Genre et changement climatique : La BAD accorde une grande priorité à la résilience des femmes

0

Alors que la communauté internationale a célébré, le 08 mars 2021, la Journée internationale des droits des femmes mettant en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment pour la réduction des inégalités par rapport aux hommes, la Banque africaine de développement (BAD) a jugé nécessaire d’accorde une grande priorité à la résilience climatique de celles-ci. 

Les hommes et les femmes, les ménages et les communautés sont confrontés à des effets différents selon leur niveau de vulnérabilité, de préparation et de résilience aux risques climatiques. Les moyens de subsistance, le statut socio-économique, la situation géographique, la religion et le sexe d’une personne peuvent tous avoir une incidence sur sa vulnérabilité au changement climatique. Il est primordial que les pays comprennent ces impacts d’une perspective de genre qui tienne compte des rôles, des responsabilités et des capacités des femmes.

En milieu rural africain, comme dans un campement au Sahel, les femmes sont en première ligne face aux effets du changement climatique. Cette posture oblige la BAD, engagée aux côtés de ses pays membres régionaux pour atténuer les effets du changement climatique à accompagner ces braves dames.

Mieux, dans les sociétés africaines, particulièrement en milieu rural, certaines tâches domestiques sont dédiées aux femmes: approvisionnement du foyer en eau et en bois de chauffe, gestion de la production agricole familiale, activités génératrices de revenus, notamment, le petit commerce, etc.

Il en résulte que les femmes sont les premières victimes face à la raréfaction des ressources naturelles et à la désorganisation de l’économie agricole familiale dues aux effets du changement climatique.

C’est pourquoi, dans le cadre du Programme d’appui aux Contributions déterminées au niveau national (CDN), le PNUD a travaillé en étroite collaboration avec les pays pour entreprendre des analyses de genre. Ces analyses peuvent améliorer notre compréhension des impacts différenciés du changement climatique sur les femmes et les hommes, identifier les acteurs clés et évaluer les politiques et stratégies en matière de genre et de climat aux niveaux national et sectoriel, et soutenir l’intégration du genre par le biais de leurs contributions nationales. Ces analyses peuvent servir de base aux pays pour explorer les dimensions de genre dans l’action climatique nationale et sectorielle, tout en identifiant les lacunes et les opportunités dans les structures de gouvernance institutionnelle, les cadres de planification et les priorités politiques.

Ainsi, les disparités de genre constatées, s’accentuent lors des chocs climatiques (cyclones, tempêtes tropicales, sécheresses, inondations) enregistrés ces derniers mois sur le continent, de la Corne de l’Afrique au Sahel, du Mozambique au bassin du Lac Tchad.

« Il est formellement établi qu’en Afrique, les femmes et les hommes ne vivent pas de la même façon les effets du changement climatique, relève Al-Hamdou Dorsouma, chef de la Division du changement climatique et de la croissance verte à la Banque africaine de développement. Par exemple, la raréfaction des points d’accès à l’eau oblige les femmes à parcourir des distances toujours plus longues pour trouver cette ressource nécessaire à la vie de toute la famille. »

Le pari de l’atténuation

Dans le monde, l’impact des déséquilibres climatiques et de la crise écologique sur les groupes sociaux « vulnérables », dont souvent une majorité de femmes, est bien documenté. Il est évidemment plus flagrant dans les pays où les femmes et les filles assurent des corvées d’eau et de bois et que leurs activités de subsistance et économiques se concentrent dans les domaines agricoles, de transformation alimentaire, forestier et de la biodiversité en général. Elles dépendent donc particulièrement des ressources environnementales, menacées par la crise écologique. Plus les inégalités socioéconomiques sont élevées, plus les femmes sont vulnérables aux catastrophes naturelles. Elles subissent souvent un stress mental plus élevé que les hommes pendant et après un phénomène météorologique extrême, du fait de leur charge de travail domestique et de leur responsabilité de veiller sur la sécurité des enfants et des personnes dépendantes. Les épisodes de catastrophes climatiques et de fragilisation du tissu social se caractérisent aussi par un accroissement des violences domestiques et sexuelles envers les femmes, dont particulièrement les jeunes filles.

Lorsque l’agriculture familiale enregistre des baisses de rendement en raison d’événements climatiques tels que les sécheresses et les inondations, les femmes sont les premières à en payer les conséquences au quotidien.

En effet, ce sont elles qui mettent sur le marché les produits maraîchers pour générer les revenus indispensables au bien-être de leur famille.

« Les effets du changement climatique en milieu rural africain touchent surtout les femmes sur lesquelles reposent l’économie familiale, poursuit Al-Hamdou Dorsouma. Notre démarche accorde la priorité aux couches sociales les plus vulnérables dont les femmes, les jeunes et les personnes en situation de handicap. »

Pour la Banque africaine de développement, la résilience climatique de l’Afrique passe nécessairement par l’autonomisation des femmes et par la prise en charge de leurs besoins en matière d’adaptation.

De fait, les elles mobilisent leurs savoir-faire traditionnels dans différents domaines : pour la recherche de sources nouvelles ou alternatives d’eau, la plantation de nouvelles variétés de cultures, la promotion de la biodiversité et la mise en place d’activités productives diversifiées pour augmenter les revenus du ménage. Elles jouent aussi un rôle dans la mise en œuvre de mesures d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans la vie quotidienne : agriculture de conservation, pratiques d’économie d’énergie et d’eau, activités de recyclage.

Alors que d’autres institutions similaires ont fait de l’atténuation (réduction des gaz à effet de serre) leur priorité, la Banque africaine de développement a choisi l’adaptation comme premier pilier de son deuxième Plan d’action pour les changements climatiques (2016-2020). La Banque dispose à cet effet, des lignes directrices pour l’intégration du genre et du changement climatique dans ses opérations en Afrique.

En amont, la Banque soutient des politiques d’alerte précoce, qui permettent d’anticiper les chocs climatiques, notamment à travers l’évacuation à temps des couches sociales les plus vulnérables, parmi lesquelles les femmes et les enfants.

En aval, la Banque mobilise des financements climatiques conséquents (près de 3,6 milliards de dollars américains en 2019) pour soutenir des projets climato-résilients et sobres en carbone qui visent notamment à renforcer la résilience climatique des communautés les plus vulnérables, particulièrement les femmes.

Moctar FICOU / VivAfrik  

Laisser un commentaire