Les inquiétudes des élus locaux Sénégalais sur l’impact de l’exploitation du pétrole et du gaz sur la pêche

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Le chargé de recherche à Wathi, Fadel Diop a estimé que les communautés au nord et au centre du Sénégal seront les plus touchées par l’exploitation du pétrole et du gaz censé commencer en 2023. Face à cette situation, ces communautés ont confié que les pêcheurs pourraient être davantage tentés par l’émigration clandestine.

C’est une des grandes craintes des élus locaux interrogés par RFI dans le cadre d’une série d’entretiens publiés sur le site senegalpolitique.org, résultat d’un partenariat entre Wathi et la Fondation Konrad Adenauer. « Si les pêcheurs n’ont plus où pêcher, ils vont trouver autre chose comme l’émigration clandestine, le banditisme ou la fraude. Les pêcheurs ont les pirogues et les moteurs pour cela et ils doivent vivre de quelque chose », a confié Bayaty Babou, l’adjoint au maire de la commune de Mbour chargé des Affaires maritimes.

Depuis la découverte des premiers puits de pétrole et de gaz en 2014, l’exploitation de ces ressources fait rêver au Sénégal. Ce secteur pourrait apporter plusieurs milliards de dollars à l’économie du pays. Mais de plus en plus de voix demandent de prendre des précautions avant de se lancer dans ce projet.

Pour de nombreux citoyens et leurs représentants politiques, la question est de savoir à quel point il faut favoriser un secteur néfaste pour l’environnement et qui crée relativement peu d’emplois au détriment de la pêche qui génère plus de 600 000 emplois directs au Sénégal.

A la question de savoir comment les citoyens et leurs représentants au niveau local à mesurer les conséquences négatives des activités extractives sur leurs communautés, Fadel Diop indique à RFI les citoyens et leurs élus locaux ne sont pas en mesure de mener des études scientifiques et indépendantes pour avoir une compréhension détaillée de ces conséquences négatives. Donc, il est important qu’ils puissent avoir très tôt accès aux résultats de l’évaluation environnementale et sociale que l’État du Sénégal est sur le point de lancer.

Cela dit, il faut comprendre l’importance de la pêche à Saint-Louis, à Mbour et sur tout le littoral sénégalais qui s’étend sur 700 km pour mesurer avec justesse l’ampleur que peut avoir une mauvaise gestion des hydrocarbures. Dans plusieurs villes et villages, toute l’économie est portée par la pêche.

Avec l’exploitation du gaz et du pétrole, les populations craignent une réduction drastique des zones de pêche. Mais aussi des déversements de produits contaminants qui pourraient nuire à la pêche locale, au système biologique marin et aux zones marines vulnérables. Les personnes qui gagnent leur vie de façon directe ou indirecte par la pêche risquent de voir leurs revenus se réduire fortement.

Nos confrères de RFI qui sont d’avis que le Sénégal n’est pas le premier pays africain qui doit résoudre les intérêts de l’économie de la pêche et d’autres activités économiques traditionnelles en contradiction avec ceux de la production d’hydrocarbures, se demandent si le Sénégal peut tirer des leçons des expériences du Nigeria, du Ghana, ou de la Côte d’Ivoire.

Sur ce point précis, Fadel Diop note que l’interrogation est pertinente lorsqu’on sait que la découverte du pétrole a été souvent qualifiée de malédiction dans certains pays africains. Et pas toujours à tort. Le manque d’acceptation citoyenne des approches gouvernementales pour exploiter le pétrole menace la paix et limite la rentabilité sociale de ces projets comme au Nigeria où des groupes armés issus des communautés locales ont régulièrement saboté les installations pétrolières dans le Delta du Niger.

Pour Latyr Fall, l’adjoint au maire de Saint-Louis, il est important de pacifier les rapports entre les pêcheurs et les entreprises pétrolières car ce sont deux communautés qui vont cohabiter en mer. « Si cette cohabitation ne se fait pas dans la paix, il sera très difficile d’exploiter le pétrole et le gaz en mer », nous a-t-il confié.

Moctar FICOU / VivAfrik

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