut, les domaines ciblés et les objectifs visés. Selon lui, l’établissement qui s’est spécialisé sur l’agriculture démarrera ses activités, cette année, avec deux filières, renseigne lesoleil.sn.

L’enjeu est double, voire triple. D’abord, l’agriculture occupe une place importante au Sénégal. Elle emploie 70% de la population. Nous avons des surfaces cultivables. D’ailleurs, dans les options stratégiques de l’Etat, en termes d’orientation, c’est l’agriculture qui doit booster l’économie sénégalaise qui est basée sur le tertiaire. Il est bon que celle-ci puisse être le moteur de la croissance. Et je pense que le gouvernement l’a compris. Ensuite, si l’on veut booster l’agriculture, il faut des ressources humaines pour le faire, c’est-à-dire qu’il faut donner à la formation toute l’importance qu’elle doit avoir. De ce point de vue, l’Ucad a des ressources humaines capables de former des professionnels dans le domaine de l’agriculture. Enfin, le dernier enjeu est que, jusqu’ici, à l’Ucad, nous avons insisté sur la formation académique. Ce qui n’est pas mauvais, parce qu’elle a permis d’assurer, de fort belle manière, la relève de l’administration coloniale. Mais, en se basant sur les orientations de l’Etat par rapport aux politiques économiques, il est nécessaire de professionnaliser de plus en plus nos curricula. Cela parait extrêmement important pour une institution comme l’Ucad. A la Faculté des sciences et techniques, nous avons beaucoup d’étudiants en Sciences naturelles et en Physique-chimie. Ce qui permet d’assurer la relève en matière d’enseignants. Mais, il faut diversifier, c’est-à-dire donner plus de possibilités de choix aux étudiants. Et si on doit professionnaliser, il faut le faire dans les domaines prioritaires. Sur ce plan, l’agriculture, qui est considérée comme une priorité politique, ne peut pas être en reste. On se demande même comment on a fait pour ne pas avoir de formations tournées vers l’agriculture à l’Ucad. Notre institution a contribué à toutes les formations en agriculture dans les autres universités. Maintenant, en raison de l’importance accordée à l’agriculture, des problèmes d’insertion que connaissent nos étudiants, de la disponibilité des ressources humaines, de la position stratégique de l’Ucad, par souci de pacification de l’espace universitaire, etc., il était nécessaire de créer un Institut supérieur d’agriculture et d’entreprenariat (Isae). Les termes agriculture et entreprenariat sont importants. Nous voulons, à travers l’entreprenariat, introduire une rupture. Jusqu’ici, les sortants de nos universités sont recrutés par l’Etat. Nous voulons donner aux futurs étudiants la possibilité de s’auto-employer. Nous ne formons pas pour grossir les ministères, mais pour que les futurs étudiants puissent créer leurs propres entreprises pour contribuer à la production. Nous avons prévu tout un tas de modules sur l’entreprenariat. Par contre, beaucoup nous disent que les étudiants ne peuvent pas retourner à la terre, mais ça, c’est un challenge qu’il faut relever.

Moctar FICOU / VivAfrik

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