COP28 : La société civile africaine dévoile ses recommandations pour la lutte contre les changements climatiques en Afrique

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La société civile africaine a dévoilé cinq priorités absolues pour lutter contre les changements climatiques à savoir l’adaptation, les pertes et dommages, les systèmes d’alimentation et d’utilisation des terres ainsi que la protection et la restauration des forêts, a annoncé le secrétaire exécutif de l’Organisation non gouvernementale (ONG) ENDA-Tiers Monde, représentant un collectif d’ONG africaines dans un communiqué de la Banque africaine de développement (BAD) transmis à la presse.

Secou Sarr s’exprimait lors d’un événement parallèle tenu mardi 5 décembre 2023 à la 28ème Conférence des Nations unies sur le climat (COP28) à Dubaï aux Émirats arabes unis. Ces ONG se sont regroupées sous une plateforme commune, lancée pendant la COP28 : la Coalition « Groupe de la Banque africaine de développement-Société civile sur le climat et l’énergie ». Regroupée, la société civile africaine entend ainsi mieux peser sur les discussions de la COP28 de Dubaï.

Le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina a rappelé devant les membres de la Coalition que l’Afrique est paradoxalement le continent qui souffre le plus des effets des changements climatiques mais qui reçoit le moins de financement afférent. Le continent doit pouvoir profiter de ses richesses naturelles.

« Les économies africaines ne doivent pas être évaluées en fonction de leur PIB ; nous devons évaluer la richesse de l’Afrique sur la base de son capital naturel », a proposé M. Adesina. Les immenses ressources minérales, forestières et d’énergie renouvelable du continent Devraient peser dans la balance, a-t-il estimé.

Le Bassin du Congo, plus grande réserve de carbone du monde, n’est pas pris en compte dans l’évaluation du PIB des pays de la région, a déploré le président de la Banque

Selon le communiqué, la Coalition soutient l’appel des dirigeants africains à canaliser les droits de tirage spéciaux (DTS) pour le financement climatique vers l’Afrique, notamment par l’intermédiaire de la Banque africaine de développement. Elle invite « la communauté mondiale, les gouvernements et les partenaires du développement à « mettre en œuvre les meilleures pratiques, innovations et technologies de manière inclusive, en impliquant les agriculteurs, les communautés locales, en particulier les femmes et les jeunes, dans une approche qui allie les connaissances scientifiques et traditionnelles sans nuire à la biodiversité ni compromettre la résilience de la société ».  

La Coalition demande aux parties de veiller « à ce que l’adaptation et le renforcement de la résilience soient au cœur des économies africaines vulnérables au changement climatique. »

Le document officiel a fait état qu’à l’ouverture des discussions avec la société civile, Beth Dunford, vice-présidente de la Banque, chargée de l’Agriculture et du Développement humain et social, a souligné que la coalition était « très importante » pour l’Afrique. « Le président Adesina a créé, dès le début de son mandat, la Division de la société civile, ce qui montre que l’agenda et les priorités des communautés préoccupent la Banque ».

La Banque consacrait 64% de ses financements à l’adaptation climatique en Afrique et qu’elle venait d’ouvrir un Guichet d’action climatique destiné à fournir des ressources spécifiques et une assistance technique aux pays les moins avancés du continent, a insisté Mme Dunford, ajoutant qu’au moins 42 milliards de dollars devraient être mobilisés pour ce nouveau guichet adossé au Fonds africain de développement, le guichet concessionnel du Groupe de la Banque.

Pour sa part, Augustine Njamnshi, président de la Coalition, a salué le nexus institutions financières de développement-société civile-secteur privé dans la lutte contre les changements climatiques en Afrique.

« Le doublement des financements d’adaptation ne sera pas suffisant pour le continent parce que les gouvernements ont déjà dépensé beaucoup d’argent », a-t-il dit dans le communiqué, appelant la société civile et le secteur privé, notamment les banques, à travailler ensemble dans l’intérêt du continent.

Faisant écho à son propos, Pauline Nantongo Kalunda, directrice exécutive du Fonds Ecotrust pour la conservation de l’environnement en Ouganda, a donné un exemple de ce partenariat gagnant-gagnant. L’action conjuguée de la société civile et du secteur privé, a-t-elle dit, a permis à 15 000 petits agriculteurs de développer la plantation d’arbres pour favoriser le stockage de carbone. Cependant, elle a appelé à lever les obstacles pour que les communautés puissent accéder aux financements climatiques. « On a dit que le secteur privé disposait de 200 milliards de dollars pour le climat, mais ça n’arrive jamais sur le terrain parce qu’il y a beaucoup de barrières. Nous devons les identifier, les surpasser pour en faciliter l’accès », lit-on dans le texte.

Mithika Mwenda, président de l’Alliance panafricaine pour la justice climatique – un puissant réseau de plus de 1 000 organisations africaines intervenant dans le domaine du climat – a insisté sur le rôle catalyseur de la société civile, tout en louant le partenariat avec la Banque qui a permis des « engagements importants ».

« Les changements climatiques sont un terreau pour le terrorisme », a déclaré le ministre burkinabè de l’Environnement, Roger Baro, soulignant que son pays faisait preuve de résilience malgré les défis sécuritaire et humanitaire. Le gouvernement, le secteur privé et la société civile forment « un tandem » dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques dans ce pays sahélien, a précisé le ministre, citant les cadres de concertation mis en place par le gouvernement pour travailler avec ces différentes entités, a encore noté le texte.

« Nous avons des campagnes annuelles de reboisement, et le secteur privé (banques, assurances, entre autres) a des espaces qu’il reboise, et entretient les plantes », a déclaré le ministre. Il a aussi souligné que le gouvernement travaillait avec le secteur privé sur des partenariats public-privé pour construire des routes et des barrages, mais aussi pour catalyser les financements verts internationaux.

Karen Wanjiru Kimani, la plus jeune activiste sur l’environnement en Afrique, a appelé à ne pas négliger l’action des jeunes en matière d’environnement. Elle a expliqué comme des écoliers formaient des clubs pour planter des arbres pour lutter contre la sécheresse. Elle a appelé gouvernement et secteur privé à travailler ensemble pour le climat.

Les participants ont rendu un hommage appuyé à Yacouba Sawadogo, un paysan burkinabè qui a consacré sa vie à la lutte contre la désertification, obtenant le « Right Livelihood Award », le « prix Nobel alternatif », a conclu le document officiel.

Moctar FICOU / VivAfrik

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