Le caractère cancérogène du glyphosate sème la discorde au sein de l’Agence américaine de protection de l’environnement

Le caractère cancérogène du glyphosate, le pesticide le plus utilisé au monde, divise profondément les experts fédéraux américains. L’Agence européenne des produits chimiques (Echa) doit rendre son avis sur ce sujet.

« Probablement cancérogène » pour les uns, « improbablement cancérogène » pour les autres. Depuis deux ans, la controverse sur la dangerosité du glyphosate oppose entre elles différentes agences d’expertise – la prochaine à se prononcer est l’Agence européenne des produits chimiques (Echa), qui devrait rendre son opinion dans le cadre de la réautorisation du produit en Europe. Mais la réévaluation de cette substance – constitutive du célèbre Roundup et pesticide le plus utilisé au monde – ouvre également des fractures au sein même de certaines institutions. C’est ce que montre un document confidentiel de l’Agence de protection de l’environnement (Epa) américaine obtenu par lemonde.fr. Selon ce mémo interne, le département de recherche et développement (Ord, Office of research and development) de l’Epa est en clair désaccord avec l’avis préliminaire d’un autre département de l’Epa, chargé pour sa part de l’évaluation des pesticides (Opp, Office of pesticide programs).

Cet avis préliminaire de l’Opp, publié par erreur fin avril 2016 sur le site de l’agence, estimait le glyphosate « improbablement cancérogène ». Il rejoignait ainsi l’opinion de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), s’opposant du même coup au Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Car, en mars 2015, le Circ – l’agence de l’Organisation mondiale de la santé chargée d’inventorier les causes de cancer – a classé le glyphosate dans la catégorie « cancérogène probable » pour l’homme. La note interne de l’Epa consultée par Le Monde révèle que les membres du département scientifique de l’agence fédérale américaine – l’Ord – sont sur une ligne proche de celle du Circ, contre leurs collègues du département des pesticides – l’Opp. A mots à peine couverts, les scientifiques de l’Ord reprochent à ceux de l’Opp de ne pas respecter les conventions internationales dans l’analyse de la cancérogénicité du glyphosate. « Les cadres de travail pour l’analyse des données et la détermination de la causalité [entre exposition à une substance et cancer] qui sont actuellement en vigueur à l’Epa et dans la communauté de l’évaluation du risque incluent des gradations », écrit l’Ord dans son mémo. Or, ajoute ce dernier, « l’avis préliminaire de l’Opp apparaît ne pas suivre cette approche ». A lire le document, l’OPP se serait affranchi des règles de l’évaluation des dangers d’une substance pour « utiliser une approche oui/non qui ne pourrait conduire qu’à ne décrire les substances que comme « cancérogène » ou « improbablement cancérogène » pour les humains ».

Moctar FICOU / VivAfrik

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