COP21: « Les pays africains devraient parler d’une seule voix face aux pays industrialisés » dixit Thierno Bocar Tall

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Expert reconnu, Thierno Bocar Tall, président de la Saber*, explique en quoi l’énergie renouvelable peut inscrire l’Afrique dans un développement durable lors d’une interview qu’il a accordé au journal Le Point que Vivafrik a repris.

Votre expérience et votre expertise constituent un atout incontestable pour les énergies renouvelables en Afrique, en quoi ce secteur peut-il être un facteur de croissance durable pour le continent, en général, et pour les pays francophones, en particulier ?

Le soleil, l’eau et le vent sont les trois éléments sur lesquels l’Afrique peut aujourd’hui bâtir son émergence économique. Trois éléments capables de lui fournir toute l’énergie nécessaire pour transformer, construire, transporter, éclairer, connecter ou climatiser. On parle là d’une énergie bon marché et inépuisable qui lui garantira une réelle compétitivité internationale et qui préservera son environnement naturel. Oui, à mon avis, une transition vers les énergies renouvelables est la seule voie pour créer les conditions d’une croissance économique durable de l’Afrique parce que maîtrisant les fondamentaux économiques. L’exploitation des ressources en énergies renouvelables dont les potentialités sont énormes permettra d’assurer de la manière la plus efficiente cette transition énergétique.

Quelles réformes recommanderiez-vous aujourd’hui pour que les pays francophones se mettent sur une orbite d’énergie renouvelable capable de répondre aux immenses besoins des populations, mais aussi des infrastructures dont le continent a besoin ?

L’Afrique va devoir se battre, car les énergies vertes nécessitent au préalable des investissements considérables et sur de longues durées. Il lui faudra se battre tout d’abord contre elle-même pour garantir aux capitaux, locaux et internationaux, un cadre législatif et un environnement des affaires efficace et parfaitement sécurisé. Concrètement, il faut créer un cadre réglementaire permettant au secteur privé de s’impliquer dans le financement des projets et fixer un prix d’équilibre qui permet d’assurer un retour sur investissement attractif et en même temps de faire face à la demande sociale des populations en termes d’accès aux énergies renouvelables. L’implication des États est aussi nécessaire pour la mise en place d’une infrastructure adéquate (lignes de transport pour lier les sites de production aux zones de consommation) et de faciliter l’accès aux terres pour les projets.

Il faudra mener une campagne à l’endroit des populations pour une efficacité dans la consommation énergétique dans les résidences. En effet, selon le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur le Climat (Giec, 2014), le bâtiment est à l’origine de 32 % de la demande énergétique mondiale et de 51 % de la demande en électricité. Il faudra aussi créer un système intelligent de dialogue entre la production et la consommation énergétique. Somme toute, rendre nos villes et nos quartiers intelligents. Enfin, il est important pour la Francophonie de créer une plateforme d’échanges en vue de faciliter entre ses pays membres les flux d’investissements, de transfert de technologies et de savoir-faire dans le domaine des énergies renouvelables.

Sur la COP21, quels résultats pourraient vous conduire à dire que cette conférence a été bénéfique pour l’Afrique et les pays francophones ?

À mon avis, les pays africains devraient parler d’une seule voix face aux pays industrialisés qui ont amené le monde au bord de la catastrophe climatique. Il faudra que les pays nantis puissent contribuer suffisamment pour permettre à l’Afrique de se développer aussi proprement que possible, sans aggraver l’état d’une planète déjà mal en point. La COP21 sera bénéfique pour l’Afrique si elle arrive à apporter des réponses concrètes à la mobilisation des ressources financières pour permettre à l’Afrique d’assurer sa transition énergétique en dotant le Fonds vert de ressources financières conséquentes et en simplifiant les procédures d’approbation des projets. Par ailleurs, les crédits carbone peuvent faire l’objet de transactions dans un marché parallèle public à un prix rémunérateur fixe et pourront constituer un élément de l’aide public au développement.

Par Saër SY avec Le Point