Hervé Le Treut évoque les détails et les conséquences du réchauffement climatique

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Le climatologue et ancien membre du Comité scientifique mixte du Programme mondial de recherche sur le climat, actuel membre de l’Académie des sciences et directeur de l’Institut Pierre Simon Laplace qui participe régulièrement aux rapports d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) s’est prononcé sur le réchauffement climatique mais aussi des changements plus « difficiles à prévoir dans leurs détails et leurs conséquences ».

Hervé Le Treut était invité par les Amis de l’Université pour une série de conférences sur le réchauffement climatique. Dans une interview accordée à zinfos974.com, le spécialiste de la simulation numérique du climat, dont les études portent notamment sur les impacts des changements climatiques et l’analyse des risques environnementaux associés, M. Le Treut a expliqué des changements « inexorables » liés au dérèglement climatique.

Lorsque vous vous êtes lancé dans votre doctorat il y a (quelques années), auriez-vous pu imaginer tenir des conférences avec des sujets d’études aussi alarmistes à notre époque ?

J’ai démarré une thèse de 3ème cycle en 1978, sur la modélisation de l’atmosphère. L’idée du réchauffement climatique n’existait pas pour moi à cette époque, il s’agissait avant tout de comprendre le fonctionnement d’un système complexe. Il existait néanmoins une situation de sécheresse très grave en Afrique de l’Ouest, et l’idée que notre science puisse être utile, qu’elle puisse aider à comprendre des situations de crise était néanmoins présente – et apportait une motivation certaine.

Qu’est-ce qui motivait un jeune étudiant comme vous, à l’époque, de cibler sa thèse sur la climatologie ?

J’ai été étudiant en mathématiques, puis en physique, à l’ENS (École normale supérieure, ndlr), avec des professeurs exceptionnels, mais sans imaginer pouvoir faire ma vie autour de sciences trop abstraites, ou bien tournées vers l’étude de l’infiniment grand ou de l’infiniment petit. Je voulais rester à l’échelle des humains, j’aimais l’histoire, la géographie. J’envisageais plutôt de me tourner vers la géologie, la géophysique, mais quand j’ai découvert l’existence, dans un couloir de l’ENS d’un laboratoire consacré au climat, à la planète, cela m’a immédiatement tenté. Le travail de modélisation était technique, mais il renvoyait à des enjeux extrêmement motivants.

Quel a été l’événement, l’année et/ou le sommet entre États qui a été réellement un tournant dans la prise de conscience ?

Cela dépend beaucoup des acteurs impliqués dans ce problème. Il y a eu des prises de conscience successives. J’ai commencé à travailler sur le rôle du CO2 en 1986, avec des partenaires anglais, et avec le premier étudiant en thèse que j’ai encadré, qui est toujours un collègue proche. Mais s’agissant du monde politique la période la plus importante pour moi va de 1988, année d’une sécheresse exceptionnelle aux États-Unis, à 1992, ou à lieu le sommet de la Terre de Rio qui rassemble des hommes politiques de haut niveau (Al Gore), et met en place les premiers accords internationaux.

Quand le mot « réchauffement climatique » a-t-il été employé pour la première fois ?

Je ne saurai pas dire ! Peut-être par le chimiste et prix Nobel suédois Svante Arrhénius, à la fin du 19ème siècle ou au début du 20ème. Mais lui imaginait que ce réchauffement nous protègerait de la prochaine glaciation. Les premières alertes véritables remontent aux années 1955 ou 1957.

Vers quel scénario vos recherches et celles de vos confrères du monde entier s’accordent pour les 50 ou 100 années à venir ?

Il n’y a aujourd’hui plus de doute sur la réalité d’un réchauffement résultant des émissions de gaz à effet de serre, avec des conséquences inexorables: canicules, sécheresses, fonte de la banquise, fonte des grands glaciers continentaux et relèvement du niveau de la mer, impact rapide sur la faune et la flore… Cela s’accompagne de changements eux-aussi inexorables, mais plus difficiles à prévoir dans leurs détails et leurs conséquences.

L’an dernier, à La Réunion, une tempête fulgurante (Fakir) a surpris pas mal de monde au mois d’avril, bien qu’officiellement la saison cyclonique court jusqu’en mai. Sommes-nous déjà en train de vivre ce changement ?

Le climat est une affaire de statistiques. Les statistiques sur les cyclones, sont difficiles à faire car elles concernent des évènements rares. Elles demanderont des décennies, voire plus. Mais les risques d’évènements graves sont suffisamment importants pour qu’il faille prendre dès à présent des mesures de précaution et d’adaptation qui soient renforcées, en prévision d’un futur qui sera nécessairement différent.

Comment La Réunion et plus globalement les îles tropicales devront faire (érosion, montée des eaux, inondations,…) face au changement climatique ?

Il y a beaucoup de choses à  considérer et bien sûr ce sont des initiatives qui appartiennent aux Réunionnais ou aux autres iliens concernés. Je pense cependant qu’il est important d’avoir dans chaque ile une vision collective de ces problèmes, allant des problèmes physiques aux problèmes sociaux: ceux-ci ne peuvent pas s’envisager de manière indépendante les uns des autres. Il faut aussi garder en tête que les changements à venir seront plus nombreux, et/ou plus intenses, il faut se préparer, se protéger, en anticipant ces évolutions, que l’on ne peut, pour une part tout au moins, plus empêcher.

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