Greenpeace vole au secours de la pêche illicite en Afrique

Parti en février dernier du Cap-Vert, le navire de Greenpeace, MY Esperanza, croise dans les eaux de six pays africains pour attirer l’attention sur les pratiques délictueuses de certains pêcheurs européens, chinois ou russes sur leur territoire. Avec le soutien, plus ou moins appuyé, des autorités locales.

Amarré dans le port de Freetown (Sierra Leone), le navire MY Esperanza attend la pièce qui lui permettra de réparer son système électronique et de reprendre ses patrouilles dans les eaux ouest-africaines, à la poursuite des bateaux de pêche ne respectant pas les différentes législations en vigueur. MY Esperanza, décoré du célèbre arc-en-ciel et de la colombe de la paix, est l’un des trois navires de la flottille de Greenpeace, relate jeuneafrique.com. Parti de Praia (Cap-Vert) à la fin du mois de février, il est en mer pour 11 semaines de sensibilisation aux dangers de la surpêche. Baptisée Espoir pour l’Afrique de l’Ouest, sa campagne le conduira dans six états de la sous-région. Passé par le Cap-Vert, la Mauritanie, la Guinée Bissau et la Guinée au cours des dernières semaines, l’équipage international entend poursuivre sa route via la Sierra Leone et le Sénégal, où son action prendra fin au début du mois de mai.

L’espoir pour l’Afrique de l’Ouest

Connue autant pour son histoire mouvementée que pour ses retentissantes actions – pour la protection des baleines, contre les rejets anarchiques de déchets nucléaires entre autres – l’ONG pratique aujourd’hui un militantisme diplomatique, en contact rapproché avec les autorités locales et à l’écoute des populations concernées. « En déployant son navire en Afrique de l’Ouest, Greenpeace réitère son engagement à travailler avec les communautés locales et les gouvernements pour trouver des solutions aux problèmes de la surpêche et de la pêche illégale qui minent la région depuis des décennies », soutient Njeri Kabeberi, directrice exécutive de Greenpeace Afrique.

Une coopération balbutiante avec les autorités locales

Présente depuis le début des années sur le continent avec une antenne à Dakar depuis 2010, l’ONG est encore jeune dans la région et a encore bien du pain sur la planche pour éveiller une sensibilité environnementale encore trop faible : non seulement la pêche illégale ampute violemment les revenus des pays concernés, mais elle menace en outre directement l’avenir en détruisant les écosystèmes où les poissons peuvent vivre et se reproduire. Le problème, c’est le manque de management et l’anarchie complète dans les accords entre les différentes nations Peu armés face aux flottes étrangères, les pêcheurs africains ne peuvent affronter la concurrence et voient, au cours des années, leurs prises diminuer drastiquement. « Le problème, c’est le manque de management et l’anarchie complète dans les accords entre les différentes nations, souligne le responsable de cette campagne, Pavel Klinckhamers. Il est quasi impossible de savoir quelle quantité de poisson peut être pêchée dans cette région. Je fais souvent la comparaison avec l’OPEP. Un groupe organisé peut contrôler le marché. Mais pour le moment, même s’il y a des tentatives de regroupement, c’est loin d’être le cas. » Certains pays, comme le Sénégal, sont attentifs à une coopération avec Greenpeace tandis que d’autres, comme la Mauritanie, demeurent en retrait, se refusant même à intervenir alors que les preuves d’infractions sont évidentes.

Le gouvernement chinois à l’écoute

Afin de sensibiliser les autorités de chaque pays, Greenpeace invite à son bord des responsables des autorités concernées afin qu’ils puissent faire respecter la loi en cas de manquements caractérisés et, éventuellement, imposer des sanctions. Mais ce n’est pas tout, dans cette région où croisent quelque 300 navires chinois, les contrevenants s’exposent aussi à un signalement en bonne et due forme aux autorités de leur pays. « Nous partageons l’information avec le ministère de l’Agriculture, explique Wenjing Pan, l’une des responsables de la campagne à bord de l’Esperanza. Nous envoyons nos propres lettres au gouvernement pour qu’il enquête sur les différents cas, sans attendre que les autorités africaines le fassent. » La méthode est sans nul doute efficace, au moins temporairement, puisque l’Association des pêcheurs chinois a elle-même envoyé une lettre d’information à l’ensemble des navires pour les alerter sur la présence de Greenpeace dès que la nouvelle de leur présence sur place a été connue. Quant au gouvernement chinois, il demeure soucieux de son image en Afrique et toute publicité négative peut lui nuire.

Filets illégaux et ailerons de requins

Disposant d’un hélicoptère et d’une flottille de Zodiacs – les drones, c’est pour bientôt, à en croire Pavel Klinckhamers – l’Esperanza agit conformément aux méthodes de l’ONG qui ont fait leurs preuves au cours des années : fermement, mais sans violence. L’appui des autorités nationales est cependant indispensable, car sans lui ne demeure que l’action médiatique, certes essentielle mais beaucoup moins efficace qu’une bonne amende… Depuis qu’il a quitté les eaux cap-verdiennes, le bateau arc-en-ciel a abordé 25 navires et permis de constater 7 cas de comportements illégaux. Certains ne portaient pas de nom permettant de les identifier correctement quand d’autres pratiquaient des transbordements de poisson en mer. « On essaie de mieux comprendre la chaîne commerciale entre le lieu de pêche et le marché, notamment européen », explique encore Wenjing Pan. Pêché illégalement, le poisson peut en effet parvenir légalement dans les assiettes occidentales… Un navire n’avait pas réglé une ancienne amende, un autre essayait de cacher des ailerons de requins, un autre encore utilisait des filets illégaux. Riches, les eaux de la région attirent les navires thoniers, mais aussi les chalutiers et les bateaux à la recherche de poissons pélagiques comme les maquereaux ou les sardines.

Une question sociale

Européens, Chinois, Russes cherchent à profiter des lacunes institutionnelles et des faibles capacités de surveillance pour remplir leurs cales en période interdite ou dans des zones où ils ne devraient pas être. L’action de l’ONG est sans doute une goutte dans l’océan d’indifférence qui borde les eaux africaines, mais à l’heure des réseaux sociaux, l’impact peut être considérablement amplifié. Ce d’autant que la pêche illégale, ce n’est pas seulement la mort de milliers de poissons trop petits qui ne pourront jamais se reproduire ou l’agonie de requins rejetés à l’eau après qu’on leur a tranché les nageoires. La pêche illégale, c’est aussi et surtout un problème social. Parce qu’elle menace l’avenir de l’ensemble des communautés côtières qui dépendent de la pêche. Parce que les opportunités d’emplois qu’elle offre sont minimes et s’exercent dans des conditions souvent scandaleuses. Embauchés pour une centaine d’euros par mois, les marins locaux des navires russes ou chinois sont logés dans des tentes de fortune installées sur le pont, en l’absence de toutes normes sanitaires, exposées aux grosses chaleurs comme aux grains. Prenant tous les risques, ils sont bien loin d’être les premiers bénéficiaires des trafics auxquels ils prêtent leurs muscles.

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