La cochenille farineuse menace la mangue au Burkina Faso

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L’année 2017 a été une année difficile pour la mangue Burkinabé, marquée par la baisse de la production. La raison principale, c’est l’attaque parasitaire qui a fait chuter la production de 15%. 2019 semble suivre la voie tracée il y a deux ans. Si l’on se fie à Boureima Sanga, dans les colonnes de scidev.net, les paysans de la partie ouest du Burkina Faso, considérée comme le verger du pays, sont menacés de perdre leur production, en raison d’attaques répétées d’un insecte ravageur particulièrement redoutable, la cochenille farineuse.

Les exportations de mangues, notamment en direction de l’Europe et de la sous-région ouest-africaine, rapportent au pays, une manne annuelle de plus de 3 milliards de Francs CFA et procurent des moyens de subsistance à des milliers de paysans.

Apparu en début d’année, le ravageur gagne du terrain, ce qui inquiète les producteurs. « Il y a des activités de recherche engagées contre ces ravageurs, mais elles n’ont pas connu d’aboutissement heureux, faute de moyens », s’est désolé Karim Nebié, chargé de recherche en entomologie. Les principales zones de production de la mangue au Burkina Faso, les Hauts-Bassins, les Cascades, le Centre-Ouest et la Boucle du Mouhoun, sont touchées, précise-t-il.

La cochenille farineuse est un insecte connu sous le nom scientifique de Rastrococcus invadens, recouvert de poudre blanche et qui se nourrit de plantes, en particulier, les plantes ornementales, les agrumes et les manguiers.

Selon l’entomologiste Rémy Dabiré, de la station de recherche de Farako-Bâ (Bobo Dioulasso) du Centre national de recherche scientifique et technologique (CNRST), « ce ravageur sévit depuis longtemps au Burkina Faso mais il était resté un peu invisible, probablement du fait que sa population était maintenue et régulée par ses ennemis naturels. La recrudescence de ce ravageur, ces dernières années, est probablement liée au phénomène du changement climatique, mais aussi aux activités humaines ».

Le ravageur, poursuit l’entomologiste, pompe la sève nourricière du manguier, en l’affaiblissant, secrétant ainsi une substance sucrée, huileuse qu’on appelle le « miellat ». « La substance secrétée est très appréciée par les fourmis, ainsi que par un champion noirâtre du nom de fumagine, qui se développe sur les feuilles. Ce champignon finit par couvrir toute la feuille du manguier et l’empêche ainsi de réaliser la photosynthèse, mécanisme par lequel la plante vit ».

Les arbres touchés perdent leur capacité de production. Et cela peut causer d’énormes dégâts, car la filière mangue est source de création d’emplois, à travers toute la chaîne de valeur, des maillons aux pisteurs, en passant par les transporteurs.

La filière rapporte beaucoup de revenus aux acteurs et contribue au développement économique du pays. Les paysans, à l’instar de Minata Ouattara, productrice de mangues depuis 1986, sont inquiets. Présidente de la coopérative Stanley Export, elle possède un verger d’une superficie de 50 hectares avec 100 pieds à l’hectare. Par an, elle exporte 40 tonnes de mangues vers l’Europe, le reste étant destiné au marché local.

Pour l’instant, son verger est épargné, mais la propagation rapide de la cochenille farineuse l’inquiète. « On lutte depuis des années contre la mouche blanche ; si à cela s’ajoute la cochenille farineuse, on ne parlera bientôt plus de verger dans notre zone. Je suis inquiète, j’ai très peur, car avec ce ravageur, on perdra gros », s’alarme-t-elle.

Dans les domiciles, explique l’agronome à la retraite Joseph Thieba, les populations ne peuvent plus s’asseoir sous leurs manguiers, car le liquide secrété par la cochenille est très salissant.

250 000 tonnes de mangues attendues en 2019

La filière mangue rapporte beaucoup de revenus aux acteurs et contribue au développement économique du Burkina. L’Union nationale des producteurs de mangues (UNPM) projette une production de 250.000 tonnes cette année.

Les données du ministère de l’Agriculture compilées dans le rapport de l’atelier bilan de la campagne 2015, indiquent que le Burkina exporte 5.252 tonnes de mangues fraîches vers la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Angleterre, les USA et le Japon ; 3 290 tonnes sur le marché sous régional et 3 500 tonnes sur le marché national.

« Sur le plan international, en particulier dans la sous-région ouest-africaine, jadis, le Burkina Faso occupait la première place, mais à cause des attaques récentes des mouches des fruits, il occupe la troisième place derrière la Côte d’Ivoire et le Mali, pour ce qui concerne la mangue fraîche. Par contre, le Burkina Faso occupe la première place pour la transformation de la mangue séchée », soutient Karim Nebié, chargé de recherche en entomologie. Pour ce dernier, la lutte contre la chenille des mangues peut se faire de façon biologique ou chimique.

Cependant, il déconseille la lutte chimique, parce que celle-ci peut entraîner d’autres problèmes de santé publique. Le manque de moyens, à en croire l’entomologiste, ne permet pas aux scientifiques burkinabè de chercher des solutions appropriées et durables contre ces insectes. « Il y a des activités de recherche engagées contre ces ravageurs mais elles n’ont pas connu d’aboutissement, faute de moyens », insiste-t-il.

Moctar FICOU / VivAfrik

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