Conditions de travail dans les mines au Cameroun : Les employés décrient la politique de deux poids deux mesures

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Des femmes sur un site minier de Kokaye

Des rapports d’organismes d’Etat et privés parcourus par VivAfrik révèlent des disparités entre les employés camerounais et leurs collègues étrangers.

En avril 2016, le Capam révèle dans un rapport de mission que « dans  la  région  de  l’Est,  1545 employés, soit 799 camerounais, 451 chinois et 05 grecs, travaillent 84  sites  miniers  actifs identifiés ». Soit plus d’un tiers de présence étrangère. Avec une prédominance chinoise, 35,93%, pour moins de 1% pour les Grecs.

Ce déséquilibre quantitatif cache mal « les violations du Code du travail camerounais par les exploitations miniers asiatiques ». « Absence de sécurité sociale, absence de protection de l’employé, salaires insignifiants », résumait en mai 2016, « Ressources », le bulletin d’information de l’association Foder. « Les entreprises minières sont toutes impitoyables face aux accidents de travail et aux décès des travailleurs. Seuls des cas d’accident graves sont transférés dans les hôpitaux publics », pouvait-on lire dans ce magazine.

Ce d’autant qu’un rapport de 2015 d’une mission conjointe Minefop-Foder dans les sites de quelques entreprises minières révèle qu’« aucune n’avait signé de convention de prise en charge des employés avec les formations sanitaires publiques de leurs aires de santé de travail ». « Enfin, note Foder, seules huit des 30 entreprises minières identifiées sur le terrain figurent dans le répertoire d’affiliation de l’agence de la CNPS à Bertoua. Et, sur les 8 qui y sont affiliées, 5 sociétés sont endettées alors qu’elles prélèvent les cotisations sociales sur les salaires de leurs employés. »

Recrutement

Le recrutement des employés étrangers est un autre chantier en friche dans ce secteur avec des entreprises chinoises qui ne respectent pas la législation en vigueur. « Les Chinois occupent des postes de conducteurs d’engins et de mécaniciens au détriment des nationaux de l’entreprise », avancent des employés camerounais. Qui révèlent que « plusieurs d’entre de ces ouvriers chinois sont sans contrat de travail. Nos salaires mensuels plafonnent à 96 000 FCFA pour les Camerounais, moins du dixième de ceux des Chinois. »

Dans les entreprises chinoises en particulier, les employeurs font très souvent recours à la torture. En effet, entre janvier 2012 et septembre 2015, l’hôpital de district de Bétaré-Oya a recensé 16 employés camerounais bastonnés par leurs employeurs chinois. Des statistiques confirmées par les résultats d’enquêtes menées en 2015 par la fondation Friedrich Ebert Stiftung et contenus dans un document intitulé « Etat des lieux sur le travail décent dans le secteur minier au Cameroun, cas des régions de l’Adamaoua et de l’Est ».

Enquête réalisée par Bernard Bangda / VivAfrik

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