Gestion environnementale au Cameroun : Les exploitants miniers ne referment pas les trous d’or

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Une excavation laissée béante par des exploitants miniers à Colomine

La non-restauration des sites après exploitation et l’utilisation de produits polluants contribuent à dégrader l’écosystème au Cameroun constate VivAfrik.

A Batouri, les populations justifient le changement de couleur des eaux de la Kadey, avec les risques d’inondations permanents, par le désordre observé dans les activités minières. « Nous avons souvent vu les exploitants miniers déverser des produits chimiques dans ce fleuve », confient des villageois à Kambélé et Nangobé. Les mêmes, images à l’appui, affirment que « ces produits chimiques ont causé des dégâts sur les poissons de la Kadéy ».

Des habitants du village Kandala dans l’arrondissement de Dimako mais proche du département de la Kadéy, soufflent que « pendant une bonne partie de la seconde moitié de l’année 2016, de peur d’être contaminés, nous nous étions abstenus de pratiquer la pêche dans les eaux de la Kadéy et de la Doumé qui traversent nos villages ». Par ailleurs, les trous non restaurés par ces exploitants causent de dangereux éboulements pour les riverains.

Les eaux de la rivière Baton envahissent le village Ngoengoe à l’Estdu Cameroun

À Colomine, Bétaré-Oya, Batouri, Garoua-Boulai, Béké, des cas d’éboulements faisant des morts sont régulièrement signalés. « En ajoutant le frère qui est décédé des suites de noyade le 08 juin dernier, nous sommes déjà à 09 depuis début 2017 et 17 morts en 2016 dans le seul arrondissement de Ngoura », confient des leaders villageois mi-juin 2017 à Meiganga. Et presqu’autant à Bétaré-Oya. Des chiffres qui ont évolué pour faire de l’année 2017 la plus meurtrière avec près de 50 décès du fait de ces excavations laissées béantes par les exploitants miniers.

Compte séquestre

La dégradation de l’environnement est perceptible dans les chantiers miniers ouverts à l’Est alors que, selon le code minier, « tout exploitant se doit de restaurer le sol après l’exploitation ». L’ampleur des dégâts de ces exploitations anarchiques et frauduleuses sur l’environnement est telle que le 08 février 2016, le ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable a commis un arrêté définissant le canevas type des termes de référence ni le contenu de la notice d’impact environnemental (NIE). Mais pour Eric Etoga, spécialiste des questions environnementales, « l’article 10 de cet arrêté qui donne la liste des opérations ou activités soumises à la NIE ne cite que les carrières de sable et l’exploitation minière artisanale en excluant la mine semi-mécanisée ».

Répondant à la presse à ce sujet en mai 2016 à Bertoua, le Minmidt reconnaissait que « La mise en œuvre et le fonctionnement du compte séquestre, renvoie à la signature d’une convention minière. Or, l’exploitation artisanale, fut-elle semi-mécanisée, n’est pas sujette à une convention minière. D’où la complexité du sujet. La mise en place d’un compte séquestre devrait dans le principe faire l’objet d’un arrêté conjoint Minmidt/Minfi. En attendant la mise en place effective de ce compte, nous exigeons aux exploitants de restaurer les sites dégradés afin de respecter le principe du « pollueur-payeur », la règle étant que celui qui dégrade l’environnement doit le réhabiliter. »

Enquête réalisée par Bernard Bangda / VivAfrik

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