Quand l’Afrique rivalise pour l’accès à l’électricité

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Selon la dernière édition du rapport Africa’s Pulse, le faible taux d’accès à l’électricité, ainsi que les défaillances et les coûts élevés d’approvisionnement entravent le développement économique du continent. Le rapport souligne que les récentes innovations techniques, en particulier dans le solaire, permettent aujourd’hui de sauter les étapes traditionnelles de l’électrification. Pour accélérer l’électrification, le rapport insiste sur la nécessité d’améliorer la réglementation du secteur et la gestion des entreprises d’électricité.

Ainsi, le continent se bat pour un accès universel à l’électricité fin d’améliorer la fourniture énergétique dans les zones les plus reculées et la qualité du service pour les ménages déjà raccordés en milieu rural. Près de 640 millions d’Africains vivent toujours sans courant. En Zambie, les panneaux solaires offrent une chance d’électrifier des zones rurales très éloignées des réseaux. Mais les défis à relever sont de taille.

« L’accès à l’électricité permettra des gains de productivité inter et intrasectorielle. Les pays africains doivent adopter la technologie et mettre à profit l’innovation pour que l’électricité soit de qualité, durable et bon marché », laissé entendre Albert G Zeufack, Économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Afrique.

A Chitandika par exemple, dans l’est de la Zambie, le groupe français Engie a installé un mini-réseau électrique, qui permet de raccorder une centaine de maisons, des bâtiments agricoles et un centre de santé. Quiconque aurait oublié les bienfaits que peut apporter l’électricité est invité à se rapprocher de Chitandika, dans l’est de la Zambie, en Afrique australe. Au sein de ce village désolé et verdoyant, perdu à plus de dix heures de route cahoteuse de la capitale, Lusaka, les panneaux solaires représentent un nouvel espoir de développement.

Dans cette bourgade de 1 500 habitants, un mini-réseau électrique a été inauguré en début d’année – quelques panneaux solaires, couplés à trois batteries flambant neuves. Ils sont situés à la sortie nord du village et reliés à des poteaux électriques qui connectent une centaine d’habitations, un centre de santé, deux écoles et une église.

« Si l’on veut sauter les étapes traditionnelles de l’électrification qui reposent sur le développement du réseau national, il faut combiner différents systèmes afin de répondre à des besoins divers », explique Punam Chuhan-Pole, économiste principale à la Banque mondiale et auteur du rapport. « Pour développer l’électrification, il faudra impérativement faire appel au secteur privé. »

Le groupe français Engie, qui a convié Le Monde à venir observer cette installation, est à l’origine de ce « Power Corner ». Une cabane bleu ciel, entourée de panneaux solaires, fichée dans la terre rouge et poussiéreuse de Zambie et présentée comme un changement majeur pour les quelques centaines d’habitants des environs. Une fois les connexions réalisées, l’électricité est accessible grâce à un système de prépaiement. Dans le pays, seulement 4 % des habitants des zones rurales sont reliés au réseau.

« Fierté, fierté, fierté, pour l’électricité », chantent les élèves de l’école Chiziye, qui a été récemment raccordée. Dans ce bâtiment de plain-pied, trois salles de classe trop petites accueillent plus de 150 enfants et adolescents, qui sont contraints d’utiliser les infrastructures à tour de rôle. Ici, le raccordement au mini-réseau électrique a permis d’installer une dizaine d’ordinateurs sur lesquels ont été notamment téléchargés une encyclopédie et des logiciels libres de bureautique. « C’est aussi une fenêtre ouverte sur le monde », note Clara Villain, l’une des responsables du projet.

Le petit centre de santé du village a, lui aussi, bénéficié d’un raccordement, ce qui permet notamment d’effectuer des actes médicaux la nuit. « Ici, la plupart des femmes accouchent à domicile, mais, quand il y a des complications, elles viennent au centre. Désormais, il n’y a plus besoin d’accoucher à la torche la nuit », explique un visiteur.

Les « mini-grids » sont l’un des espoirs de l’accès à l’énergie en Afrique, même si, aujourd’hui, le nombre d’Africains qui en bénéficient est très relatif. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ces réseaux reliant quelques centaines de personnes pourraient représenter entre 9 % et 30 % de l’alimentation électrique du continent en 2030.

Pour y parvenir, il faut commencer par améliorer la gouvernance du secteur de l’électricité, indépendamment des configurations techniques choisies. Les auteurs recommandent notamment de rationaliser la tarification de l’électricité, d’abaisser les obstacles réglementaires qui limitent l’investissement du secteur privé dans la production sur le réseau et hors réseau, d’accroître l’efficacité et la transparence des entreprises du secteur et d’encourager une réglementation sectorielle plus indépendante.

Moctar FICOU / VivAfrik

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