« Les villes africaines sont malades », selon le Dr Oumar Cissé

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Propos recueillis par Moctar FICOU

Le directeur exécutif de l’Institut Africain de gestion urbaine (IAGU), le Dr Oumar Cissé, n’a pas caché son amertume contre les aménagements peu orthodoxe auxquels soufrent les villes africaines. Dans un entretien accordé à VivAfrik en marge des « Invités du mercredi » le 17 juillet 2019 de  l’Ecole supérieure de journalisme, des métiers de l’internet et de la communication (E-jicom), en partenariat avec la Fondation Heinrich Böll Sénégal sur le thème : « Aménager la ville par l’agriculture urbaine, Dakar comme exemple de terrain d’application », l’ingénieur polytechnicien en génie civil à l’Ecole polytechnique de Thiès a également affiché son admiration au profit de  l’agriculture urbaine.

Comment percevez-vous l’aménagement dans les villes africaines ?

Globalement, les villes africaines sont malades parce qu’elles ne sont pas encore gérées comme il le faut. L’un des actes les plus importants de l’aménagement d’un territoire, c’est l’anticipation. Nous avons beaucoup échoué dans nos processus d’aménagement mais ces erreurs peuvent être corrigées. On a non seulement des problèmes d’anticipation dans les aménagements mais nous avons aussi des problèmes de gestion directe des territoires notamment au niveau des territoires urbains. L’image du Sénégal rural doit s’éloigner de ces manquements. Le Sénégal doit s’urbaniser et on sera à 50% d’urbains. Nous ne pouvons pas continuer à dire que nous avons plus 70% de la population rurale ou non. Les autorités doivent urbaniser Dakar. Urbaniser Dakar, c’est anticiper l’installation des populations, le territoire. Utiliser les forces de l’ordre pour empêcher les populations de s’installer pèle mêle. Ce qui est encore mieux, c’est de produire le sol, l’aménager et accompagner les populations à s’installer. Cette phase est obligatoire en matière d’urbanisation. Il faut aussi gérer ces entités.

Que vient faire l’agriculture urbaine dans l’aménagement d’un territoire ?

L’agriculture urbaine doit être prise ici au sens large du terme à savoir : la foresterie, la culture fruitière, la pratique de l’élevage etc. Elle peut permettre, dans une perspective écologique, l’agroécologie urbaine qui est un instrument adéquat pour urbaniser l’Afrique. L’agroécologie urbaine a un immense intérêt dans la mesure où elle peut être utilisée comme un instrument d’aménagement de la ville. Au moment où les inondations étaient, par exemple, l’une des catastrophes les plus terribles pour notre pays, la plupart des gens qui étaient dans la banlieue de Dakar (dans les anciennes Niayes) étaient à la merci des eaux. Mais si on avait anticipait en considérant que cette zone était impropre à l’habitation et qu’elle était propice à l’agroécologie, on aurait sauvé plusieurs milliards tout en épargnant ces populations du calvaire vécu. Les actions curatives que mènent actuellement les pouvoirs publics sont plus coûteuses que l’anticipation d’un aménagent. Par rapport au seuil, de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Dakar est certes polluée. Vous savez que le végétal a des vertus extrêmement importantes contre la pollution mais aussi par rapport au captage mécanique de la poussière. Cela veut dire qu’au-delà des aspects du visuel, l’absence du végétale dans nos territoires urbains est quelque chose de très terrible pour les habitants.

Comment faire donc pour réaménager nos villes aujourd’hui dépourvues d’espaces verts ?

Le processus est très simple. En réaménageant nos villes, il faut réintroduire davantage l’agroécologie par le biais des associations culturales. Pourquoi la perspective écologique ? La réponse coule de source. C’est pour éviter certaines formes de pratique notamment d’une agriculture assez polluante avec l’utilisation des pesticides et des engrais. C’est pourquoi, nous pensons qu’il faut valoriser davantage la présence de l’agriculture urbaine dans nos établissements urbains pour faire du marquage foncier, pour dépolluer, améliorer le cadre de vie des populations. Cela suppose qu’il faut reconvoquer toute la question de l’espace public à savoir comment il est occupé dans nos villes présentement.                     

Comment voyez-vous notre relation avec l’espace public ?     

Aujourd’hui, notre relation avec l’espace public doit être requestionner. Se déplacer dans nos villes est de nos jours un casse-tête extraordinaire. Vous voyez que le déplacement piétonnier, avec toutes ses vertus par rapport à la santé publique, n’est plus possible. On ne peut pas se déplacer dans une ville encombrée. Malgré toutes les formes d’encombrements, les collectivités territoriales ne sont pas encore en mesure de gérer l’espace public. Et ça, c’est défi qu’il faut relever. L’espace public est vraiment un cadre d’interaction, une zone où on peut se déployer sans attendre à être dans des systèmes de blocage. Pour joindre les lieux de travail, les populations éprouvent d’énormes difficultés malgré le fait que l’Afrique n’est pas un continent qui connait la neige. Notre mission doit être d’assainir sérieusement l’espace public pas seulement dans des actions sporadiques. C’est encore mieux si tous les acteurs en fassent leur quotidien. Que trouvez-vous dans l’espace public ? Toutes formes de déchets, toutes formes d’activités. Une ville ne peut pas fonctionner ainsi. On est obligé de nous astreindre car cet espace est notre vivre ensemble, un espace qui nous est collectif. Aujourd’hui, tous les travers de notre urbanisation, se retrouvent dans l’espace public.

Qui est donc au centre de dispositif ?

L’un des acteurs essentiels de ce dispositif est la collectivité territoriale. S’il y a une institution à revoir complétement, c’est la collectivité territoriale.

Comment gérer l’agroécologie, selon vous ?

Dans ce contexte de changement climatique, on assiste aux phénomènes de dérèglement par rapport à la récurrence de certains éléments extrêmement importants. Mais ici, quand on convoque la dimension agroécologique, on fait allusion à l’utilisation de l’eau même, la question des intrants. Il y a des expériences dans des régions où les gens développent des systèmes très économiques en irrigation. Se sont dispositifs qui existent et qui peuvent entrer dans la gestion des ressources. Même la question des intrants est au centre de l’agroécologie. C’est une dimension très importante. Nous convoquons souvent l’agroécologie urbaine pour son potentiel nous permettant d’aménager l’Afrique. Aujourd’hui les vertus du végétal en milieu urbain sont diverses et variées : anti-polluant par rapport à la pollution de l’air, lutte contre le ruissèlement des eaux, promotion du micro-climat, réduction des besoins en climatisation, beau paysage… Ce qui fait mal, c’est quand nous voyons que nos établissements urbains sont sevrés de végétal alors qu’il est un bon marquage foncier. Si on avait préservé certaines activités agro-forestières dans certains sites, nous ne serions pas à ce stade.

Moctar FICOU / VivAfrik

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