Les forêts du Congo menacées par un mélange toxique d’entreprises douteuses

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C’est un casse-tête pour les forêts humides du bassin du Congo. En effet, l’ONG Earthsight publie ce12 mars 2018 un rapport intitulé « Secret et collusion dans l’agriculture industrielle sont synonymes de désastre pour les forêts du bassin du Congo » qui met en exergue les menaces qui pèsent sur ces forêts. Tiré d’une enquête approfondie, selon le communiqué parvenu à VivAfrik, le rapport retrace la corruption et des intérêts politiques derrière l’agriculture industrielle dans la région.

Si l’on se fie à l’ONG Earthsight, « un mélange toxique d’entreprises douteuses, d’impunité et de collusion menace de condamner les forêts humides du Congo au même sort que les forêts d’Asie du Sud-Est et d’Amazonie », a précisé le texte. Et notre source de poursuivre : « un rapport d’enquête publié aujourd’hui fournit des preuves de la destruction des forêts du bassin du Congo au profit des plantations de palmiers à huile et d’hévéas. Tempête annoncée, publié par l’organisation à but non lucratif basée à Londres, Earthsight, révèle que cinq cents kilomètres carrés de forêt ont été détruits au bulldozer au cours des cinq dernières années et que la destruction devrait s’accélérer, en raison de l’association toxique que représentent la corruption de haut-niveau et son lien avec certaines sociétés d’exploitation forestière qui comptent parmi les plus connues de la région », s’indignent les signataires du communiqué d’Earthsight.

En République démocratique du Congo, le secteur était une foire d’empoigne où les sociétés pouvaient couper la forêt sans avoir obtenu de permis de déforestation

D’après notre source, les découvertes les plus choquantes   viennent de la République du Congo, où le directeur général de l’Agriculture a averti le propriétaire d’une entreprise de plantation se livrant à des activités d’exploitation forestière illégales de ne pas « se vanter » de ses « activités secondaires » quand ce dernier postait des photos d’une énorme grume sur Facebook. Le rapport établit des liens entre  cela et  le plus  gros projet de            la région à ce   jour, à savoir un projet couvrant une superficie de forêt vierge trois fois plus grande que l’agglomération de Londres et abritant l’une des plus fortes concentrations de gorilles et chimpanzés au monde.

« Dans le pays voisin, en République démocratique  du Congo, indique le texte, un ancien haut fonctionnaire a reconnu que, dans ce pays, le secteur était    une foire d’empoigne où les sociétés pouvaient couper la forêt sans avoir obtenu de permis de déforestation ou réalisé les évaluations d’impact requises, et sans avoir payé les impôts dus. Les enquêtes de terrain ont confirmé cette vision et révélé comment la plus grosse entreprise d’exploitation forestière du pays a défriché la forêt illégalement et  détruit les moyens de subsistance des populations locales, sous prétexte de « replanter » une plantation coloniale dilapidée qui figurait dans un des romans de Graham Greene », se désolent-t-ils.

Ainsi, ajoute le communiqué, « l’enquête d’Earthsight dévoile l’hypocrisie des gouvernements de la région, dont les hauts fonctionnaires          voyagent autour du monde en jet en promettant de protéger les forêts et de respecter le droit, alors qu’en même temps, ils condamnent de vastes superficies de forêts à la destruction et ferment      les yeux sur les illégalités et les abus ». En outre, elle « révèle aussi que les plus grosses sociétés d’exploitation forestière en République du Congo, en République démocratique du Congo et en Centrafrique ont toutes maintenant un lien avec les projets de plantation qui défrichent les forêts. La réputation de ces sociétés en matière d’illégalités et d’atteintes aux droits humains est parmi les pires du secteur, et l’une d’entre elles a même aidé à financer un conflit armé », accusent les auteurs du document.

Engagements volontaires concernant les forêts

Pour le directeur d’Earthsight, « le rapport souligne (également) la menace que représente l’absence de transparence dans le secteur en permettant la prolifération des violations et en entravant les efforts des militants locaux qui cherchent à les empêcher. Earthsight a, par exemple, découvert aussi que le projet Gigantesque lié à la corruption à un haut niveau en République du Congo a récemment été vendu à une société écran opaque, enregistrée dans un petit bureau de Kuala Lumpur en Malaisie et servant de couverture à plus de 250 sociétés.  Aucun des contrats, permis ou cartes concernant le projet n’ont été publiés par le gouvernement », notent experts dans le communiqué.

Qui signale que les auteurs du rapport voient peu d’espoir que les acheteurs mondiaux d’huile de palme et de caoutchouc tiennent leurs engagements volontaires concernant les forêts, et l’accent est plutôt mis sur les gouvernements des pays occidentaux dont les actions portant sur le bois sont comparées à celles concernant les produits agricoles. Ils affirment que les bailleurs de fonds internationaux dont aide à financer les ministères de l’Agriculture de la région ont fait peu d’efforts pour utiliser leur influence et ouvrir la « boîte noire » dans laquelle se prépare le désastre.

Concluant qu’« au cours de ces dernières années, l’état de l’économie mondiale a permis d’éviter une dévastation bien plus rapide, mais le rapport souligne qu’il est probable que cela change avec l’accroissement de la demande mondiale et que la région n’est pas prête à faire face aux conséquences quand cela se produira ». Selon Sam Lawson, le directeur d’Earthsight « Tous les ingrédients sont en place pour que se reproduise le désastre provoqué par l’agriculture industrielle sur les forêts tropicales ailleurs dans le monde ». « Il existe encore une chance d’empêcher ça, mais le temps presse. »

Pour rappel, l’ONG Earthsight est une organisation à but non lucratif qui se consacre à la production des recherches et rapports d’investigation majeurs pour attirer l’attention sur les questions urgentes de justice sociale et environnementale.

Moctar FICOU / VivAfrik

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