Covid-19 : les spécialistes dénoncent le passage du virus à l’homme et alertent

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Les experts sont unanimes sur le passage du virus du Covid-19 des animaux à l’homme. Selon eux, l’activité humaine a favorisé le passage du Covid-19 à l’Homme, et si rien ne change, bien d’autres virus vont suivre. C’est ce qu’alertent les spécialistes.

« Nous perturbons les écosystèmes et débarrassons les virus de leurs hôtes naturels. Lorsque cela se produit, ils ont besoin d’un nouvel hôte. Souvent, cet hôte, c’est nous », a constaté l’écrivain américain David Quammen dans une récente tribune au New York Times, pourquoi nous sommes en grande partie responsables de la pandémie de Covid-19.

Sur ce point précis, qu’il vienne d’une chauve-souris ou qu’il ait transité par un pangolin, le coronavirus qui a mis le monde sens dessus dessous et dont le bilan mondial approche les 100.000 morts vient du monde animal, c’est certain. Mais c’est l’activité humaine qui a favorisé son passage à l’Homme, et si rien ne change, bien d’autres vont suivre, alertent des spécialistes.

Les « zoonoses » (Ndlr : maladies ou infections qui se transmettent de l’animal à l’humain), n’ont rien de nouveau. Tuberculose, rage, toxoplasmose, paludisme… selon le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), 60% des maladies infectieuses humaines ont cette origine. Chiffre qui grimpe à 75% pour les maladies « émergentes » : ebola, VIH, grippes aviaires et autres SRAS ou zika…

Or, « l’émergence de maladies zoonotiques est souvent associé aux changements environnementaux » qui sont « habituellement le résultat d’activités humaines, de la modification de l’usage des sols au changement climatique », notait le PNUE dans un rapport de 2016.

Gwenaël Vourc’h, directrice-adjointe de l’unité d’épidémiologie vétérinaire de l’INRAE, un institut de recherche public français relève : « vu la croissance de la population humaine et son utilisation toujours plus intense des ressources planétaires, la destruction d’écosystèmes de plus en plus nombreux multiplie les contacts » entre espèces.  

La déforestation mise en cause

En cause, la déforestation pour faire place à l’agriculture, l’élevage intensif dont les animaux peuvent servir de « pont » avec l’humain (notamment en développant des résistances aux antibiotiques couramment utilisés dans l’agriculture industrielle), l’urbanisation et la fragmentation des milieux, qui modifient l’équilibre entre les espèces. Sans compter le réchauffement climatique qui peut conduire certains animaux vecteurs de maladie à prospérer là où ils ne vivaient pas avant.

« Le processus qui conduit un microbe, tel qu’un virus, d’une population de vertébrés -chauve-souris par exemple- dans laquelle il existe naturellement, jusqu’aux humains est complexe, mais causé par l’Homme (…), les actions humaines créant l’occasion pour les microbes de s’approcher des populations humaines », détaille Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES, le panel des experts de l’ONU sur la biodiversité.

« La rapidité de modification des espaces naturels ces 50 dernières années est sans précédent dans l’histoire humaine. Et le facteur direct le plus important de ce changement est le changement d’affectation des terres », poursuit-elle.

D’ailleurs, au-delà de la pandémie actuelle, l’IPBES estime que les zoonoses font quelque 700.000 morts par an.

Animaux sauvages et domestiques

Une étude de chercheurs américains, réalisée avant l’apparition de l’épidémie actuelle et publiée mercredi, identifie rongeurs, primates et chauve-souris comme hôtes de la majorité des virus transmis à l’Homme (75,8%). Mais les animaux domestiques sont également porteurs de 50% des zoonoses identifiées.

Et si l’on se concentre sur les espèces sauvages menacées, l’étude montre que celles qui partagent le plus de virus avec les humains sont précisément « celles dont les populations sont en baisse en raison de l’exploitation et de la perte d’habitat ».

« Nous modifions les territoires (…), ce qui augmente la fréquence et l’intensité des contacts entre l’humain et la faune sauvage, créant les conditions idéales pour des transferts viraux », résume Christine Johnson, de l’école vétérinaire de l’université de Californie, qui a dirigé l’étude, faisant écho aux autres expertes.

« Il faut réfléchir à notre modèle »

La tendance ne devrait pas s’infléchir, prévient Anne Larigauderie, car les modifications d’usage des terres, « combinées aux augmentations en matière d’échanges commerciaux et de voyages », devraient faire augmenter la fréquence des pandémies à l’avenir.

La réponse devra donc être systémique, souligne Gwenaël Vourc’h : « Au-delà de la seule réponse indispensable à chaque épidémie, il faut réfléchir à notre modèle » et notamment « repenser notre relation avec les écosystèmes naturels et les services qu’ils rendent ».

Anne Larigauderie ne dit pas autre chose : elle en appelle à un « changement transformant pour trouver une solution à cette tragédie mondiale », en œuvrant à un « ancrage environnemental » des différents secteurs économiques, de la finance à la pêche en passant par les transports ou l’énergie.

« Les stratégies efficaces existent déjà pour contrôler la plupart des zoonoses négligées, la principale contrainte semblant le manque d’investissements », notait déjà le rapport du PNUE de 2016, soulignant que « l’intégrité des écosystèmes sous-tend la santé et le développement humain ».

A 86 ans, Jane Goodall a passé la majeure partie de sa vie à étudier et défendre les animaux, notamment les chimpanzés d’Afrique, plus spécialement de Tanzanie.

« Il était prédit que ceci allait arriver, et ça va se reproduire jusqu’à ce que nous en apprenions les leçons », prévient la primatologue britannique. Car pour elle, les causes de la pandémie sont évidentes: « Notre mépris de la nature et notre manque de respect pour les animaux avec lesquels nous devrions partager la planète ».

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec AFP

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