Le Maroc, pays hôte du 8ème sommet Africités

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Le Sommet Africités, est un espace d’échanges où les élus locaux et experts cherchent les voies d’un futur durable en Afrique. En 2040, l’Afrique comptera un milliard d’urbains, 2 fois plus qu’aujourd’hui. A ce rythme, les services de base (eaux usées, déchets, transports, logements) vont impliquer un énorme effort d’investissement.

Prenant part au 8ème Sommet Africités qui se déroule du 20 au 24 novembre 2018 à Marrakech, les panélistes se sont penchés sur le dysfonctionnement entachant la gestion de la chose locale en Afrique et l’inquiétude « croissante » liée au manque de transparence au niveau des collectivités territoriales.

La plupart des capitales africaines ont vu leur population se multiplier par cinq ou six en 60 ans. Dans l’histoire de l’humanité, c’est sans précédent.

14% des Africains vivaient en ville en 1950, aujourd’hui ils sont 42%. Un rythme spectaculaire, mais trop rapide car les services de bases et les infrastructures ne suivent pas. Les banlieues de certaines métropoles sont des bidonvilles géants.

Suffisants pour les différents intervenants à la session 2018 placée sous le thème « transparence et intégrité au sein des collectivités territoriales » d’attirer l’attention sur l’impact de la corruption sur les efforts de développement, plaidant en faveur de réformes anti-corruption dans les institutions de gouvernance infranationales.

Face à ce fléau, les représentants de pays africains ont appelé à l’élaboration de systèmes qui détectent et enrayent efficacement les pratiques de corruption et renforcent l’intégrité de la gestion de services fournis aux communautés locales.

Devant la tendance croissante de la dévolution des pouvoirs, des responsabilités et des budgets du gouvernement central aux collectivités locales au cours des dernières années, certains des secteurs clés tels que le développement des infrastructures, la santé ou l’éducation sont souvent confrontés à des difficultés et entachés de dysfonctionnements, ont-ils relevé, soulignant la nécessité pour les collectivités territoriales de prendre des mesures urgentes en vue d’endiguer ce fléau rampant qui sape les efforts de développement et aggrave les disparités sociales.

En 2050, 60% de la population africaine habitera en ville. Cette population aura besoin d’eau potable, de traitement des eaux usées et des déchets, d’infrastructures sanitaires, de transports collectifs, etc. Pour cela, «les villes d’Afrique sub-saharienne ont besoin d’au moins 30 milliards de dollars d’investissements par an», affirment les experts réunis au sommet Africités à Marrakech, au Maroc. Sans parler de tous les autres investissements dans l’éducation, la santé, les routes…

L’avenir du monde se joue dans les villes d’Afrique

«Il incombe à l’Afrique d’inventer une manière de maîtriser et de planifier cette urbanisation extrêmement rapide», affirme l’ancien maire de Johannesburg, Parks Tau. Cette urbanisation accélérée peut être une opportunité de développement, mais présente aussi un risque de désordre et de chaos si elle n’est pas maîtrisée.

La session a aussi comporté des présentations sur le concept et l’analyse comparative des expériences de plusieurs pays en matière de transparence et d’intégrité, ainsi qu’un échange de vues sur les moyens d’engager et de formuler des propositions et solutions concrètes.

Elle vise à informer les participants sur les défis liés au manque de transparence et d’intégrité dans les institutions de gouvernance et sur les risques qui se posent aux collectivités locales et régionales.

Les assises de Marrakech tendent également à présenter les initiatives de la CGLU-Afrique pour la promotion de la transparence et de l’intégrité au sein des collectivités locales et régionales dans le continent et formuler des recommandations sur la consolidation et l’amélioration du programme Transparence et Intégrité de CGLU-Afrique.

L’agriculture, pilier majeur

Il s’agit d’«une opportunité car l’urbanisation s’accompagne le plus souvent d’une baisse de la fécondité, d’une meilleure éducation des enfants, d’une plus grande capacité d’épargne et d’investissement. Une transition démographique synonyme de décollage économique», affirment les démographes présents à Marrakech.

L’avantage de l’Afrique, c’est qu’elle peut éviter les erreurs de l’Asie ou de l’Amérique latine et passer directement au développement durable. L’Afrique peut sauter l’étape du pétrole et du charbon en bénéficiant des technologies les plus modernes, notamment l’énergie solaire. Elle peut pour cela s’appuyer sur la force de sa jeunesse de mieux en mieux formée.

Par ailleurs, les participants à un atelier sur les « Stratégies locales pour le renforcement des ressources humaines et institutionnelles pour réussir la transition » ont indiqué que l’agriculture est un pilier de développement durable tout aussi pour les cités que les gouvernements locaux d’Afrique.

Les intervenants à cette rencontre, organisée dans le cadre du 8ème Sommet Africités, ont plaidé pour des politiques rationnelles visant la promotion du secteur agricole local et l’encouragement des populations locales à rester dans les milieux ruraux et exploiter de manière optimale leurs terres afin de créer de la richesse et des postes d’emploi.

Stratégie des autorités locales relative à la réhabilitation des sols

Ainsi, le maire de Brazzaville (capitale de la République du Congo), Christian Roger Okémba, a souligné que les produits alimentaires impropres à la consommation qui parviennent aux cités sont une grande source de préoccupation, ajoutant qu’il faut renforcer les opérations de contrôle, notamment sur les aliments provenant de l’étranger pour contenir ce phénomène et encourager la production issue des agriculteurs.

Il a, dans ce sens, mis en avant les politiques de proximité déployés au niveau de la ville de Brazzaville, à travers la mise en place de marchés typiques de produits locaux dans plusieurs quartiers de la capitale, tout en intégrant l’éducation agricole parmi les matières enseignées à l’école et en menant des campagnes de sensibilisation en la matière.

A son tour, le représentant de l’Association des régions du Burkina Faso a évoqué les problèmes auxquels sont confrontés les agriculteurs aussi bien au niveau de l’exploitation de leurs terres qu’en termes de commercialisation de leurs produits.

Il a mis en avant la stratégie des autorités locales relative à la réhabilitation des sols et la rationalisation de l’utilisation des ressources hydriques dans le but d’encourager les agriculteurs à ne pas quitter leurs terres et réaliser leur autosuffisance alimentaire.

De son côté, le responsable local de la capitale sénégalaise, Dakar, a passé en revue les problématiques liées à l’exode rural et à l’urbanisation, notamment l’amenuisement des terres et la baisse de la production agricole.

Dans ce sillage, il a relevé que les autorités locales ont lancé, en coopération avec l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), des coopératives agricoles et des formations au profit des agriculteurs visant à développer leur production et partant, à contenir le phénomène d’exode rural.

Le Sommet Africités réunit 5.000 participants, dont des acteurs de la vie locale du continent et partenaires issus d’autres régions du monde, des ministres en charge des collectivités locales, entre autres.

Dans le cadre de ce Sommet, sont prévues une dizaine de conférences et tables rondes thématiques sur les enjeux majeurs et les perspectives de développement des collectivités territoriales d’Afrique, outre des ateliers techniques et réunions de partenariats initiés par les exposants dédiés à la présentation et la valorisation des offres de solutions, produits et services auprès des élus, responsables territoriaux, partenaires et clients.

Sur le plan climatique, les panélistes reconnaissent que l’Afrique ne représente aujourd’hui que 5% des gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère, mais ce chiffre est appelé à augmenter fortement, prédisent-ils. Si l’Afrique n’opte pas pour un développement durable, le monde n’a aucune chance de maîtriser ses émissions de gaz à effet de serre et en conséquence le réchauffement climatique.

Economie circulaire

Pour cela, plusieurs défis sont à relever. Dakar, par exemple, avec ses sept millions d’habitants doit ramasser des milliers de tonnes de déchets journaliers qu’elle jette dans sa décharge à ciel ouvert de MBeubeuss.

Mais elle pourrait valoriser ses ordures et en faire de l’électricité, du biogaz, voire de l’engrais. La technologie existe, «il faut maintenant trouver les financements pour installer des usines de valorisation des déchets et mettre en place une véritable économie circulaire qui recycle et économise les matières premières», explique le maire de Rufisque, ville proche de Dakar.

 Il faut également mettre en place des transports collectifs pour réduire les embouteillages et la pollution qui empoisonne le quotidien des habitants. Pour baisser les émissions de gaz à effet de serre, il faut réduire la place de la voiture individuelle, densifier les villes et éviter leur étalement anarchique. Cela nécessite une véritable planification urbaine.

Moctar FICOU / VivAfrik

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