Crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique : « Il faut s’alarmer de la sécheresse qui frappe la région »                                          

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Dans une interview accordée à notre confrère de Radio France internationale (RFI), Christina Okello, l’envoyé spécial des États-Unis pour la sécurité alimentaire mondiale, Cary Fowler, a salué l’arrivée d’un navire de blé ukrainien destiné à l’Éthiopie et à la Somalie, où une famine menace près de 22 millions de personnes. Profitant de cette entrevue, M. Fowler a  appelé au renforcement de l’autonomie alimentaire des pays africains.

Après six mois de conflit en Ukraine, la première cargaison de blé ukrainien est arrivée à Djibouti ce mardi (Ndlr : mardi 30 août 2022), peut-elle limiter la crise alimentaire qui frappe la Corne de l’Afrique ?

C’était une journée importante pour les gens dans la Corne de l’Afrique. Depuis plusieurs mois, le blé produit par l’Ukraine, le principal fournisseur de la région, pour des pays comme l’Égypte, le Soudan, Le Liban, la Tunisie et la Corne de l’Afrique, était bloqué en raison du conflit en Ukraine.

Le navire qui a atteint Djibouti hier (mardi) transporte 23 000 tonnes de céréales destinées à l’Éthiopie et à la Somalie. Cette quantité de céréales peut permettre de produire environ 60 millions de miches de pain. C’est important, mais en même temps ça ne change pas le fait qu’une grande quantité de ce blé reste bloquée en Ukraine. Ce blé peut encore être exporté et utilisé pour nourrir les affamés du monde entier dès que nous pourrons le faire sortir de là. Et c’est ça l’enjeu. La reprise des exportations ukrainiennes de céréales sur le marché mondial est vraiment nécessaire pour stabiliser les prix alimentaires.

La Corne de l’Afrique est menacée d’une 5e saison consécutive sans pluies suffisantes et cette sécheresse fait planer le spectre de famine… Quelle est votre réaction ?

Il faut s’alarmer de la sécheresse qui frappe la région bien sûr. La quatrième saison d’extrême sécheresse a établi un record. Nous entrons désormais dans la cinquième. Et cela a créé une grave crise humanitaire. En Somalie, environ sept millions de personnes se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire. En Éthiopie, l’insécurité alimentaire frappe environ sept millions et demi de personnes, y compris des enfants, même le bétail est touché. Au Kenya, ils sont environ quatre millions. Ce sont des catastrophes humanitaires terribles qui nécessitent de l’aide humanitaire. C’est ce que nous essayons de faire à travers notre programme Feed the Future. Nous avons notamment investi 1,3 milliard de dollars vers les pays de la Corne de l’Afrique. Et nos partenaires en Europe fournissent, eux aussi, une aide humanitaire. Mais à long terme, cette aide ne doit pas remplacer l’autosuffisance alimentaire des pays africains.

Que faut-il faire pour améliorer l’autosuffisance des pays africains afin de les rendre moins tributaires des exportations de l’Ukraine par exemple ?

Pour renforcer la sécurité alimentaire, il faut d’abord trouver des céréales capables de résister aux effets du changement climatique.

Nous nous dirigeons vers des climats qui n’ont jamais existé dans l’histoire de l’agriculture. Et nous devons veiller à ce que nos systèmes agricoles soient adaptés à ces nouveaux climats. Cela signifie développer des céréales capables de résister à la sécheresse et à la chaleur, tout en ayant de meilleurs rendements. Je vais vous donner un exemple : en Afrique australe où nous intervenons, des agriculteurs ont cultivé quelque sept millions d’hectares de maïs qui sont tolérants à la sécheresse. Cela concerne environ sept millions de familles d’agriculteurs. Ce maïs tolérant à la sécheresse va permettre de produire environ 30 % de maïs de plus. Le maïs est la principale denrée alimentaire en Afrique australe. Une augmentation de 30 % de la production de cette denrée est donc une réussite considérable et nous espérons doubler la mise pour pouvoir atténuer d’une manière ou d’une autre cette dépendance de l’Afrique à l’égard de l’aide alimentaire.

Vous avez pris votre poste en mai dernier, à un moment où les systèmes alimentaires sont soumis à des pressions sans précédent, en raison du changement climatique, des effets de la pandémie du Covid-19 et des pénuries liées à la guerre en Ukraine. Avez-vous des raisons d’espérer ?

Évidemment, ce n’est pas le moment idéal pour entamer le travail au poste d’envoyé spécial à la sécurité alimentaire mondiale. On peut vite se sentir accablé si on considère que 800 millions de personnes se couchent chaque soir avec le ventre vide. Mais je pense qu’il faut se lever chaque matin avec l’objectif de faire de son mieux. Pour conclure, il est également important de souligner que la crise qui frappe l’Afrique n’est pas une cause désespérée. Il y a beaucoup de pays sur le continent qui ont un potentiel énorme, et nous espérons les aider à réaliser ce potentiel.               

Avec RFI               

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