Afrique centrale : les chercheurs sonnent l’alerte sur la montée de la déforestation dans le bassin du Congo                             

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Les principaux défis des forêts d’Afrique centrale doivent être relevés, pour parvenir à une gestion durable des écosystèmes forestiers du bassin du Congo, afin qu’elle contribue au mieux à l’amélioration des moyens de subsistance et du cadre de vie des populations locales et des peuples autochtones. C’est ce qu’a préconisé le rapport sur l’Etat des Forêts d’Afrique centrale 2021 présenté officiellement le 7 juillet 2022, à Libreville, la capitale du Gabon, en marge de la 19ème réunion des Parties du Partenariat pour les Forêts du bassin du Congo qui se tenait du 5 au 8 juillet 2022.

Signalons que, dans le monde entier, les pertes de surfaces forestières prennent de plus en plus de l’ampleur. A côté de l’Amérique latine et de l’Asie, l’Afrique est une des zones les plus touchées par le phénomène.

Dans le cas spécifique de l’Afrique centrale, la déforestation progresse à un rythme inquiétant, a alerté le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) dans son rapport intitulé « Etat des forêts d’Afrique centrale 2021 » publié en marge de la 19ème  réunion des Parties du Partenariat pour les forêts du bassin du Congo. Près de 9 % de la superficie des forêts tropicales humides d’Afrique centrale ont disparu depuis l’an 2000, soit 18 millions d’hectares, a fait valoir l’organisation.                             

« L’Etat des Forêts d’Afrique centrale 2021 a mobilisé 152 auteurs parmi les experts des questions forestières du bassin du Congo. Ces auteurs sont issus des institutions de recherche, des partenaires techniques et financiers, des organisations internationales, des organisations de la société civile, des acteurs de développement, des acteurs étatiques et des chercheurs indépendants », a précisé Richard Eba’a, coordonnateur du CIFOR en Afrique centrale, et éditeur principal du rapport.

« Ce rapport est un répertoire de données tangibles sur les forêts du bassin du Congo, et vise à aider les décideurs des Etats d’Afrique centrale dans les prises de décisions relatives à la gestion forestière », a ajouté Hervé Martial Maidou, secrétaire exécutif de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC).  

Sur la période 2015-2020, le document de près de 400 pages souligne que le taux annuel de perturbation dans les forêts tropicales humides de la zone a été de 1,79 million d’hectares contre 1,36 million d’hectares entre 2005-2015.  

Selon ce rapport, « les forêts dégradées en Afrique centrale représentent environ 7 % de la surface restante de Forêt tropicale humide (jusqu’à 30 % si l’on considère les forêts situées en bordure des zones perturbées), et environ 40 % de toutes les perturbations forestières (déforestation, régénération et dégradation) ».

Selon notre consœur de l’agenceecofin.com, Sandrine Gaingne, les activités qui sont à l’origine de la déforestation et de la dégradation des forêts sont surtout l’exploitation illégale, l’exploitation industrielle et l’agriculture. Pour ce qui concerne cette dernière, la déforestation y est davantage liée à l’agriculture de subsistance, à la petite production de charbon de bois et au ramassage du bois de chauffe.

Alors que globalement dans tous les pays d’Afrique centrale dont les principaux forestiers (Gabon, Cameroun, RDC et Congo) le taux annuel de perturbation a grimpé depuis 2009, le rapport suggère d’accroître les moyens financiers octroyés par les bailleurs de fonds aux Etats du bassin du Congo pour enrayer le phénomène qui s’il se poursuit au rythme de ces 10 dernières années menacerait la biodiversité et les moyens de subsistance des populations, a ajouté Mme Gaingne.

D’après Richard Eba’a Atyi, Coordonnateur régional du CIFOR et éditeur principal du rapport, les financements disponibles sont de loin inférieurs à ce qui est accordé à l’Amazonie notamment. Ceci alors même que la RDC par exemple, affiche la seconde superficie de forêt non perturbée du monde tropical, après le Brésil et avant l’Indonésie.

Au chapitre des recommandations, le rapport préconise aussi la plantation forestière, la mise en œuvre des projets REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) pour réduire les émissions de carbone et une prise en compte des communautés locales à travers des activités agricoles durables.

Moctar FICOU / VivAfrik