Kenya: Des pêcheurs viennent au secours de la mangrove

0

Une douce brise atténue l’humidité de l’après-midi. Kibibi Mramba et dix-neuf autres personnes plantent de minuscules pousses de palétuvier dans la crique de Kilifi. Depuis cinq ans, des membres du Mtongani Self Help Group se transforment en gardes forestiers bénévoles : ils restaurent la mangrove de Kilifi, sur la côte kényane, à quelque 75 km de la deuxième ville du pays, Mombasa, rapporte Le Monde.

Ils entretiennent également quatre bassins de marée poissonneux pour tenter de préserver la vie marine et de s’assurer un moyen de subsistance alors que le changement climatique réduit les prises en haute mer. « Je paie l’éducation de mes enfants avec l’argent que je gagne en plantant ces mangroves et en vendant les crevettes et les poissons que nous élevons », témoigne Kibibi Mramba.

D’après le Kenya Marine and Fisheries Research Institute (KMFRI), les mangroves de la côte kényane font partie des écosystèmes humides les plus importants au monde : les palétuviers avec leurs galeries de racines à moitié plongées dans les eaux constituent un habitat essentiel pour la faune, notamment les poissons, freinent le dépôt de sédiments sur les récifs coralliens et protègent les côtes en cas d’intempéries. Or les mangroves sont détruites à une vitesse alarmante.

Une chute sévère du nombre de poissons

Depuis sa fondation en 2010, le groupe Mtongani a planté plus de 15 000 palétuviers avec l’aide de la Slovaquie et du Kwetu Training Centre for Sustainable Development, basé à Kilifi. Il travaille également avec le Kenya Forest Service pour combattre les coupes illégales de l’arbre tropical.

Selon James Kairu, responsable scientifique au KMFRI, la destruction des mangroves du Kenya est un facteur majeur de conflits entre les communautés de pêcheurs du pays. Les poissons se reproduisent dans ces écosystèmes avant d’aller vivre dans les récifs coralliens. « La surpêche, la destruction des mangroves et la hausse des températures nuisent aux écosystèmes coralliens et, en fin de compte, aux populations de pêcheurs », explique-t-il.

De fait, depuis quelques années, les villageois de Kilifi, dont les revenus dépendent principalement de la pêche, constatent une chute sévère du nombre de poissons. Pour remédier au problème, il y a deux ans, le groupe Mtongani a décidé de compléter son projet de restauration de la mangrove par un projet de mariculture : l’élevage de poissons et fruits de mer en eau salée.

Le groupe a construit quatre bassins de marée, chacun mesurant 20 mètres sur 15, sur l’océan Indien. Deux fois par jour, à marée montante, l’eau y apporte poissons, crabes et crevettes, qui seront piégés par le retrait de la mer. Les membres de Mtongani les récupèrent pour s’en nourrir ou les vendre, mais aussi pour peupler leurs bassins. « Nous avons lancé ce projet pour nous nourrir et gagner notre vie alors que la pêche n’est plus viable », commente Nicholas Ngao, président du groupe Mtongani (qui signifie « un endroit apaisant près de la mer »). « J’ai été pêcheur toute ma vie, ajoute-t-il. Avant, en une journée, je pouvais pêcher une cinquantaine de kilos de poissons près des côtes. Aujourd’hui, on a du mal à en trouver deux kilos. »

« S’assurer un avenir durable »

Tous les trois mois, le groupe récupère environ 300 kg de poissons, 108 kg de crevettes et 70 kg de crabes. Ses membres vendent leur production à un prix allant de 200 à 1 000 shillings le kilo (1,80 à 9 euros). Ils commercialisent également chaque année au moins 12 000 pousses de palétuvier pour un prix pouvant aller jusqu’à 20 shillings l’unité (soit 0,18 euro). Un dixième des recettes sert à financer le groupe ; le reste est reversé à ses membres en fonction de leur participation aux activités.

« Les mangroves et la mariculture peuvent permettre aux villages de pêcheurs de s’assurer un avenir durable alors que les effets du réchauffement climatique se font sentir », commente James Kairu, du KMFRI. « Les poissons et les crevettes se reproduisent plus vite qu’auparavant et la mangrove réduit l’intensité du vent, met en avant Nicholas Ngao. Grâce aux arbres, nos fermes ne sont plus inondées quand la mer monte, et l’agriculture est maintenant facilitée. »

Par Saër SY

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here