Réchauffement climatique : le projet de rapport du GIEC prédit le « pire »

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Dans un rapport qui doit être publié en 2022, les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), alertent que la santé humaine serait sous la menace du réchauffement climatique. Mieux, les auteurs du projet de rapport annoncent, pour 2050, voire avant, des effets dévastateurs du dérèglement climatique pour la terre et l’humanité. Même la limitation du réchauffement global à +1,5 °C, fixée comme objectif, aura des conséquences dramatiques pour de nombreuses populations car, elles sont hantées par la pénurie d’eau, les exodes, la malnutrition, l’extinction d’espèces etc.  

La vie sur terre telle que nous la connaissons sera inéluctablement transformée par le dérèglement climatique quand les enfants nés en 2021 auront 30 ans, voire plus tôt, ont alerté les experts climat de l’ONU dans le projet de rapport.

Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l’humanité qui en dépend vont s’accélérer, assure le GIEC, et devenir douloureusement palpables bien avant 2050. « La vie sur terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes », note le résumé technique de 137 pages. « L’humanité ne le peut pas », ajoute-t-il.

Le projet de rapport des experts climat de l’ONU obtenu par l’AFP note que beaucoup de ces effets sont déjà inévitables à court terme. Jusqu’à 80 millions de personnes supplémentaires seront menacées par la faim d’ici à 2050, conséquence en cascade de mauvaises récoltes, d’une baisse de la valeur nutritive de certains produits et d’une envolée des prix. « La santé humaine repose sur trois piliers : la nourriture, l’accès à l’eau et le logement. Or ils sont vulnérables et menacent de s’effondrer », analyse Maria Neira, directrice du Département de l’environnement, des changements climatiques et de la santé de l’Organisation mondiale de la Santé.

Le projet de rapport rédigé par des centaines de scientifiques rattachés au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat et dont la publication est prévue pour 2022, qui fait autorité en la matière, oscille entre un ton apocalyptique et l’espoir offert aux hommes de changer leur destin par des mesures immédiates et drastiques. Le rapport d’évaluation complet de 4 000 pages, bien plus alarmiste que le précédent de 2014, a pour vocation d’éclairer les décisions politiques. Même si ses principales conclusions ne changeront pas, il ne sera officiellement publié qu’en février 2022, après son approbation par consensus par les 195 États membres. Trop tard cependant pour les cruciales réunions internationales sur le climat et la biodiversité prévues fin 2021, notent certains scientifiques.

Parmi ses conclusions les plus importantes, figure un abaissement du seuil au-delà duquel le réchauffement peut être considéré comme acceptable. En signant l’accord de Paris en 2015, le monde s’est engagé à limiter le réchauffement à +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, si possible +1,5°C. Désormais, le GIEC estime que dépasser +1,5°C pourrait déjà entraîner « progressivement, des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles ». Et selon l’Organisation météorologique mondiale, la probabilité que ce seuil de +1,5°C sur une année soit dépassé dès 2025 est déjà de 40%. Des épisodes de « canicules extrêmes » risquent de frapper 420 millions de personnes au-delà des 1,5°C, des pénuries d’eau également.

« Le pire est à venir »

Les centaines de scientifiques, rattachés au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, sont sans appel : « Le pire est à venir, avec des implications sur la vie de nos enfants et nos petits-enfants bien plus que sur la nôtre ». L’Asie du Sud et du Sud-Est, le golfe Persique, le golfe du Mexique, ou des parties du continent africain, sont les régions les plus exposées. Ceux qui subiront le plus les phénomènes météo dévastateurs sont, paradoxalement, ceux qui émettent le moins de CO2.

La prise de conscience sur la crise climatique n’a jamais été aussi étendue. Le climat a déjà changé. Alors que la hausse des températures moyennes depuis le milieu du XIXe siècle atteint 1,1°C, les effets sont déjà graves et seront de plus en plus violents, même si les émissions de CO2 sont freinées.

Et les êtres vivants – humains ou non – les moins à blâmer pour ces émissions sont, ironiquement, ceux qui en souffriront le plus. Pour certains animaux et variétés de plantes, il est peut-être même déjà trop tard : « Même à +1,5°C, les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s’adapter », souligne le rapport, citant les récifs coralliens dont un demi-milliard de personnes dépendent.

Parmi les espèces en sursis figurent les animaux de l’Arctique, territoire qui se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne. Sur place, des modes de vie ancestraux, de peuples vivant en lien étroit avec la glace pourraient aussi disparaître.  

Agriculture, élevage, pêche, aquaculture… « Dans tous les systèmes de production alimentaire, les pertes soudaines s’accroissent », observe aussi le rapport, pointant les aléas climatiques comme « principal moteur ». Or l’humanité n’est à ce stade pas armée pour faire face à la dégradation certaine de la situation. « Les niveaux actuels d’adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques », prévient le GIEC. Même en limitant la hausse à 2°C, jusqu’à 80 millions de personnes supplémentaires auront faim d’ici à 2050 et 130 millions pourraient tomber dans la pauvreté extrême d’ici dix ans.

Le danger des effets en cascade

En 2050, des centaines de millions d’habitants de villes côtières seront menacés par des vagues-submersion plus fréquentes, provoquées par hausse du niveau de la mer, qui entraînera à son tour des migrations importantes. À +1,5°C, dans les villes, 350 millions d’habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d’eau, 400 millions à + 2°C. Et avec ce demi-degré supplémentaire, 420 millions de personnes de plus seront menacées par des canicules extrêmes.

Le texte souligne d’autre part le danger des effets en cascade. Certaines régions (est du Brésil, Asie du Sud-Est, Chine centrale) et presque toutes les zones côtières pourraient être frappées par trois ou quatre catastrophes météo simultanées, voire plus: canicule, sécheresse, cyclone, incendies, inondation, maladies transportées par les moustiques… Et il faut de surcroît prendre en compte les effets amplificateurs d’autres activités humaines néfastes pour la planète, note le rapport : destruction des habitats, surexploitation des ressources, pollution, propagation des maladies…

« Le monde fait face à des défis entremêlés complexes », commente ainsi Nicholas Stern, spécialiste de l’économie du climat, pas impliqué dans ce rapport. « À moins de les affronter en même temps, nous n’allons en relever aucun », estime-t-il.

Des pistes pour enrayer le changement climatique

Concrètement, parmi les pistes évoquées par les spécialistes pour enrayer le changement climatique, il y a par exemple, la restauration des mangroves et des forets sous marines de Kelp. Celles-ci permettent en effet d’accroître le stockage du carbone, de protéger contre les submersions, tout en préservant des espèces qui assurent dans le même temps, de la nourriture aux populations côtières.

Mais au-delà de cet exemple, le rapport insiste bien sur la nécessité d’une transformation radicale des processus et des comportements a tous les niveaux : individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement aussi bien sûr, tout en concluant qu’il y a urgence à redéfinir notre mode de vie et de consommation.

Moctar FICOU / VivAfrik

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