Premier sommet de l’ASI : quel avantage pour l’Afrique ?

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Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi ont coprésidé dimanche 11 mars 2018 en Inde, le premier sommet de l’Alliance solaire internationale (Asi). Objectif : promouvoir l’énergie solaire dans les pays en développement. Un défi de taille pour l’Afrique, dont une dizaine de chefs d’États avaient fait le déplacement.

Étaient présents des dirigeants venus d’Asie, d’Océanie et également onze chefs d’États africains, parmi lesquels : Paul Kagame (Rwanda), Ali Bongo Ondimba (Gabon), Faure Gnassingbé (Togo), Mahamadou Issoufou (Niger), Ibrahim Boubacar Keïta (Mali) ou encore Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso).

Que faut-il attendre de l’Alliance solaire ?

Lors de cette grand-messe, chaque dirigeant présent a rappelé, dans son style bien à lui, les enjeux du solaire dans son pays.

Les terroristes n’aiment pas la lumière », a lancé Ibrahim Boubacar Keïta

« C’est en éclairant les villages que nous créerons des emplois pour les jeunes qui n’ont qu’une issue, l’immigration », a ainsi estimé Mahamadou Issoufou, le président du Niger. « Les terroristes n’aiment pas la lumière », a de son côté lancé le président malien Ibrahim Boubacar Keïta.

Plus concrètement, le Gabon, par exemple, espère que dès la fin de l’année cette alliance aura permis, entre autres, d’engager un projet de centrale photovoltaïque de 20 mégawatts (Mw). « Techniquement, nous sommes entièrement prêts mais il nous manque les fonds car il faut compter environ 1 milliard de francs CFA par Mw », déclare à Jeune Afrique Patrick Eyogo Edzang, ministre de l’Énergie gabonais.

Autre réalisation qui pourrait voir le jour d’ici fin 2018 : une plateforme digitale de mise en relation pour favoriser la réalisation de plus petits projets. Elle permettrait de connecter les villes et les villages ayant des besoins en matière de solaire avec les opérateurs industriels mais aussi des potentiels garants et financeurs.

En Afrique, il faudrait multiplier par dix la vitesse de construction de ces centrales solaires

« Le potentiel de l’énergie solaire représente quasiment 20 fois la consommation mondiale d’énergie mais le développement de la production d’énergie solaire n’est pas assez rapide, il faudrait multiplier par quatre la vitesse de construction de ces centrales solaires partout dans le monde et en Afrique, il faudrait la multiplier par dix », estime Isabelle Kocher, directrice générale du groupe Engie, à l’origine de cette initiative.

Une version pilote de la plateforme développée par Engie sera lancée d’ici la fin de l’année dans une zone géographique qui reste à déterminer.

Une organisation séduisante sur le papier mais dans laquelle certains voient plutôt une logique stratégique qui ne dit pas son nom face à la Chine, leader mondial du solaire.

« L’Alliance pour le solaire risque d’être un de ces nouveaux « machins » dont parlait le général de Gaulle à propos de ces centaines d’organisations internationales créées pour un oui ou pour un non et qu’on n’ose jamais fermer une fois qu’elles existent tout simplement par l’inertie des bureaucrates qui en vivent », juge ainsi Jean-Joseph Boillot, chercheur associé au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii) à Paris. Et de poursuivre : « Le solaire est devenu une réalité économique tout à fait viable et elle n’a pas besoin, à mon sens, d’une énième organisation internationale ».

Si elle veut faire mentir ces analyses, l’Alliance solaire doit désormais faire ses preuves sur le terrain.

La participation des pays africains à ce sommet s’avère d’autant plus importante que le besoin en énergie pour leur développement socioéconomique, n’est plus à démontrer. C’est dire si  c’est une opportunité à saisir pour l’Afrique qui est le continent le plus ensoleillé si étant donné que l’ASI qui regroupe 121 pays situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne, vise, entre autres, à réduire les coûts de l’énergie solaire, à répondre à la forte demande énergétique dans les pays en développement. Il appartient donc aux chefs d’Etat africains de tirer le meilleur parti de cette Alliance qui doit mettre en œuvre une cinquantaine de projets- témoins, en marge de ce premier sommet.

On ne le dira jamais assez, les pays africains sont de très loin les moins pollueurs de la planète, mais ils sont les premières victimes des changements climatiques. Et c’est peu de dire qu’ils ont besoin de ressources financières pour y faire face, la plupart étant en voie de développement. On le sait, dans nombre d’Etats africains, les questions énergétiques sont au stade domestique, c’est-à-dire que le principal défi est d’arriver à fournir l’électricité aux populations de façon permanente et de permettre aux industries agro-alimentaires produisant essentiellement pour la consommation locale, de pouvoir tourner à plein régime.

Il sied pour les dirigeants des pays du continent noir, d’être assez vigilants

N’étant pas encore sur le chemin de la grande industrialisation, pour nombre de pays africains, la question des énergies renouvelables constitue un défi pour pouvoir renforcer leur processus de développement. Pour y arriver, il s’avère impérieux d’afficher une réelle volonté politique pour travailler à surmonter les obstacles que sont le financement et l’accès à la technologie. Et pour une certaine durabilité, il va falloir mettre sur la table, la question du transfert de cette technologie vers les pays demandeurs, et miser sur la formation des étudiants.

Et ce, d’autant plus que par le passé, dans de nombreuses situations, il a fallu, pour changer un simple écrou d’une machine, faire déplacer un technicien du pays fournisseur. Le soleil est là, encore faut-il que la technologie soit suffisamment maîtrisée par les Etats dits les plus ensoleillés. Par ailleurs, il  est tout de même à se demander si le lobby pétrolier va croiser les bras et laisser faire. L’on pourrait craindre une éventuelle offensive de sa part pour saper les initiatives de l’Asi. Il y a aussi de forts risques  de voir les majors occidentales de l’électrification, se livrer une bataille de positionnement sur le continent africain, au détriment même des intérêts des pays demandeurs.

Cela dit, il sied pour les dirigeants des pays du continent noir, d’être assez vigilants pour éviter que la course au solaire ne se transforme en un fardeau pour les générations futures à travers des surendettements. Si l’un des objectifs principaux de l’Asi est de mobiliser plus de 1 000 milliards de dollars pour produire un 1 TW (térawatt) d’énergie solaire en 2030, cela sous-entend qu’il faudra casquer pour se procurer cette source d’énergie propre.

Certes, le sommet de l’Inde vise à « créer un marché commun afin de faire baisser les coûts, de renforcer le contrôle qualité, de mieux adapter les produits aux besoins, et d’améliorer les technologies ».  Et la France entend dégager un milliard d’euros pour les prêts et dons d’ici à 2022 pour les pays qui exprimeront le besoin de financements pour accéder convenablement au solaire. Mais il y a lieu de faire en sorte que cette course aux énergies renouvelables pour des pays qui n’ont ni les moyens ni la technologie, ne soit pas l’occasion de  tomber dans une certaine dépendance qui va davantage les tirer vers le bas parce qu’ils auront eu  à se surendetter pour en acquérir, au lieu de leur permettre de se hisser vers l’émergence.

Moctar FICOU / VivAfrik

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