Des solutions ouest-africaines sur la sécurité alimentaire durable

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Afin de prévenir les carences en micronutriments, de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest font le pari de l’enrichissement des aliments. Les explications Jeune Afrique.                          

Il y a près de vingt ans, les pays d’Afrique de l’Ouest faisaient analyser le régime alimentaire des populations vulnérables de la région. Ils entendaient ainsi mieux appréhender les causes des carences nutritionnelles de ces personnes afin de les combler efficacement. L’étude révélait qu’une poignée d’aliments de base et de condiments – tels que l’huile végétale, la farine de blé et le sel – étaient consommés par plus de 70% de la population cible, quels que soient le lieu de résidence et le budget des ménages. Les aliments ainsi identifiés allaient être utilisés, par la suite, dans le cadre du programme de nutrition de la région, l’un des plus ambitieux de l’histoire de l’Afrique.           

Carences croissantes et persistantes

Aujourd’hui, alors que nous sommes confrontés à une série de crises – sanitaire, climatique, économique, alimentaire et nutritionnelle –  d’ampleur croissante, l’Afrique de l’Ouest a donc une chance unique à saisir pour améliorer la diversité alimentaire et les apports en micronutriments en s’appuyant sur cet héritage et en innovant.

Malgré certains progrès, la prévalence des carences en micronutriments – causées par un manque de vitamines et de minéraux essentiels dans l’alimentation – reste élevée dans toute la région, avec des effets dévastateurs. Environ la moitié des femmes âgées de 15 à 49 ans souffrent d’anémie, et 15% des enfants ont un faible poids à la naissance et peuvent souffrir de malformations dues à des carences en micronutriments. La simultanéité des crises susmentionnées n’a fait qu’aggraver ce problème de santé publique.

Signaux encourageants

Aujourd’hui, tous les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) disposent de politiques et de réglementations nationales qui visent à promouvoir l’enrichissement des aliments de grande consommation, tels que les huiles comestibles, les céréales, le sel, le lait et le sucre. Ces politiques et réglementations sont essentielles car elles permettent à des millions d’Africains de l’Ouest d’avoir accès à des aliments de base enrichis en micronutriments. Les résultats, que nous avons pu évaluer, sont prometteurs.

Au Nigeria, entre 2017 et 2020, le taux de couverture en farine de blé enrichie en fer et en acide folique (qui contribue à protéger de l’anémie et de graves malformations congénitales) est passé de 54% à 92%, et bénéficie à 73,5 millions de Nigérians de plus. La consommation de sucre enrichi en vitamine A (qui améliore la vision et renforce le système immunitaire) a plus que triplé, et couvre 96% de la population. Les niveaux d’iodation du sel sont restés constants, et atteignent le chiffre impressionnant de 95%.

Le projet Promouvoir l’enrichissement du riz au Nigeria (PRIFN) prévoit l’établissement d’une feuille de route avec, comme objectif, l’enrichissement d’un autre aliment de base des Nigérians et l’accroissement de la production locale de riz enrichi, ce qui aura un effet positif sur le niveau de santé de la population et sur l’économie locale. Les initiatives de ce type sont essentielles pour la santé publique. Aujourd’hui, de grandes avancées sont en cours.

En mai 2023, avec le soutien des États membres de la CEDEAO, de la Fondation Bill & Melinda Gates et de nombreux partenaires, l’assemblée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a adopté une résolution historique, destinée à renforcer les programmes d’enrichissement des aliments. À la suite de cette assemblée, les parties prenantes ouest-africaines ont réaffirmé que l’enrichissement des aliments était l’une des principales stratégies de la politique nutritionnelle, et se sont engagées à créer une alliance régionale.

Nous avons ainsi envoyé à la communauté internationale le message suivant : « Nous avons la volonté politique et le désir d’étendre et d’améliorer ces programmes ». Il est temps de transformer cet élan en action, de fixer des objectifs régionaux, de mesurer l’efficacité de nos mesures et de réaliser des progrès tangibles.

Agir maintenant

Les dirigeants ouest-africains sont à la croisée des chemins. Il est donc primordial que nous donnions la priorité aux programmes qui soutiennent les besoins nutritionnels de tous, en particulier ceux des personnes les plus vulnérables. En dépit des difficultés, nous pouvons renforcer les capacités et mettre en place des systèmes de soutien, des installations et des outils efficaces afin de contribuer à la normalisation des processus d’enrichissement. Nous pouvons aussi instituer des systèmes de contrôle et de réglementation externes.

Nous sommes impatients de collaborer avec d’autres entités, physiques et morales, dans toute l’Afrique, et en particulier en Afrique de l’Ouest, pour poursuivre cette œuvre importante. Nous avons tous un rôle à jouer pour faire de notre projet une réalité. Si elle saisit cette chance, l’Afrique de l’Ouest pourra assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi et surtout la santé et le bien-être de sa population.

Avec Jeune Afrique

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