Trafic dans le secteur minier : le Cameroun perd un milliard de FCFA par mois

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Des riverains exploitent l'or sur l'un des sites de Kokaye à Bétaré-Oya

Ces pertes, selon un rapport du Cadre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (Capam) d’avril 2016 sont facilitées par la complicité entre ses agents de terrain et les exploitants miniers étrangers.

Dans un rapport d’une mission de cartographie, d’évaluation de la production et de recensement des équipements dans les sites d’exploitation artisanale peu mécanisée dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua du 07 au 27 avril 2016, le Capam conclut à « des transactions dolosives entre les exploitants miniers et [nos] agents chargés contrôle quotidien de la production d’or dans les entreprises avec pour conséquence leur dissimulation ».

La mission du Capam explique que « La production enregistrée par les agents de contrôle représente seulement les 20% de la production réelle des sociétés de mécanisation. Ce qui entraîne des pertes mensuelles cumulées de 958 209 165 FCFA pour l’Etat ». Par ailleurs, le document, dont nous avons pu obtenir copie, établit que « la production enregistrée par les agents de contrôle ne représente que les 32% du seuil minimal réel évalué de la production réelle des sociétés de mécanisation pour que cette activité leur soit  rentable. D’où des pertes mensuelles nettes de 582 474 165 FCFA pour l’Etat. » En guise d’explications, ce rapport souligne que « ces conclusions, sont faites sur la base du calcul des seuils de production déterminés par site d’exploitation en fonction de la teneur en or, de la capacité des équipements de production, du niveau réel d’activité sur le terrain et du nombre de jour de lavage ».

Sur les raisons de ces pertes financières au détriment de l’Etat, le Capam parle d’« insuffisance des effectifs » et de « mauvaises conditions salariales ». Rejoignant à ce propos les conclusions de l’association Forêts et Développement rural (Foder) qui met en œuvre le Projet Mines, Environnement, Santé et Société (ProMESS) depuis près de quatre ans dans les sites miniers des régions de l’Est et de l’Adamaoua. Foder révèle que « les agents chargés d’effectuer le contrôle des quantités d’or extraites ont des salaires de 36 000 FCFA, 90 000 FCFA à 100 000 FCFA respectivement pour les intendants, les contrôleurs et les chefs de secteurs ». Du coup, en guise de solutions, la mission du Capam propose « le renforcement des effectifs du détachement spécial de Gendarmerie en appui au Capam, l’augmentation des effectifs des équipes de contrôle, l’augmentation des salaires des agents de contrôle du Capam et le paiement régulier des quotes-parts des équipes de contrôle et de suivi des  activités d’exploitation artisanale semi-mécanisée ».

Bernard Bangda / VivAfrik

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