Mozambique : Beira, 1ère ville mondiale détruite par le changement climatique

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Un focus sur le réchauffement climatique et sur le cyclone Idai qui a dévasté le Mozambique. La ville mozambicaine de Beira est la première ville au monde à être complétement détruite par le réchauffement climatique si l’on se fie à la situation géographique particulière du pays. Tous les chercheurs avaient prévenu : cette région de l’Océan Indien va être de plus en plus frappée par les cyclones et tempêtes tropicales.

« Beira entre dans l’histoire comme la première ville complètement détruite par les changements climatiques. Il va falloir que les gens (aides internationales) restent dans la durée, et non quelques semaines comme l’on voit souvent. »  

Au-delà de la fragilité du pays, la catastrophe déclenchée par le cyclone Idai pose la question de la responsabilité de la communauté internationale. Certains avaient eu le message. « Quelques jours avant le cyclone, les autorités sont passées avec des mégaphones dans les rues pour nous dire de nous calfeutrer. C’était à la télévision et à la radio aussi », explique José Batio, à John Segredo. Ce père de famille vivait à quelques mètres de la portion de route reliant la ville de Beira au reste du Mozambique, voie détruite mi-mars par les inondations provoquées par le cyclone Idai. Chez lui, l’eau est montée d’un coup, la nuit, et il a juste eu le temps de se réfugier sur le toit de son voisin pour voir sa maison engloutie par les flots. « On aurait bien voulu fuir avant, mais pour aller où ? », interroge-t-il rétrospectivement.

Deux semaines après le passage du cyclone Idai, les dégâts restent considérables au Mozambique et dans les pays voisins. Beira, l’une des plus grosses villes du Mozambique, a été quasiment entièrement détruite. Pour les associations humanitaires, Beira serait l’une des premières villes au monde à subir autant de dégâts à cause des changements climatiques.

Le 14 mars 2019, le cyclone Idai a frappé la ville de Beira et ses 500 000 habitants au Mozambique, inondant sols, cultures et habitations sur son passage, pour poursuivre sa course destructrice dans les pays voisins. Deux semaines après son passage, la situation reste précaire sur les zones touchées : 3 125km2 ont été inondés en particulier les terres agricoles, et les populations vivent dans des conditions insalubres avec le début d’une épidémie de choléra. Dans les premières estimations, la tempête a tué plus de 500 personnes au Mozambique, et 250 au Zimbabwe.  Dans les deux pays et le Malawi, l’ONU a recensé près de 3 millions de victimes.

La Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) estime que 90% de la ville de Beira a été détruite ou endommagée par le cyclone. La montée en puissance inattendue du cyclone en a fait l’une des plus grandes catastrophes climatiques ayant jamais eu lieu en Afrique selon l’ONU. Le cyclone Idai aurait notamment été renforcé par le réchauffement de l’Océan Indien. Ainsi, malgré le fait que la population ait été prévenue plusieurs jours avant, la force de frappe d’Idai en a fait un événement climatique inéluctablement mortel.

Le cyclone Idai, qui a frappé la côte mozambicaine dans la nuit du 14 et 15 mars, a fait 468 morts au Mozambique et plus de 250 au Zimbabwe. Un bilan lourd déjà, bien qu’encore provisoire, qui pour beaucoup de Mozambicains s’explique par l’inefficacité et l’impréparation du gouvernement de ce pays, l’un des dix pays les plus pauvres au monde.

Dégâts colossaux

Après l’urgence humanitaire, voici donc venu le temps des interrogations. Pas la première fois qu’un cyclone tropical frappe le Mozambique. Pas non plus la première fois que des inondations tuent massivement. Dès 1999, l’Institut mozambicain de gestion des désastres naturels (INGC) a été créé pour répondre à ce type de catastrophe et surtout mettre au point des systèmes d’alerte.

Ainsi, quelques jours avant qu’Idai ne frappe Beira, le gouvernement a déclenché l’alerte rouge. La population a été informée, les zones immédiatement à risques ont été évacuées. « Tous nos mécanismes ont été activés et ont plutôt bien fonctionné, on a fait tout ce qui était en notre pouvoir », explique la directrice de l’INGC, Augusta Maita. Les humanitaires et le gouvernement le martèlent : vues la magnitude et l’intensité d’Idai, n’importe quel pays aurait connu des dégâts colossaux. Parce qu’il a si bien visé la ville de Beira et ses 500 000 habitants, et parce qu’il a poursuivi son périple destructeur en amont des rivières qui ont débordé, Idai s’est mué en « tempête parfaite », l’une des plus grosses catastrophes climatiques jamais enregistrées dans l’hémisphère Sud, d’après les Nations unies. Il n’empêche : le nombre d’abris anticycloniques installés ces dernières années est minime et l’œuvre uniquement des agences de coopération.

Graça Machel, personnalité politique mozambicaine, a déclaré au Journal Le Monde : « Beira entre dans l’histoire comme la première ville complètement détruite par les changements climatiques. Il va falloir que les gens (aides internationales) restent dans la durée, et non quelques semaines comme l’on voit souvent. » L’ONG Amnesty International exhorte donc la communauté internationale à se préparer aux conséquences de plus en plus fortes du dérèglement climatique :

« La dévastation provoquée par le cyclone Idai est un autre signal d’alarme lancé au monde entier pour que nous mettions en place des mesures ambitieuses d’atténuation du changement climatique.

Le cas du Mozambique et du cyclone Idai est significatif du renforcement des inégalités face aux effets du dérèglement climatique, les pays vivant dans des zones avec des événements climatiques extrêmes étant parmi les plus vulnérables.

« Les dirigeants régionaux et les gouvernements des pays plus riches doivent soutenir des systèmes efficaces d’alerte rapide, de préparation aux catastrophes et d’adaptation au changement climatique afin de sauver des vies et de protéger les droits de l’homme. »

Aujourd’hui, la FAO lance un appel à l’aide pour les agriculteurs et les pêcheurs touchés par le cyclone. « A mesure que les eaux se retirent, garder les animaux en vie, réhabiliter les terres ravagées et redémarrer la production agricole constituent des objectifs primordiaux dans un pays où 80% de la population dépend de l’agriculture », a déclaré la FAO. Beira, ville portuaire, est le premier port de pêche au Mozambique ainsi que le principal port d’importation du pays.

Avant la catastrophe, 1,8 million de personnes du Mozambique souffraient déjà d’une grave insécurité alimentaire. Ce chiffre risque malheureusement d’augmenter devant l’ampleur des dégâts.

Pays étranglé

Cette catastrophe révèle en outre la nature profondément injuste des changements climatiques. Le Mozambique ne produit que 0,14 % des émissions de gaz carbonique au monde. Sa production électrique est à 90 % issue d’énergies renouvelables, et 71 % de sa population vit de l’agriculture de subsistance, si vulnérable et… peu mécanisée.

Moctar FICOU / VivAfrik                 

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