Quand les terres africaines s’appauvrissent sous l’effet de l’érosion

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Le phénomène, étudié à l’échelle continentale par des scientifiques kényans, pourrait coûter près de 300 milliards de dollars par an, indique lemonde.fr.

Ann Wavinya veille sur des archives pas comme les autres. « Ici, on conserve 40 tonnes de terre », s’enthousiasme cette jeune Kényane, en poussant de toutes ses forces sur le volant actionnant l’ouverture de ses armoires mobiles. « C’est l’équivalent de huit éléphants ! On a des sols de toute l’Afrique, depuis le Sahara jusqu’au Cap ! »

Bienvenue au département « santé de la terre » du Centre international pour la recherche en agroforesterie (Icraf). Le lieu, antenne du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (Gcrai), malgré ses 64 millions de dollars (59,6 millions d’euros) de budget consacrés à la recherche, ses scientifiques et ses employés venus des cinq continents, demeure une institution méconnue – même à Nairobi. C’est pourtant ici, dans ce paisible ensemble de bâtiments à deux ou trois étages, dissimulé derrière de beaux arbres fruitiers et traversé par un petit ruisseau, que l’on étudie l’un des pires fléaux du continent : l’érosion. Il y a urgence, car les sols africains se portent mal. Très mal. Si l’on en croit les données compilées par un rapport publié il y a un an par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), la perte de sols due à l’érosion y dépasse les 200 tonnes par hectare par an dans plusieurs régions du continent, avec une moyenne de 40 tonnes par hectare selon les scientifiques. La majeure partie est emportée par les pluies (comme en Afrique centrale et australe, au Maroc ou à Madagascar) ou dispersée par le vent (comme aux abords du Sahara, des déserts Danakil et du Namib). L’Afrique s’effrite. « Mais le plus grave avec l’érosion, ce n’est pas la perte de sols. C’est leur appauvrissement, la perte de nutriments, de carbone et de vie biologique due aux mauvaises pratiques agricoles », rappelle Ermias Betemariam, scientifique éthiopien au département « santé de la terre » de l’Icraf. Conséquence : les deux tiers des terres dites productives du continent sont aujourd’hui déjà dégradées selon les chiffres rapportés par le Pnue, alors même que la population devrait doubler d’ici 2050 et que le continent a besoin en urgence d’un secteur agricole performant.

Le texte de l’ONU évalue par ailleurs le coût de l’inaction face au phénomène de l’érosion et de la dégradation des sols à 280 millions de tonnes de céréales perdues par an, représentant 262 milliards d’euros par an pour chacune des quinze années à venir – soit en tout le chiffre vertigineux de 4,2 trillions de dollars sur l’ensemble de la période et l’équivalent de 12,3 % du PIB annuel des 42 pays étudiés !

Moctar FICOU / VivAfrik

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