Le rapport du GIEC en quatre chiffres qui mettent les gouvernants devant leur responsabilité

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« Nous avons remis le message aux gouvernements, nous leur avons donné les preuves, à eux de voir », telle l’interpellation faite par le groupe des experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dans leur dernier rapport de 400 pages, dont le « résumé à l’intention des décideurs politiques » a été publié lundi 8 octobre 2018.

En contenant la hausse des températures à 1,5°C d’ici à 2100, l’humanité peut espérer sauver les meubles. Mais elle n’en prend pas la direction.

C’est la hausse des températures, par rapport à l’ère préindustrielle, estimée d’ici à 2100, si rien n’est fait pour infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Pour les scientifiques, une telle hausse aurait des conséquences délétères sur l’environnement.

Le chercheur Jim Skea, membre du Giec et de l’Imperial College de Londres, a relayé l’espoir ténu d’une réussite de ces objectifs, tout en rappelant aux dirigeants mondiaux leur responsabilité : « Les lois de la physique et de la chimie permettent [de limiter la hausse à 1,5 °C], ainsi que les technologies, le changement des modes de vie et les investissements. La dernière chose, à laquelle les scientifiques ne peuvent répondre, c’est si c’est faisable politiquement et institutionnellement. »

Selon ces experts, il n’y a plus une minute à perdre.  Un nouveau rapport du Giec, le groupe d’experts mandatés par les Nations unies pour évaluer l’ampleur du réchauffement et son impact, vient une nouvelle fois confirmer l’urgence avec laquelle les dirigeants et les grands industriels de la planète doivent changer de paradigme pour contenir la hausse de la température, au risque de mettre l’humanité et les autres espèces de la planète en péril pour les siècles à venir.

Dans ce rapport de 400 pages, les chercheurs remettent notamment en cause  les objectifs de l’accord de Paris, trop peu ambitieux par rapport à l’ampleur des conséquences à prévoir. Voici en quatre chiffres les points les plus alarmants du rapport.

1,5 °C

Au moment de la COP 21, en 2015, les chercheurs avaient alerté sur les risques encourus par la planète si les températures grimpaient de 2°C d’ici à 2100. Pour enfoncer le clou, les chercheurs ont cette fois compilé plus de 6.000 études sur les conséquences d’une telle hausse pour arriver à une nouvelle conclusion : au-delà d’une hausse de 1,5 °C, la planète tout entière changera de visage.

Ainsi, certaines régions de l’hémisphère nord, notamment autour de la Méditerranée, seraient menacées par la désertification, des milliers d’espèces animales s’éteindraient et l’on pourrait même voir fondre en partie le Groenland. Or, au vu du rythme actuel, la hausse de 1,5 °C pourrait être atteinte entre 2030 et 2052.

45 %

Le rapport liste les solutions pour contenir la hausse des températures. La plus urgente est de faire baisser drastiquement les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Les émissions de CO2, gaz à effet de serre le plus persistant dans l’atmosphère, devront être réduites de 45 % à cette date par rapport à 2010, souligne le rapport. Et en 2050, il sera nécessaire d’atteindre une « neutralité carbone ». Autrement dit, l’humanité devra cesser d’émettre plus de CO2 dans l’atmosphère qu’elle ne peut en retirer.

Pour parvenir à cela, le rapport préconise de faire passer les énergies renouvelables de 20 à 70 % de la production électrique au milieu du siècle. L’industrie devra se mettre au pas et réduire ses émissions de CO2 de 75-90 % d’ici 2050 par rapport à 2010 (comparé à 50-80 % pour 2°), et les transports passer aux énergies bas carbone (35-65 % en 2050 contre moins de 5 % en 2020).

2,4 trilliards de dollars

Mais le maintien d’une hausse des températures à 1,5°C a un coût. Selon le GIEC, l’économie mondiale devra débourser 2.400 milliards de dollars annuellement pour tenir cet objectif.

Cet argent, qu’il faudra investir chaque année entre 2016 et 2032, représente le coût total nécessaire pour transformer les systèmes énergétiques de la planète. Soit 2,5 % du PIB mondial par an. Mais les chercheurs le répètent : ce n’est rien comparé au coût de l’inaction.

10 centimètres, 10 millions de personnes

La différence entre un réchauffement climatique de 2°C et de 1,5°C à l’horizon de 2100 peut s’illustrer facilement : dans le premier cas, la hausse du niveau des océans pourrait être de 36 à 87 cm à la fin du siècle. Soit 10 cm de plus que dans le second cas de figure. Ce qui est une petite différence sur le papier représente en réalité un risque pour 10 millions de personnes supplémentaires.

A long terme, au-delà de 1,5°C, la couche de glace recouvrant l’Antarctique ainsi que celle du Groenland pourraient fondre de manière drastique. De plus, à 1,5°C, l’Arctique connaîtra un été sans banquise par siècle. Contre un par décennie au-delà de 2°C.

Les émissions de gaz à effet de serre (Ges) générées par l’Homme ont fait grimper la température mondiale de 1 °C depuis la Révolution industrielle. Le dernier demi-degré engrangé est déjà associé à une recrudescence de phénomènes météorologiques extrêmes. Selon le Giec, « il est probable » que le réchauffement atteigne 1,5 °C entre 2030 et 2052 s’il se poursuit à son rythme actuel. Cela ne se fera pas sans bouleverser notre monde. D’autant que « beaucoup de régions » connaissent un réchauffement encore plus rapide. Ainsi, l’Arctique se réchauffe deux à trois plus vite que la moyenne.

Moctar FICOU / VivAfrik

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