«Le climat, une question de développement pour l’Afrique», selon Seyni Nafo

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« Le climat est une question de développement pour l’Afrique », a affirmé le président du groupe Afrique aux négociations de l’Organisation des Nations unies (Onu) sur le climat, Seyni Nafo. L’expert malien s’exprimait en prélude du sommet climat initié par la France le 12 décembre 2017 à Paris. Profitant d’une interview accordée à nos confrères du site d’information afrique.lepoint.fr, M. Nafo a aussi invité la communauté internationale à se « remobiliser » sur les enjeux climatiques. D’après lui, les fonds publics internationaux doivent financer en priorité les mesures permettant aux pays de résister aux chocs (digues, systèmes météo…), pas toujours rentables mais vitales.

Qu’attendez-vous du sommet climat à Paris ?  

Le premier enjeu est le maintien de la dynamique politique. 2015 et 2016 ont été extraordinaires : il y a eu l’accord de Paris, puis son entrée en vigueur. En 2017, l’administration américaine a pris la décision de quitter l’accord. Il est important que la communauté internationale se remobilise. Il faudra voir le degré de représentation de la centaine de pays invités, que le message soit clair que la lutte contre le dérèglement climatique est toujours une priorité. Ensuite, la finance est un sujet primordial. Nous n’en sommes plus aux négociations mais à la mise en œuvre, ce qu’on ne peut faire sans carburant.

Quelles sont les demandes africaines de ce point de vue ?

L’Afrique a besoin que les fonds publics aillent en priorité aux mesures d’adaptation aux impacts du réchauffement. Car les autres mesures (celles destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre, dans l’énergie, les transports, l’industrie), le secteur privé et le marché vont s’en charger. Mais l’adaptation, ce sont généralement des secteurs à faible potentiel de rendement financier. Or l’idéologie actuelle des pays développés, c’est que les ressources publiques sont rares, il faut les utiliser prioritairement pour créer un effet levier sur les ressources privées. Et cela concerne peu l’adaptation. On espère qu’à Paris, il y aura au moins une confirmation de la volonté des pays développés, pour plus d’adaptation dans les pays les plus vulnérables. Pour nous il y a urgence, pour ne pas anéantir les gains de croissance des dix dernières années. Le climat est une question de développement pour l’Afrique.

Vous êtes conseiller spécial climat auprès du président malien. Qu’en est-il de votre pays ?

Il nous faut développer les énergies renouvelables. Le Mali ne produit pas d’hydrocarbures, le prix de l’électricité y est élevé et nécessite peut-être 100 millions de dollars de subventions annuelles. Pour nous, les énergies propres, ce ne sont pas simplement pour réduire les émissions mais bien pour se développer. Une autre priorité est l’agriculture. Le Mali est enclavé au cœur du Sahel. Le climat renforce le processus de désertification. Il faut investir pour l’irrigation et des services d’information météorologique permettant de planifier la gestion de la ressource en eau. Les attentes sont fortes, mais le chemin est long, notamment du fait des règles de procédure d’accès aux financements climat. Parfois il faut 18 mois, 2 ans pour voir aboutir un projet. On travaille avec le Fonds vert à des accès simplifiés, il faut des procédures plus diligentes au niveau des bailleurs internationaux. On est tous conscients que c’est de l’argent public et qu’il faut rendre des comptes, mais il faut trouver un juste milieu.

Moctar FICOU / VivAfrik

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