Journée mondiale du refus de la misère : Pauvreté et sous-alimentation : quel combat ?

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Par Dr Diplal Maroam

En cette année du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, l’ONU a placé le respect des droits humains au cœur de la Journée mondiale du Refus de la Misère en choisissant comme thème cette année « S’unir avec les plus exclus pour construire un monde où les droits de l’homme et la dignité seront universellement respectés ». En effet, là où sévissent la pauvreté et l’exclusion, les droits humains sont constamment bafoués.  Cependant, la seule commémoration de la Journée mondiale de l’Alimentation et celle du Refus de la misère chaque année ne résoudra pas en soi le problème de la faim et de la pauvreté qui a, d’ailleurs, tendance à s’accentuer tant au niveau global que local.

Il est temps de regarder la réalité en face et prendre les décisions qui s’imposent car la répartition inégalitaire de la nourriture comme motif de pénuries dans certaines régions de la planète pourrait bientôt ne plus tenir la route. Pour répondre à la demande globale en pleine croissance, les Nations unies ont prévu que le monde aura besoin de relever sa production alimentaire de 70% dans les 30 à 40 prochaines années. Or, en même temps que les prix des denrées de base ne cessent de prendre l’ascenseur sur les marchés internationaux, de plus en plus de céréales cultivées sont destinées à l’alimentation du bétail. Ce qui pourrait aggraver la concurrence entre alimentation humaine et animale dans les années à venir avec, bien évidemment, des conséquences inimaginables sur les prix à la consommation.

Ainsi, pour subvenir aux besoins alimentaires de la population mondiale, qui compte 80 millions de bouches supplémentaires à nourrir chaque année, nous n’avons d’autres alternatives que de changer notre fusil d’épaule. Non seulement du point de vue de notre mode de vie et d’alimentation mais aussi de celui du développement économique. La quête infernale de la croissance à tout prix a, dans une grande mesure, provoqué la conversion des millions d’hectares de terres jadis sous cultures vivrières pour la production des agro-carburants. Pourtant, d’autres sources d’énergie toute aussi propre, à l’instar de l’énergie solaire, auraient pu être exploitées, et ce au nom du principe de développement durable. Cependant, si le risque de l’aggravation du problème de la sécurité alimentaire s’avère être le facteur qui contraindrait la communauté internationale à agir dans un esprit de solidarité, nous renforcerons alors notre volonté de lutter contre l’injustice, qui est la cause et le résultat d’un monde à deux vitesses et nous relèverons inévitablement le défi de doubler la production alimentaire pour nourrir 9 milliards de personnes d’ici 2050.

Mais il convient toutefois de reconnaître que, parmi les facteurs qui ont tant handicapé le développement de notre continent, où vivent un tiers de personnes les plus pauvres de la planète, particulièrement en Afrique subsaharienne, l’on relève l’instabilité politique chronique et la mauvaise gestion des affaires de l’État. Ce sont d’ailleurs les pays africains qui arrivent en tête de liste de Transparency International sur la perception de la corruption. Or, les investissements directs constituent l’un des meilleurs indicateurs de la santé économique d’une nation. Mais il est évident que, sans la politique de bonne gouvernance et de l’application des lois, l’attraction des capitaux ne pourrait se manifester. Seuls des partenariats entre les gouvernements et les investisseurs sûrs permettraient au continent de sortir de la situation actuelle dans laquelle il est plongé. Même l’annulation de la dette pourrait ne pas donner les résultats escomptés car, tout en ruinant les efforts de bonne gouvernance mis en place par quelques États vraiment décidés à s’affranchir de la tutelle financière de l’Occident, elle est susceptible, en même temps, de récompenser des pays qui, eux, ne font rien pour promouvoir la transparence de leurs comptes et l’assainissement de leur administration.

Certes, l’Aide publique au développement (APD), même si elle est en pleine régression, a joué un rôle non négligeable dans le combat contre la pauvreté. Cependant, les pays donateurs apporteraient une contribution beaucoup plus significative s’ils travaillaient de concert avec les leaders politiques locaux mais aussi les dirigeants des milieux économiques et de la société civile afin d’élaborer avec eux des solutions durablement efficaces. La priorité aujourd’hui, dans le combat contre la pauvreté et la sous-alimentation, demeure l’établissement des politiques inclusives garantissant le caractère durable et équitable de la croissance.

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