Cairn Energy découvre du pétrole au Sénégal : analyse des enjeux et risques

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Le Sénégal, deuxième économie après la Côte d’Ivoire de l’espace UEMOA va se livrer bientôt à l’exploitation de l’or noir. La découverte d’un puits exploitable par la société britannique Cairn Energy suscite un réel engouement malgré les risques dans un pays jadis connu pour sa stabilité politique et sociale.

Depuis la fin des années 1990 le Sénégal connait un déficit énergétique chronique comme la quasi-totalité des pays de l’Afrique subsaharienne. Cette découverte du pétrole exploitable apparait ainsi comme une « bouffée d’oxygène » après plusieurs plans et programmes visant à réduire la fracture énergétique, parmi lesquels le fameux plan « TAKKAL » sous Karim Wade alors ministre en charge de l’énergie.

Cairn Energy offshore SenegalLa société Cairn Energy exploratrice du puits FAN-1 situé à 100 kilomètres des côtes sénégalaises, sur le bloc Sangomar profond (“Sangomar deep”) de 1 427 mètres, estime les réserves entre 250 millions à 2,5 milliards de barils de pétrole. Loin derrière les 36 milliards de barils de réserve du Nigéria, certes !

L’exploitation du pétrole au Sénégal permettra non seulement de régler le problème d’approvisionnement du pays en fuel, de réduire sensiblement le coût de l’électricité, mais également de renforcer le positionnement du pays en tant qu’exportateur net de produits pétroliers. Pour rappel, le Sénégal dispose déjà d’une raffinerie : la Société Africaine de Raffinage (SAR) qui exporte des produits dérivés du pétrole.

Toujours au chapitre des opportunités, l’exploitation du pétrole serait pourvoyeuse d’emplois directs et indirects au Sénégal, et cette annonce apparait comme du pain béni pour le Président Macky Sall, si l’on sait que l’emploi surtout des jeunes occupe une place importante dans sa vision stratégique de développement consignée dans le Plan Sénégal Émergent (PSE).

Cependant, il demeure des inquiétudes, car en effet les risques sont grands !

L’histoire nous enseigne que l’exploitation du pétrole en Afrique a quasiment toujours été accompagnée de conflits sociaux, voire armés (la malédiction du pétrole africain) qui ont conduit les pays vers des situations apocalyptiques et pour le moins désastreuses économiquement. Le Sénégal fera-t-il exception ?

delta du Niger au nigéria, shellLe risque environnemental est tout aussi grand et c’est inhérent au processus même d’exploitation du pétrole offshore, il serait d’ailleurs l’une des principales causes des marées noires et donc de la pollution marine, l’état actuel du Delta du Niger en est un bon exemple. L’exploitation du pétrole offshore au Sénégal pourrait donc se traduire en une véritable tragédie écologique étant donné que le Sénégal est une position géographique favorable à la genèse du plancton et donc à la reproduction des poissons. Les ressources halieutiques sont prépondérantes dans l’économie du Sénégal à travers l’importante main d’œuvre du seul secteur de la pêche, informelle en grande partie, certes ! De surcroit, au Sénégal le poisson est une denrée de première nécessité, pièce maitresse du fameux « thiebou dieune » traditionnel (riz au poisson sénégalais), il apporte l’essentiel des protéines de bases alimentaires aux populations.

CO2 émissions de carboneLe risque environnemental est lourd de conséquences même hors de l’eau, le pétrole étant une énergie fossile. Dés lors, ce qui semblait être économiquement une « bouffée d’oxygène », se transforme écologiquement en bombe à « dioxyde de carbone – CO2 ». Le dérèglement climatique n’étant plus un hasard mais une réalité qui oblige à réduire fortement l’émission des gaz à effet de serre, doit faire réfléchir. Qu’en dira COP 21, Paris en décembre 2015 ? Le débat est lancé.

Dans cette série de risques, le tourisme balnéaire fer de lance de la politique de mise en valeur de la « destination Sénégal » pourrait en pâtir, du fait de la possible pollution des côtes comme la Baie de Hann (déjà en état alarmant de dégradation), la Petite Côte (Saly), et Kayar.

Ainsi, il est important pour le Sénégal de prendre toutes les précautions et de s’enquérir de tous les risques via des études d’impact sérieuses prenant en compte les risques sociaux, économiques et environnementaux, avant de se lancer dans l’exploitation de son pétrole.

Mounirou Diallo (Stagiaire/VivAfrik)

Sous la direction de Mahamadou BALDE

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