Au moins 100 morts et 4 000 blessés enregistrés dans l’explosion d’un entrepôt stockant 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium au Liban

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Deux énormes explosions dans le port de Beyrouth ont fait mardi au moins 100 morts et 4 000 blessés, selon un dernier bilan de la Croix-Rouge libanaise, et provoqué des scènes de dévastation et de panique dans la capitale libanaise, déclarée ville « sinistrée ». Le constat de cette double explosion est alarmant avec les corps gisant au sol, les immeubles dévastés, carcasses de voitures…  

Si la cause précise des deux déflagrations qui ont dévasté le port et une grande partie de la capitale libanaise mardi 4 août 2020 à 18 heures demeure inconnue, il est établi que c’est un entrepôt stockant 2750 tonnes de nitrate d’ammonium qui a servi d’explosif. Un produit qui a causé bien d’autres catastrophes par le passé.

Selon le Premier ministre Libanais Hassan Diab, environ 2750 tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées, depuis plusieurs années, dans l’entrepôt du port de Beyrouth qui a explosé. Le bilan humain est lourd : au moins 100 morts enregistrés. Les dégâts matériels sans précédent dans la capitale libanaise, déclarée « ville sinistrée » par le Conseil supérieur de défense. L’onde de choc a été ressentie jusqu’à Chypre, l’État insulaire situé à 200 km au large des côtes beyrouthines.

« Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire sur cette question », a déclaré le Premier ministre durant la réunion du Conseil supérieur de défense, selon des propos rapportés par un porte-parole en conférence de presse et relayés par RFI.

Toxicité

Le nitrate d’ammonium à l’origine des explosions est un sel blanc et inodore utilisé comme base de fertilisant agricole sous forme de granulés : les ammonitrates, engrais pour de nombreuses cultures que les agriculteurs achètent en gros sacs ou en vrac.

Les ammonitrates ne sont pas des produits combustibles : ce sont des comburants, c’est-à-dire qu’ils permettent la combustion d’une autre substance déjà en feu. « C’est très difficile de le brûler », explique à l’AFP Jimmie Oxley, professeure de chimie à l’université du Rhode Island, qui a elle-même travaillé sur la combustion du nitrate d’ammonium. « Ce n’est pas facile de le faire détoner. » La détonation n’est possible qu’avec une contamination par une substance incompatible ou une source intense de chaleur. Le stockage doit donc suivre des règles pour isoler le nitrate d’ammonium de liquides inflammables (essence, huiles…), de liquides corrosifs, de solides inflammables ou encore de substances qui dégagent une chaleur importante, parmi d’autres interdits, selon une fiche technique du ministère français de l’Agriculture.

« Le nitrate d’ammonium est toxique pour l’homme. Par inhalation de ses poussières, il irrite les voies respiratoires ; par exposition prolongée il provoque des faiblesses, des céphalées et par contact, des irritations de la peau », explique la Société chimique de France. Par ailleurs, les nombreuses vidéos des explosions relayées sur les réseaux sociaux montrent un panache de fumée revêtant une couleur orangée : il s’agit d’émanations de dioxyde d’azote, produit par la décomposition du nitrate, et mortel lorsqu’il est inhalé.

La représentation des États-Unis à Beyrouth encourage les ressortissants américains à rester à l’abri et à porter un masque pour se protéger d’éventuelles fumées toxiques. « Il y a des signalements de gaz toxiques libérés dans l’explosion, donc tous les habitants de la zone doivent rester à l’intérieur et porter des masques si disponibles », a indiqué l’ambassade sur son site.

Un lourd passif

Rappelons que de nombreuses tragédies dans le monde, accidentelles et criminelles, ont comme source le nitrate d’ammonium. L’un des tout premiers accidents fit 561 morts en 1921 à Oppau en Allemagne, dans une usine BASF.

En 1947, Brest fut secouée par l’explosion du cargo norvégien Ocean Liberty qui transportait 3 000 tonnes de la substance. Bilan : 22 morts et 500 blessés.

Il y a presque vingt ans, le 21 septembre 2001, quelque 300 tonnes de nitrates d’ammonium empilées en vrac dans un hangar de l’usine chimique AZF, dans la banlieue sud de Toulouse, ont subitement explosé. Un vent de mort et de désolation a soufflé la quatrième ville de France : 31 personnes sont mortes, et la déflagration fut entendue 80 km à la ronde.

Aux États-Unis aussi, une terrible explosion à l’usine d’engrais West Fertilizer, à West au Texas, fit 15 morts en 2013. Un stock de nitrates d’ammonium a explosé à cause d’un incendie d’origine criminelle ; l’absence de normes de stockage avait été mise en cause par les enquêteurs.

Le nitrate d’ammonium peut aussi être utilisé dans des engins explosifs civils (carrières…) ou militaires (mines). Le 19 avril 1995, Timothy McVeigh avait fait exploser une bombe fabriquée à partir de deux tonnes de l’engrais devant un bâtiment fédéral à Oklahoma City, tuant 168 personnes.

Moctar FICOU / VivAfrik

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