Près de 18 millions de personnes en proie à une insécurité alimentaire aiguë au Soudan, la FAO vivement préoccupée

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Le directeur général adjoint de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Maurizio Martina a laissé entendre lors d’un débat public de haut niveau du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) portant sur la protection des civils en période de conflit armé que l’ampleur de la faim au Soudan est extrêmement préoccupante. La cessation immédiate des hostilités constitue une première étape cruciale pour écarter le risque de famine.

Après près de 11 mois de guerre civile, près de 18 millions de personnes au Soudan sont en proie à une insécurité alimentaire aiguë. C’est le plus haut chiffre jamais enregistré en période de récolte.

Les zones les plus durement frappées par le conflit (Darfour occidental, Khartoum et Kordofan méridional notamment) sont celles où l’insécurité alimentaire est la plus grave : phase 3 de l’IPC ou phase supérieure, ont fait valoir les auteurs du dernier rapport de l’IPC.

Sans assistance humanitaire et sans accès aux produits de première nécessité dans les meilleurs délais, les près de 5 millions de personnes en situation d’urgence, soit la phase 4 de l’IPC, pourraient basculer dans la catastrophe dans les prochains mois.

De plus, le Soudan est le théâtre des plus grands déplacements de populations au monde. Plus de 8 millions de personnes sont concernées depuis le début du conflit en avril 2023.

Maurizio Martina a ajouté, lors du débat public de haut niveau que, compte tenu de la situation, une solution politique pacifique issue de négociations et la cessation immédiate des hostilités pour faciliter l’apport d’une assistance humanitaire dans les meilleurs délais constituent une première étape cruciale pour écarter le risque de famine.

Des conséquences sur l’agriculture

L’économie du Soudan dépend fortement de l’agriculture. En effet environ 65 pour cent de la population du pays travaille dans ce secteur. En raison du conflit en cours, la production agricole est entravée, de grandes infrastructures et des moyens de subsistance ont été endommagés, les flux commerciaux sont perturbés et les prix ont fortement augmenté. De plus, les entraves à l’accès humanitaire sont à l’origine de déplacements de population à grande échelle. Le conflit a gagné l’État d’Al-Jazirah, qui produit environ 50 pour cent du blé et 10 pour cent du sorgho, des cultures importantes pour le pays.

C’est dans ce contexte que la FAO a publié son rapport annuel sur l’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires au Soudan. Les auteurs du rapport se sont penchés sur la production alimentaire de l’année 2023 et ont évalué les disponibilités alimentaires dans les 18 États du pays.

Leurs principales conclusions sont le rendement de la principale saison de production céréalière de 2023 a été très mauvais en raison du conflit. Il a baissé de 46 pour cent par rapport à l’année précédente ; les baisses les plus fortes ont été enregistrées dans les régions du Kordofan et du Darfour, où le conflit est particulièrement intense. Dans ces zones, on estime que la production céréalière a chuté jusqu’à 80 pour cent en dessous des moyennes. Dans l’État du Darfour occidental, du fait de l’ampleur de l’insécurité, les agriculteurs n’ont pas pu accéder à leurs champs, ce qui a provoqué l’échec total de la campagne agricole ; en 2024, le pays devrait importer environ 3,38 millions de tonnes de céréales. Aura-t-il les capacités financières et logistiques correspondantes ?, les coûts de production élevés des céréales devraient encore faire gonfler les prix, déjà à des niveaux exceptionnels. En décembre 2023, les prix des céréales étaient jusqu’à deux fois plus hauts que ceux de l’année précédente, déjà élevés.

De l’avis des auteurs du dernier rapport de l’IPC, les perspectives sont sombres. La principale période des semis allant bientôt démarrer, les perspectives concernant la production alimentaire de l’année 2024 sont sombres, a averti Maurizio Martina.

Toutefois, l’expérience montre que quand les agriculteurs peuvent avoir accès aux terres et aux intrants, ils produisent des denrées alimentaires, a ajouté Maurizio Martina. L’année dernière, la FAO a réussi malgré les combats à distribuer suffisamment de kits de semences pour permettre à 1 million d’agriculteurs de nourrir plus de 13 millions de personnes pendant un an.

C’est pourquoi, il est primordial de fournir dans les délais une assistance agricole pour lutter contre la faim et sauver des vies. La FAO demande aux donateurs de financer des activités agricoles pour lesquelles le temps presse afin d’éviter l’aggravation de la situation en matière de sécurité alimentaire au cours des 6 à 9 mois à venir, a conclu le directeur général adjoint.

Moctar FICOU / VivAfrik

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